Belfort fête l’année Léon Deubel, plus exactement le centenaire de sa mort; il s’est suicidé le 12 juin 1913 à Maisons-Alfort (1).

Je vous propose de découvrir l’itinéraire chaotique de ce poète maudit (2).

Programme Expo Deubel Tour 46 R

Photo montage (poète sur peinture de Bernard Gantner) présente sur le programme de l’exposition ‘’Léon Deubel au clair-obscur’’ à la Tour 46 à Belfort

Je vous propose de découvrir le poète à travers son itinéraire au sens étymologique du mot; on pourrait l’intituler ‘’Itinéraire d’un poète non gâté…’’ !

Belfort

Léon Deubel est né à Belfort le matin du 22 mars 1879; il est le fils de Louis Joseph Deubel et de Marie Joséphine Mayer. Ses parents tenaient un petit hôtel où on pouvait casser la croûte, l’hôtel du Nord. Il était situé dans le faubourg de France à la hauteur du n°47.

CPA Belfort Fbg de France 1909-12 Cadre

Carte postale 1908-1912 Cadre en rouge indiquant le 47 faubourg de France

Comme les affaires n’étaient pas florissantes, ils quittèrent Belfort pour s’installer à Paris où son père obtint un poste aux chemins de fer. Le foyer familial, trop jeune, fut éphémère car la séparation du couple fut très rapide après la naissance du nourrisson.

Photo Léon Deubel 3 ans

Le petit Léon fut pris en charge par ses tantes maternelles dans un premier temps puis paternelles dans un second temps suite à l’intervention du père.

 

 

Petit Léon vers l’âge de 3 ans

 

Sa première grande blessure viendra dès son septième anniversaire par le décès de sa mère suite à un refroidissement, le 5 janvier 1886.

Son enfance fort chahutée le rendit instable. Sous l’emprise stricte de ses tantes paternelles, il profitait de la liberté dès qu’il pouvait quitter cette prison qu’était pour lui l’immeuble situé dans la rue du Petit Marché dans la vieille ville.

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Carte postale Rue de la Grande Fontaine; à droite, le début de la rue du Petit Marché

Il effectua sa scolarité à l’institution Sainte-Marie où il échoua au certificat d’études (3) en 1890. Il avait déjà choisi ses centres d’intérêts dans les matières dispensées…

CPA Belfort Institut St Marie

Carte postale de l'Institution Sainte-Marie

Baume-les-Dames

Il fut mis en pension au collège de Baume-les-Dames par son oncle Léon Deubel; celui-ci possédait une importante épicerie spécialisée dans les produits coloniaux et il assurait la prise en charge des frais de l’éducation. Ce collège avait une fort bonne réputation dans la région.

CPA Baumes les Dames Le collège

Carte postale du collège de Baume-les-Dames

Le neveu y resta jusqu’à l’âge de 18 ans avec à la sortie son baccalauréat en poche en 1897. Pendant cette période, il a dévoré tout sorte de livres et noirci de nombreux cahiers avec son écriture tout en vers…

NA : Un de ses cahiers est en possession de la Bibliothèque municipale de Belfort.

Seules ces 2 activités étaient importantes à ses yeux !

Photo Léon Deubel Collège Baumes les Dames IMG_6873

 

 

Photo de Léon Deubel en 1890 (Collection de la Bibliothèque municipale de Belfort)

 

 

 

C’est en ce lieu qu’il rencontra Eugène Chatot (4) et partagea la même passion, la poésie.

 

 

 

 

NA : Durant une grande partie de sa courte vie, il fut le confident du poète qui lui écrivait régulièrement ses billets d’humeur.

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Photo de classe (Collection Bibliothèque municipale de Belfort) du collège de Baume-les-Dames : Côte à côte Léon Deubel (3ème rang, 2ème en partant de la droite) et Eugène Chatot (3ème rang, 3ème en partant de la droite)

NA : Eugène Chatot était aussi l’ami d’un autre futur écrivain Louis Pergaud (5) car ils avaient partagé un temps les mêmes bancs d’école où son père Elie Pergaud était l’instituteur. Il fut le trait d’union entre les deux écrivains jusqu’à leur rencontre en 1903 !

Léon Deubel pendant ses années passées à Baume-les-Dames s’isolait par moment voulant être seul, n’acceptant pas d’être perturbé pas ses camarades dans ses rêveries ou autres… seul son ami avait accès à lui ! Mais, à ses dires, elles furent une période positive dans sa vie. Il put même écrire quelques stances (6) dans l’hebdomadaire local, l’Avenir de Baume. Elles furent les premières lumières sur sa propension à la poésie.

Pontarlier

Léon Deubel refusa l’offre de son oncle qui lui proposait de travailler avec lui; car il ne se voyait pas épicier ! Il intégra le collège de Pontarlier comme répétiteur (maître d’internat) à la rentrée de Pâques.

CPA Pontarlier Le collège

 Carte postale du collège de Pontarlier

Il n’y resta que les derniers mois de l’année scolaire; il ne fut pas vraiment intégré par le corps éducatif qui le trouvait peu impliqué voir rêveur...

Arbois

A la rentrée suivante, il rejoignit le collège d’Arbois en octobre pour y tenir le même poste de répétiteur; il y resta deux petites années où la masse de travail est faible donc parfaite pour lui, pouvant s’adonner à ses centres d’intérêts !

CPA Arbois Le collège 2

Carte postale du collège d’Arbois

Pendant cette période, il rédige, sous pseudos, des billets souvent polémistes dans les journaux à orientation socialiste. Il voulut profiter de l’occasion pour faire paraître ses poèmes mais on lui refusa cette faveur; seule une nouvelle ‘’La Menace’’ fut acceptée par le journal Le Jura Socialiste. Dans un de ces billets, il égratigna le maire, Emile-Sylvain Boilley qui n’apprécia pas d’être épingler.

Il fit une rencontre importante, en la personne du jeune Jean-Baptiste Carlin qui lui apporta de forts bons conseils sur les méandres de la langue française.

Côté cœur, Léon ne trouve pas le bonheur faute à une jalousie exacerbée ou à sa difficulté avec la gente féminine, séquelle de son adolescence sous le joug oppressif de ses tantes ? Dépressif, auteur incompris et amoureux contrarié le pousse à quitter le Jura pour le Nord.

 CPA Arbois

Carte postale d’Arbois

Pourtant au début de l’année 1898, il avait écrit à son ami Eugène Chatot qu’il avait l’intention de s’installer dans la ville de Pasteur où il envisageait de devenir typographe à mi temps avec son poste de répétiteur !

Saint-Pol-sur-Ternoise

Le recteur accepta sa demande et l’affecta au collège de Calimont à Saint-Pol-sur-Ternoise (7), aujourd’hui lycée Châtelet.

CPA Saint-Pol Le collège

Carte postale du collège Calimont à Saint-Pol-sur-Ternoise

Dans cette commune de 4000 âmes, le collège qui accueille le nouveau maître d’étude n’est pas habitué à ce type de comportement. Pendant les heures d’études, il est plus occupé à lire ses journaux ou ses livres que préoccupé par le chahut d’élèves. Pas d’éclat, simplement une présence près des perturbateurs pour leur demander doucement le silence.

NB : Dans ce collège, pendant son passage, il fut en contact avec 2 élèves en devenir. Albert Chatelet futur mathématicien et candidat à l’élection présidentielle contre le Général de Gaulle en 1958 et Paul Boulogne futur docteur et écrivain (alias Paul Vilmoreu). Ce dernier retrouva quelques années plus tard… Léon Deubel à Paris qui lui présenta Louis Pergaud. Cette rencontre fut le début d’une longue amitié...

Photo Albert Chatelet R              Photo Paul Boulogne R

Albert Chatelet (1883-1960) et Paul Boulogne (1881-1962)

C’est dans les murs du collège que Léon Deubel réalisa son premier recueil ‘’La chanson balbutiante’’. Il fut imprimé à Poligny par le sieur Alfred Jacquin en 1899.

Livret La Chanson Balbutiante

Dans ce recueil, on peut y découvrir ces vers tirés du poème ‘’Les offusqués’’

Au coin de la Vie embusquée,

Nous échangeons nos pensées nettes,

Et nous égayons de sornettes

L’amour de nos cœurs offusqués.

 

Autour de nous les âmes frustres

En déplorant la cruauté,

Mais notre amour bien dorloté

Nous fait trouver l’épreuve juste.

 

Pourtant nous portons au côté

Le coup que nous donna sa lance,

Et son bruit dans notre silence

Est l’intrus pour nos vanités.

A Saint-Pol-sur-Ternoise, il y finira aussi son premier roman commencé à Arbois, ''Histoire de Limpide'', où il avait rédigé les quatre premiers chapitres.

CPA Saint-Pol Souvenir

Carte postale de Saint-Pol-sur-Ternoise

Là aussi, il ne termina pas son année en ce collège ! Profitant d’une permission pour effectuer soit disant son recensement militaire à Paris, il rejoint Boulogne-sur-Mer où il pouvait bénéficier d’un pied à terre, chez la lingère du collège. Il en profita pour écrire à son recteur pour lui demander d’être affecté à un autre poste, ne voulant pas rester dans… ce bagne, pas moins !

Par contre, le proviseur non adepte apparemment à la poésie de Deubel fit un rapport à charge à l’adresse de l’inspecteur d’académie d’Arras; ce qui provoqua sa révocation… lui qui espérait un autre poste, le voilà sans travail ou plutôt sans revenu !

Boulogne-sur-Mer

Il resta les premiers mois de l’année 1900 dans la ville de Boulogne-sur-Mer. Cette période fut très difficile pour Léon Deubel; il vécut pauvrement car peu de sou (sans s) en poche. Ayant quelques amis dans la cité, il habitat chez eux malgré leur peu de fortune. Le point positif durant cette période fut sa rencontre avec un enfant de la ville, poète comme lui, Armand Dehorne (8) qui lui présenta le projet littéraire Le Beffroi (9).

CPA Boulogne sur Mer

Carte postale de Boulogne sur Mer

Paris

Mais l’appel de la lumière fut trop fort, il se rendit à Paris. Malgré la présence dans la capitale de son père qui s’était remarié, il sait qu’il ne peut pas prétendre à l’assistance du couple. Il résida, dans un premier temps, dans le petit hôtel de la Victoire, rue des Vinaigriers.

CPA Paris Rue des vinaigriers

Carte postale Paris La rue des Vinaigriers

Après avoir consommé son maigre pécule, il dut quitter cet hôtel et vécut misérablement dans le quartier des Halles, hormis quand son oncle lui envoyait quelques subsides ou qu’il se décidait d’effectuer des petits boulots.

Il ne voulait louer son temps qu’à sa passion, la poésie.

CPA Paris Les halles 1900

Carte postale Quartier des halles en 1900

NB : Les vers de ‘’Détresse’’, écrits très tôt un matin sur un banc de la Place du Carrousel, qui suivent, montrent son état d’esprit où transpirait son désespoir et sa clairvoyance :

Seigneur, je suis sans pain, sans rêve et sans demeure.

Les hommes m’ont chassé parce que je suis nu,

Et ces frères en vous ne m’ont pas reconnu

Parce que je suis pâle et parce que je pleure.

 

Je les aime pourtant, comme c’était écrit

Et j’ai connu par eux que la vie est amère.

Puisqu’il n’est pas de femme qui veuille être ma mère

Et qu’il n’est pas de cœur qui entende mes cris.

 

Mais j’ai bien faim de pain, Seigneur ! et de baisers,

Un grand besoin d’amour me tourmente et m’obsède,

Et sur mon banc de pierre rude se succèdent

Les fantômes de Celles qui l’auraient apaisé…

 CPA Saint-Pol Le collège Calimont 3

Carte postale Place du Carrousel à Paris

NB : Ce poème fut à l’origine du tableau, présent au théâtre de Belfort, réalisé par Léon Delarbre (10) en 1932.

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Tableau sur le poète Léon Deubel place du Carrousel réalisé par Léon Delarbre

Dans la même veine, il écrivit un texte nommé ''Extase la Purote'' qui raconte les premiers mois de son parcours chaotique à Paris; il fut édité en mai 1901 par son imprimeur Alfred Jacquin dans la revue La Vie Meilleure (11).

Nancy

La fin de l’année 1900 apporta gîte et repas au poète car à partir du 15 novembre, il fut incorporé à Nancy pour son service militaire au 79ème de ligne, à la 6ème Compagnie.

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Carte postale Nancy Caserne 79ème Régiment d’infanterie

Même si ce confort modeste apporta un peu de chaleur, les contraintes lui étaient lourdes à porter. Mais un bonheur ne vient jamais seul et une autre bonne nouvelle arriva, il héritait d’une somme rondelette (12627 francs or) qui aurait du permettre une certaine sérénité.

Photo Léon Deubel Régiment IMG_6871

 

 

Mais le poète profite de ce pécule pour vivre la fin de son service avec une certaine opulence.

 

 

 

Léon Deubel militaire, numéro du 79ème sur le col

 

 

 

 

Belmont

C’est le 23 septembre 1903 que Léon Deubel rencontre Louis Pergaud à l’occasion du mariage de ce dernier à Belmont (Doubs); il est même son témoin. Cette rencontre tant attendu par le jeune marié a enfin lieu ! Ce jour est pour lui peut-être le plus beau jour de sa vie !

Photo Belmont Maison Pergaud

 Photo de la maison Pergaud (L’école était au RDC, la mairie au 1er étage et l’appartement à l’arrière de la maison).

Italie

Après ce mariage, Léon Deubel réalise un de ses rêves… partir visiter l’Italie ! Son pactole lui permet de vivre quelques mois la dolce Vita en découvrant Milan, Venise, Ravenne et enfin les villes de Toscane, Pise, Florence…

Il s’installa dans la localité de Fiesole, colline proche et dominant Florence, d’octobre à novembre 1903.

CPA Fiesole Italie Place Mino

 Carte postale de la place Miro où débouche la rue Antonio Gramsci

Ce lieu chargé d’histoire par son site archéologique étrusque et romain lui donna l’inspiration d’écrire les poèmes contenus dans le recueil Sonnets d’Italie. Ils furent édités en fin 1904 à Poligny.

Photo Maison Léon Deubel à Fiesole Firenze

 

 

 

Comme éclairé par ce lieu, il y commença une de ses plus belles œuvres, La Lumière natale.

 

 

 

La maison où vécut le poète, sise au 7 rue Antonio Gramsci.

 

 

Chaque jour ou presque, il se rendait à Florence pour y découvrir les richesses de la ville qu’elles soient culturelles ou à travers les artistes y vivant ! Pour se rendre dans la ville des lumières, il utilisait le tramway reliant les deux cités.

CPA Fiesole Italie Tramway

Carte postale du tramway avec la colline de Fiesole

Durnes

De retour d’Italie, Léon Deubel, la bourse presque vide rendit visite à Louis Pergaud qui l’accueillit à Durnes (Doubs) où son ami assurait son métier d’instituteur.

CPA Durnes Doubs

Carte postale du village de Durnes

Lille

Au printemps 1904, en mai, Léon Deubel décida de repartir dans le nord, à Lille plus précisément pour y retrouver Armand Dehorne et participer avec les poètes du nord au projet littéraire Le Beffroi.

CPA Lille 2

Carte postale de Lille

Il poursuivit l’écriture de son recueil de poèmes commencé en Italie, La Lumière natale. Il fut publié en novembre.

Recueil La Lumière Natale Léon Deubel

 

 

Recueil La Lumière natale (Edition Mercure de France)

 

 

 

 

Quelques vers de la poésie ‘’Poème du vent’’ extrait du recueil :

Sur mon domaine d'or semé de toits humains

Un vaste orgueil ouvrit mes ailes toutes grandes,

Et fier de dominer l'hostile paix des landes,

Je suivis l'immobile avenir des chemins.

Il ne restera à Lille qu’un bon semestre pour rejoindre à nouveau Paris, la bourse étant à nouveau vide ou presque. Il fut accueilli par l’écrivain Hector Fleischmann mais cette périodefut à nouveau misérable.

Durnes

Grâce à ses amis franc-comtois, il put revenir en janvier 1905 chez son ami Pergaud à Durnes et y trouver refuge; il logea le sans domicile fixe.

Photo Léon Deubel avec valise

 

 

 

En retour, Léon Deubel l’aida à publier son premier recueil de poésies ‘’L’aube’’ en 1904.

 

 

 

 

Photo de Deubel prise devant l’école à Durnes

 

 

 

De son côté, il écrivit lui, les premiers sonnets du futur recueil Poésies. Quelques vers de ‘’Apparition’’ :

Afin de me permettre, à mon matin vermeil,

De dire avant la nuit des vers impérissables

Elle parut ! Laissant imprimés sur le sable

Ses pas d’où s'élevaient des odes de soleil.

 

Le beau jour préludant en fanfares d'éveil

Déroulait à ses pieds les grèves de la Fable;

Et les Hommes sentaient que sa grâce ineffable

Incarnait un prestige élu dans leur sommeil.

Mais le désaccord de la femme de Pergaud sur sa présence, fit que le poète reparti à Paris.

Paris

Il fut accueilli par Jean-Baptiste Carlin et enfin, une bonne étoile éclaira le chemin chaotique du poète. Car il y trouva, en ce début d’année 1905, un travail en ligne avec ses motivations. Il fut engagé par Emile Bernard (12), artiste et écrivain, comme secrétaire de rédaction à La Rénovation Artistique (13).

C’est pendant cette période qu’il rencontre le jeune Edgard Varèse (14) qui lui fit découvrir la musique classique. Ils partagèrent quelques temps un local dans Saint-Germain-des-Prés, rue de Fürstenberg.

CPM Paris Saint Germain des près

 Carte postale illustrée Quartier avec la rue souvent appelée place Fürstenberg

NA : Le peintre Eugène Delacroix (1798-1863) y installa son atelier dans cette rue et y vécut les six dernières années de sa vie. Ce lieu devint le musée national Eugène-Delacroix en son hommage.

Durant cette petite année où il put vivre correctement et ayant un peu d’argent, il édita un nouveau recueil ‘’Poésies’’ en 1906 dont ''Apparition'' où sont extraits ces quelques vers :

Afin de me permettre, à mon matin vermeil,

De dire avant la nuit des vers impérissables

Elle parut ! Laissant imprimés sur le sable

Ses pas d’où s'élevaient des odes de soleil.

Mais les relations se détériorent entre les deux hommes et le poète quitta cet emploi au début de l’année suivante. Et à nouveau, après cette période de quiétude, Léon Deubel replongea dans une situation très difficile où son orgueil l’enferma à nouveau dans ses périples chaotiques avec quelques éclaircies liés à des petits travaux ponctuels confiés par une généreuse connaissance... en la personne de Serge Persky écrivain et traducteur d’œuvres russes.

En août 1907, il est rejoint par Louis Pergaud et partagèrent le même hôtel à Paris dans la rue de l’Ave-Maria proche du quai des Célestins.

 CPA Paris Quai des Célestins

Carte postale Paris Quai des Célestins

Les deux écrivains, la maitresse de Pergaud, Delphine Duboz et avec l’expertise du peintre fresquiste Jean-Paul Lafitte (15), vont réaliser de nombreux dessins appelés Les illuminations (16). La méthode utilisée pour ces dessins était basée sur l’écriture ample sur la page d’un cahier du nom ou les initiales d’un philosophe ou d’un homme de l’art avec de l’encre de plusieurs couleurs. Avant séchage, la feuille était pliée donnant une figure pour laquelle les auteurs cherchaient à déterminer la relation avec le nom de départ.

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     Deux illuminations de Léon Deubel (Collection Bibliothèque municipale Belfort)

C’est dans ce climat fraternel que Léon Deubel écrivit la plus grande partie de ses poésies destinées au recueil ‘’Poèmes choisis’’ dont ‘’Le rire de Viviane’’, dont en voici quelques vers :

Légère et jetant aux oiseaux

Son rire, tel un fruit acerbe,

Elle s'en vient à pieds déchaux

Dans la populace de l'herbe.

 

Son manteau est fait d'un lampas

Brodé du rêve des nuits closes ;

Elle s'avance, et sur ses pas,

Il naît un empire de roses.

A partir de février 1908 jusqu’en décembre 1912, il habitat dans la rue des Fossés Saint-Germain. Lors de cette période de sa vie, il vécut souvent des périodes d’exubérance liées à des rentrées d’argent alternant plus souvent avec des périodes de tristesse voir de repli sur soi; son orgueil lui interdisant de montrer sa détresse et lui provoquant des sauts d’humeur envers ceux du monde littéraire qui n’adhérait pas à son talent…

Livre Poèmes choisis IMG_7040 R

 

 

En 1909, son recueil ‘’Poèmes choisis’’ fut imprimé aux Editions du Beffroi à Paris.

 

 

Recueil ‘’Poèmes choisis’’

 

Cette période de sa vie lui laissa sinon de la sérénité quelques moments de quiétude. Il pouvait s’abandonner à son art grâce aux petites entrées d’argent gagnées par ses différentes petites activités de rétributions mais ne lui permettant pas d’atteindre la sérénité car le fardeau des dépenses récurrentes (logement, repas, habits…) étaient toujours plus importantes que ses recettes, le contraignant à être débiteur !

Il put tout de même se consacrer à son œuvre, en le livre ‘’Régner’’. Mais pour l’étape suivant, son impression, le poète voulait un grand éditeur. Il lui appartenait d’effectuer les démarches en cohérence avec ses désirs mais son orgueil était un frein à ce travail de quémandeur !

Comme souvent des images sombres lui traversaient l’esprit et le suicide en fut une dès 1911! Heureusement, il trouvait réconfort et pitance auprès de ses vrais amis, Eugène Chatot et Louis Pergaud.

Contact Oct 1982 Louis Pergaud 002 Deubel-Pergaud

 Léon Deubel et Louis Pergaud, dessin de Roland Gaubert

Besançon

En novembre 1912, il rendit visite à sa famille à Belfort, ce fut sa dernière,  pour récupérer un petit héritage. Il lui permit de passer quelques jours dans un hôtel à Besançon où il s’abandonna à sa passion.

 CPA Besançon

Carte postale de Besançon

Il repartit poursuivre son périple vers la Belgique et l’Allemagne, après un passage rapide par Paris. Il visita ces deux pays et revint à Paris, bourse vide ! C’est au cours de son voyage qu’il fit éditer son recueil ‘’Ailleurs’’ chez l’imprimeur berlinois Wilhemersdorf.

Son dernier voyage…

Début juin 1913, il déjeuna avec ses amis Chatot lors d’un pique-nique au bord de la Marne, son souhait. Avant de les quitter, il leur laissa quelques livres en dépôt…

Quelle était son arrière-pensée ?

Car le poète s’est suicidé par noyade dans la Marne à Maisons-Alfort le 6 juin 1913 au lieu-dit Les Sept Arbres. Mais auparavant, il avait brûlé tous ses manuscrits et sa correspondance. Les mariniers qui le repêchèrent l’identifièrent par son livret militaire.

 CPA Maisons-Alfort Bords de Marne

Carte postale des bords de la Marne à Maisons-Alfort

Par contre son décès est enregistré à Paris à la mairie du 4ème arrondissement.

Ci-dessous l’avis de décès :

« Deubel 1399 (Mairie du 4e arrondissement de Paris).

L’an mil neuf cent treize le dix-neuf juin à trois heures du soir; acte de décès de Léon, Louis Deubel, sans profession, domicile inconnu, né le vingt-deux mars, mil neuf cent soixante-dix-neuf, à Belfort (Territoire de Belfort), décédé vers le six juin courant, dans la circonscription de Charenton et transporté au 3 quai de l’Archevêché. Fils de Louis, Joseph Deubel et de Marie Joséphine Mayer, décédé, célibataire.»

Louis Pergaud lui évita la fosse commune, il fut inhumé au cimetière du Bagneux le 21 juin; dans un premier temps dans sépulture provisoire et ce n’est que 26 avril 1919 qu’il put rejoindre sa tombe définitive. Ce report est dû principalement à la 1ère guerre mondiale. Les fonds avait été réunis par Louis Pergaud mais il ne put s’assurer du transfert car mobilisé dès août 1914.

CPA Bagneux Cimetière

Carte postale de l’entrée du cimetière

C’est le poète Michel Puy, frère du peintre fauviste Jean Puy, qui s’est chargé de l’organisation de l’inhumation finale. Il avait récupéré les fonds conservés par la veuve Delphine Pergaud pendant le conflit mondial.

Au cimetière de Bagneux, sa tombe est située dans la 11ème division, 18ème ligne, tombe n°2.

Photo Tombe Léon Deubel Bagneux Bagneux Pierre tombale Léeon_Deubel Texte R

NA : Dans certains écrits, on peut lire que Léon Deubel a été inhumé au Père-Lachaise; erreur, Deubel même dans la mort ne pouvait pas côtoyer un certain gotha mondain…

Louis Pergaud participa à la publication de son œuvre, du moins celles connues ! Le livre ‘’Régner’’ fut publiée au Mercure de France (17) en 1913. Elle sera complété à l’initiative d’Eugène Chatot par la publication de ‘’Œuvres’’ publié par le même éditeur en 1929 et ‘’Lettres choisies’’ en 1931, aux éditions Le Rouge et le Noir.

Ainsi mourut le poète qui consacra une grande partie de sa courte vie à la poésie. Son parcours fut chaotique car assez solitaire, ayant du mal à s’intégrer dans la société certainement causé par son orgueil. Il se jugeait incompris de ses pères et porta son fardeau de poète maudit.

Suite à l’action de ses amis car il en avait, sa poésie fut enfin reconnue et célébrée par les plus grands écrivains.  

Belfort rend hommage au poète

Le conseil municipal de Belfort décida dès le 25 juin 1921 de rendre hommage au poète. Elle donna son nom à une rue de Belfort, l’ancienne rue Briqueler. Elle est située au bout de l’avenue Jean Jaurès à l’approche de Valdoie, l’avant dernière rue à droite. Elle court le long du stade Mattler (ex USB), du côté de son entrée, entre l’avenue Jean Jaurès et la rue de Valdoie. La plaque fut modifiée en 1923 pour prendre le nom du ‘’Poète Louis Deubel’’; la municipalité ayant décidé d’apporter cette précision.

Le 24 septembre 1932, le conseil municipal a aussi fait un clin d’œil à son histoire car la rue en son prolongement fut baptisée… Louis Pergaud ! Le début de la rue (après la rue de Valdoie) côté ouest appartenait à la rue du poète Léon Deubel.

NA : Merci à André Larger de m’avoir apporté les précisions sur ces dates (plusieurs documents donnant des dates différentes).

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 Plaques des rue Léon Deubel et Louis Pergaud

NB : Suite au remplacement des plaques avec le dessin du Lion en fond, le qualificatif ‘’Poète’’ a disparu !

En 1933, le conseil municipal décida de poser une plaque sur la façade de l’immeuble situé au 47 faubourg de France en hommage au poète. L’inauguration, présidée par le maire Henri Baudin (18),  se déroula le 11 juin en présence d’une belle assistance avec la présence d’Eugène Chatot, son ami de toujours et du poète Charles Vidrac (19).

NA : Pour voir cette plaque, il faut lever la tête et regarder au niveau du 2ème étage de l’immeuble ! Y lire le texte inscrit semble impossible…

 IMG_6797 Plaque Deubel Fbg de France P1150205 (2)

Immeuble et la plaque actuelle en mémoire du poète (Photo JM et BF)

NA : S’il est normal d’élever le poète au regard de l’œuvre écrite, est-il normal que sa plaque soit-elle aussi élevée ?

Le conseil municipal de Belfort décida le 30 juin 1934 de rendre un hommage plus solennel à l’enfant de la Cité du Lion. Un monument composé d’un socle de grès rose réalisé par le sculpteur-marbrier belfortain Eugène Traut accueillant le buste de Léon Deubel fut installé dans le square Lechten en 1935.

CPM Square Jean Jaurès Statue Deubel R

 

 

Le buste fut réalisé par Philippe Besnard (20) à partir de l’œuvre originale du sculpteur japonais Hiroatzu Takata (21) réalisée pour le monument qui lui a été dédié à Maisons-Alfort.

 

 

 

Carte postale du monument Léon Deubel

 

Pendant l’occupation, les allemands réquisitionnèrent le buste pour le fondre. Il n’a été remplacé qu’en 1959 suite à une décision du conseil municipal du 16 octobre 1954 grâce aux interventions répétées des amis du poète dont le maire Pierre-Dreyfus Schmitt. La sculpture fut réalisée par l’atelier Susse de Paris à partir, à nouveau, de l’original de Maisons-Alfort.

La statue est déplacée en 1967 pour être mise en valeur car cachée par les frondaisons d’un hêtre pourpre.

En 1934 (date non certifiée), sur proposition de Pierre Dreyfus-Schmidt (22), le conseil municipal décide d’inscrire des vers du poète sur la monumentale porte d’entrée du cimetière de Bellevue sculptée par Jacques Swoboda (23).  On peut voir l’extrait de la poésie ‘’Le prolongement’’ gravé au fronton du mur d’entrée :

Rien ne s’efface, tout survit

Hier à demain vient se coudre

Le chemin garde dans sa poudre

La trace de ceux qui l’ont suivi

En quelque sorte l’épitaphe pour tous les Belfortains qui reposent dans ce cimetière, lui reposant à Bagneux.

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Cimetière de Bellevue, porte d’entrée vue côté sortie (Photo JM)

En 1979, la ville a célébré le centenaire de la naissance (22 mars) de son enfant en organisant une exposition sur le poète à la mairie du 17 au 25 mars. Elle a été montée conjointement entre les archives municipales, les Amis de Louis Pergaud etla Société Belfortaine d’Emulation.

L’inauguration eut lieu le samedi 19 mars devant une forte assistance avec la présence d’Henry Frossard qui raconta la vie du poète et de sa passion pour la poésie. Des comédiens et autres orateurs clamèrent des poèmes de l’auteur.

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L’inauguration le 19 mars (Photo L’Alsace)

En clôture de cette semaine, le 24 mars, une conférence fut donnée par la Société Belfortaine d’Emulation.

L’APHIEST (24) avait participé en présentant la thématique poésie au travers des timbres. Un entier postal a été édité soit vierge soit avec le cachet daté au 22 mars 1979, la date de naissance du poète.

 Entier postal Cachet Léon Deubel 22 mars 1979 Entier postal Léon Deubel 002R

Entier postal (recto et verso) émis par l’APHIEST avec cachet du 22 mars des P.T.T.

Au verso, le poème ‘’Le prolongement’’ :

Rien ne s'efface.  Tout survit.

Hier à demain vient se coudre.

Le  chemin garde dans sa poudre

Le pas de ceux qui l'ont suivi.

 

Un parfum veille dans l'armoire

La rosé morte eu ses atours ;

Le  monde vit dans la mémoire

De la rosée et des beaux jours.

 

Les livres mettent à la voile

Pour porter aux temps qui viendront

Tout ce qui s'élève des fronts

Vers les balsamiques étoiles.

 

Au chevet du lit où s'endort

Une enfance blonde et ravie.

Le Père voit, comme un blé d'or

Son fils dans le champ de sa vie.

 

Et le poète qui s'éveille

Fiévreux d'entendre ses chansons

Se prolonger dans les buissons

Sur le point d'orgue d'une abeille,

 

Comme un vainqueur de sa victoire.

Comme un héros de sa cité.

Fait de la chose transitoire

Une sonore éternité.

Quelques jours plus tard, les P.T.T. (aujourd’hui La Poste) avaient édité une flamme en l’honneur du centenaire de sa naissance.

Entier postal Flamme Léon Deubel 29 avril 1979

Entier postal avec la flamme postale au 1er jour de son émission du 29 avril 1979

Notre illustrateur belfortain, Jean-Marie Petey ne pouvait pas non plus ne pas lui rendre hommage en associant le poète et le Lion dans cette représentation où s’exprime l’orgueil !

CPM Léon Deubel 1979

Carte postale de Jean-Marie Petey

Livre Hommage Léon Deubel FOL 1979

 

 

Toujours en 1979, la Fédération des Œuvres Laïques a édité un recueil des poésies de Léon Deubel sous le titre ‘’Hommage à Léon Deubel pour le centenaire de sa naissance’’

 

 

En 2014, pour clôturer l’année Deubel, la bibliothèque municipale sera baptisée Bibliothèque Léon Deubel suite à la décision du dernier conseil municipal de décembre.

IMG_17087

Bibliothèque municipale de Belfort (Photo JM)

Paris aussi

En 1930, Paris rend hommage au poète en donnant le nom de Léon Deubel à la place Charles Etienne Gudin, située près de la porte de Saint-Cloud dans le 16e arrondissement.

Paris Plaque Deubel

 

 

La plaque de la Place Léon Deubel à Paris

 

 

Et enfin Maisons-Alfort en 1935

C’est sous l’impulsion de la Société des Amis à Léon Deubel (25) que fut envisagé d’installer une stèle du poète à Maisons-Alfort proche du lieu des Sept Arbres où fut retrouvé son cadavre en 1913. L’autorisation fut accordée par le conseil municipal le 16 mars 1934.

Elle fut installée en bordure de la Marne dans le nouveau jardin public du Moulin de Maisons-Alfort (qui deviendra square de l’artificier François en 1949), proche du lieu où son corps fut repêché le 6 juin 1913.

Photo Maisons-Alfort Square 1938

 Vue du square en 1938 (Photo Amis de Deubel)

La stèle supportait le bronze réalisé par Hiroatzu Takata. Ce sculpteur écrivain participait aux pèlerinages effectués sur la tombe du poète car il le vénérait depuis la lecture de ‘’Régner’’. Après discutions avec des membres de la Société des Amis à Léon Deubel, il se proposa de réaliser le modelage de son buste. La décision du Comité fut prise de passer commande au sculpteur après la visite 21 janvier 1934 en son atelier et la découverte du modelage très représentatif des expressions du poète.

La Société des Amis à Léon Deubel s’était engagé à rendre hommage au poète et lança une souscription pour réaliser la stèle. Grâce au concours de la Société Eugène Delacroix, de la Société des poètes français, du Comité Léon Deubel au Japon, des associations franc-comtoises à Paris, des villes de Maisons-Alfort… et bien d’autres donateurs, le montant nécessaire fut obtenu et permis sa réalisation.

Buste Leon Deubel Maisons-Alfort

 

 

Ce buste a été par la suite déplacé et conservé au musée de Maisons-Alfort créé en 1993.

 

 

 

C’est en 1935, le dimanche 21 juillet qu’est inaugurée la stèle en mémoire du poète dans le square des Sept. Malgré la période estivale, une centaine de personnes furent présentes pour cette manifestation du souvenir. Autour d’Eugène Chatot, Jean Réande, et Hiroatzu Takata, étaient présents Pierre Dreyfus-Schmidt maire de Belfort, Georges-Paul Lecomte président de la Société Eugène-Delacroix, Alfred Vallette directeur du Mercure de France…

Sur la stèle, étaient portées ses inscriptions :

Au poète

Léon Deubel

1879-1913

Saint et martyr

de la Poésie

qui en juin 1913

vint en ces lieux

Abdiquer dans la mort

Sa vaine royauté

Ses Amis

Ses Admirateurs

Sur le socle, une plaque de marbre portait l’inscription :

Ce monument

a été érigé en 1935 par les soins

de la Municipalité Maisons-Alfort,

de la Société des Amis de Léon Deubel,

de la Société Eugène-Delacroix

et du Comité Léon Deubel à Tokyo,

M. Champion étant maire.

Le 12 juin 1938, les Amis de Léon Deubel ont organisé une cérémonie pour le 25ème anniversaire de sa mort. Cet événement avait réuni pas moins d’une centaine de personnes du monde littéraire mais pas que. Les défenseurs du poète étaient là dont Jean Réande, Eugène Chatot, Hiroatzu Takata, Pierre Dreyfus-Schmidt...

Photo Maisons-Alfort Cérémonie 12 juin 1938

Cérémonie du 12 juin 1938 (Photo Amis de Deubel)

Aux débuts des années 2000, le Japon proposa de racheter le buste à la mairie de Maisons-Alfort car il avait été réalisé par le sculpteur japonais Hiroatzu Takataet le Comité Léon Deubel au Japon avait participé à la souscription ! Une solution a été trouvée par la fabrication d’une copie par l’atelier Susse à Paris.

Hors de France

Le poète fut honoré dans plusieurs pays dont le Japon, l’Italie…

La ville de Fiesole (Italie) a inauguré le 19 mai 1952 une plaque sur la maison où vécut Léon Deubel en octobre 1903 en la présence de représentants de la France dont son consul.

Plaque Léon Deubel à Fiesole Italie

 Plaque posée sur le mur de la maison en l’hommage de Léon Deubel par ses amis et ses admirateurs

2013, l’année Deubel à Belfort

Programme Léon Deubel 2013

Programme des animations pour l’année Léon Deubel

Pour le centenaire de la mort du poète, Belfort lui a consacré de nombreuses manifestations en son honneur dont :

A la Foire aux livres, une exposition présentait de nombreux documents sur le poète.

A la bibliothèque municipale, le mois du livre lui fut consacré.

Une exposition à la Tour 46 intitulée Léon Deubel au clair obscur.

Bandeau affiche Expo Deubel Tour 46 001

Bandeau affiche de l’exposition

Un opéra-rock Epitaphe monté par Francis Décamps avec Les Gens de la Lune.

Programme complet : Cliquer ici  

L’APHIEST avec le concours de La Poste a édité plusieurs souvenirs dont un timbre, une carte, un cachet daté du 9 novembre.

 Ensemble Souvenirs Deubel R

Et ainsi ce termine ce petit reportage sur Léon Deubel, poète français qui fut considéré par ses pairs avec retard comme l’égal des plus grands : Lamartine, Mallarmé, Verlaine…

Bibliographie

La Chanson balbutiante. Éveils, Sollicitudes, la Chanson du pauvre Gaspard, 1899. 
Le Chant des Routes et des Déroutes, 1901. 
À la Gloire de Paul Verlaine, 1902. 
Léliancolies. La Chanson du pauvre Gaspard, 1902. 
Sonnets intérieurs, 1903. 
Vers la vie, 1904. 
Sonnets d'Italie, 1904. 
La Lumière natale, poèmes, 1905. 
Poésies, 1905. 
Poèmes choisis, 1909. 
Ailleurs, 1912. 
Régner, poèmes, 1913. 
Œuvres de Léon Deubel. Vers de jeunesse. La Lumière natale. Poésies. Poèmes divers. L'Arbre et la Rose. Ailleurs. Poèmes divers. Appendice, préface de Georges Duhamel, 1929. 
Lettres de Léon Deubel, 1897-1912., 1930. 
Chant pour l'amante, 1937. 
Florilège Léon Deubel, publié à l'occasion de son centenaire, 1979. 

Références : Livre ‘’Louis Pergaud’’ d’Henri Frossard, Brochure Art dans la ville (Belfort), Wikipédia, Mairie de Fiseole (Italie), Musée de Maisons-Alfort (Madame Aubert), L’Alsace et l’Est Républicain de mars 1979, Exposition Deubel à la Tour 46 et la brochure associée, Bibliothèque municipale de Belfort, Wikipedia, Livre ‘’Hommage à Léon Deubel’’ (Edition Livres 90), Dossier Exposition Deubel 1979 des Archives municipales de Belfort, Livre ‘’Régner’’, Les Amis de Louis Pergaud (Bernard Piccoli), Livre Les Maires de Belfort…

JM

Infos pratiques  

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Appendice

(1) Maisons-Alfort : Commune du Val de Marne, sur la rive sud de la Marne, est située à 3 kilomètres au sud-est de Paris.

(2) Poète maudit : L’expression vient de l’ouvrage ‘’Les poètes maudits’’ de Paul Verlaine édité en 1884; il rend hommage aux poètes du mouvement parnassien apparu en France au milieu du 19ème siècle. Elle concerne un poète qui, incompris dès sa jeunesse, rejette les valeurs de la société, se conduit de manière provocante, dangereuse, asociale voir autodestructrice, rédige des textes d'une lecture difficile et, souvent, meurt avant que son génie ne soit reconnu à sa juste valeur. Quelques uns de ces poètes : Paul Verlaine (1844-1896), Arthur Rimbaud (1854-1891), Stéphane Mallarmé (1842-1898), Charles Baudelaire (1821-1867), Edgar Allan Poe (1809-1849)…

             Livre Les Poètes maudits Paul Verlaine 1884aR            Photo Paul Verlaine

 Le livre ‘’Les poètes maudits’’ et son auteur Paul Verlaine

(3) Certificat d’études : Le certificat d’études primaires (CEP) a été créé en 1866 sous Napoléon III par son ministre de l’instruction publique Victor Duruy. En date du 28 mars 1882, il est intégré dans la loi de Jules Ferry rendant l’instruction primaire obligatoire de 6 à 13 ans. Les épreuves pour obtenir le diplôme pouvait être passées par les élèves dès l’âge de 11 ans. Il attestait l’acquisition des connaissances de base (la lecture, l’écriture, le calcul, l’histoire, la géographie et les sciences appliquées). En 1936, l’instruction primaire est prolongée jusqu’à l’âge de 14 ans par Jean Zay, le ministre de l’instruction publique. Le CEP a été officiellement supprimé en 1989.    

Photo Victor Duruy Photo Jules Ferry Photo Jean Zay R

Les 3 ministres : Victor Duruy, Jules Ferry et Jean Zay

(4) Eugène Chatot : De son vrai nom, Eugène Claudius né le 3 septembre 1880 à Gizia (commune du Jura, située au sud de Lons-le-Saulnier). Ecolier à Nans-sous-Sainte-Anne (vers 1890), il a comme instituteur Elie Pergaud, le père de Louis dont il partagera quelques faits d’armes.

Photo Eugènr Chatot Collège Ramsgate 1902

 

Il entre au collège de Baume-les-Dames en 1893 et devint l’ami de Léon Deubel. En 1900, retrouvant Louis Pergaud, il lui fait découvrir les poésies de Léon Deubel.

 

 

Eugène Chatot en 1902 à Ramsgate

 

Avec son baccalauréat en poche, il devint répétiteur (lui aussi) à Longwy, Dole, Poligny et Salin. Il participa à la création de la revue ‘’La vie meilleure’’ à Poligny avec Alfred Jacquin.

Après deux séjours en Angleterre comme pour enseigner le français, il passe et réussi le concours de postier en 1906. Il est nommé à… Belfort, faubourg de Montbéliard. Il se maria avec une de ses collègues.

 CPA Belfort La Poste fbg Montbéliard 001

 Il prépare le concours d’entrée au Ministère des P.T.T., le réussit et est nommé à Paris à la Bibliothèque en février 1911. Il y retrouva Léon Deubel.

 

 

Carte postale du bureau de poste

 

Il publia ses souvenirs dans la revue ‘’Franche-Comté Monts-Jura’’ et a collaboré à de nombreuses revues littéraires. Il a recueilli et publié les lettres de Léon Deubel en 1930 aux Editions Le Rouge et le Noir.

Il subit de terribles épreuves familiales en perdant en 1926 sa fille unique âgée de 12 ans, puis en 1934 son épouse. En 1936, il épouse… Delphine Pergaud.

Altruiste, il est un fondateur de la Société des Amis de Léon Deubel en 1927 et de la Société des Amis de Louis Pergaud en 1965.

Il décède en 5 juillet 1974 à Besançon.

NA : Au travers de ce bref résumé de la vie d’Eugène Chatot, on peut voir son implication altruiste pour ses deux amis Léon Deubel et Louis Pergaud !

(5) Louis Pergaud : Né à Belmont (Doubs) le 22 janvier 1882. Après des études studieuses basées sur la lecture qui l’emmenèrent à suivre la voie de son père, il devint instituteur en 1901 ayant obtenu son diplôme à l’Ecole Normale de Besançon.

Photo Louis Pergaud

 

Il effectua son service militaire à Belfort au 35ème de ligne de novembre 1902 à septembre 1903. Après avoir été attiré pour la poésie, il se tourna vers le roman.

Dès son premier livre en 1910, De Goupil à Margot, il obtint le Prix du Goncourt.

 

Sa carrière littéraire fut des plus brèves car il décéda le 8 avril 1915 à Marchéville (Meuse) lors d’une attaque de sa compagnie dont il était chargé de cette offensive. Il a écrit 5 livres dont peut-être le plus connu, La guerre des boutons qui fut repris par le cinéma dans plusieurs versions (1936 par Jack Daroy, 1960 par Yves Robert et deux en 2011, l’une par Yann Samuell et l’autre par Christophe Barratier).

 CPM Louis Pergaud 1982

 

 

Carte postale de Louis Pergaud dessinée en 1982 par Jean-Marie Petey portant le timbre émis à son effigie en 1982.

 

 

(6) Stance : En poésie, la stance correspond à un nombre de vers variable de 2 à 16 vers. Des règles s’appliquent pour leur construction dont dans la composition des rimes. Elle correspond à un couplet en musique ou à une strophe en récitation.

Voir description plus complète sur Wikipedia : Cliquer ici

(7) Saint-Pol-sur-Ternoise : Commune du Pas-de-Calais, à une 40 km à l’ouest d’Arras. Son collège fut détruit en janvier 1939 par un incendie.

(8) Armant Dehorne : Né le 24 avril 1882 à Vieux-Ménil (commune du Nord, proche de Maubeuge). Fit ses études à Lille où il obtint sa licence à la Faculté des Sciences. Il fut préparateur puis assistant en zoologie.

Photo Armand Dehorne

 

Il fut préparateur puis assistant en zoologie

Pendant la 1ère guerre mondiale, il participât à la mise au point d’un vaccin contre la gangrène.

Revenu à son métier, il occupa plusieurs postes pour devenir en 1949 conservateur du Musée d'Histoire Naturelle de Lille pendant une douzaine d’années.

 

 Mais une autre corde à son arc fut la poésie, il est connu comme ‘’le poète de la Région du Nord’’. Il décéda en 1974.

(9) Le Beffroi : Revue littéraire créé en 1900 par Léon Bocquet à Lille.

Revue Le Beffroi 1900

 

Elle fut le support du renouveau de la poésie et le passage incontournable pour les poètes au tout début du 20ème siècle.

 

Dès le premier numéro en janvier, y contribuèrent Albert Colleaux, A.-M. Gossez, Pierre Turpin…

 

et aussi son créateur poète lui-même, Léon Bocquet. ‘’Le petit roi’’ fut le premier poème de Léon Deubel qui y parut en juin 1902.

(10) Léon Delarbre : Né à Masevaux (Haut-Rhin) le 30 octobre 1889, il rejoint Belfort en 1904 avec sa famille comme beaucoup d’alsaciens.

Photo Leon Delarbre

 

A partir de 1913, il fait ses études dans les écoles des beaux arts de Paris.

 

Après la guerre, en 1919, il reprend le métier traditionnel de la famille, horloger-bijoutier et commence à exposer ses peintures.

Il participe à la décoration du théâtre rénové de Belfort tout en étant conservateur du musée de la ville à partir de 1929. Entre dans la résistance en 1941, arrêté en 1944, il est déporté dans les camps de concentration (Auschwitz, Buchenwald, Dora…). Pendant sa captivité, il réalise des scènes de la vie dans les camps sur des morceaux de papier et arrive à les sauvegarder. Après sa convalescence, il revient à l’Ecole des Beaux-arts et participe à la décoration de bâtiments à Belfort (vitraux église de Brasse, écoles primaires…) Il décède dans sa ville d’adoption le 20 mai 1974.

(11) La Vie Meilleure : La revue, créée par Alfred Jacquin et Eugène Chatot, parut du 15 janvier 1900 à décembre 1902 où de nombreux écrivains y proposèrent leurs poèmes tels Charles Dumont, Chicon, Eugène Chatot… et bien sur Léon Deubel.

(12) Emile Bernard : Né à Lille le 28 avril 1868-1941) est un peintre et écrivain. Il fut un grand voyageur (vécu 10 ans en Egypte) et ami de nombreux peintres dont Vincent Van Gogh et Gauguin. Si ses premières peintures sont la mouvance du pointillisme.

Avec Gauguin, ils sont à l’origine du synthétisme où sont privilégiées des formes épurées et une palette de couleur réduite.

Peinture Emile Besnard Moisson au bord de la mer

 Moisson au bord de la mer

Auteur de romans, il créa la revue La Rénovation Artistique, publia des poèmes sous le nom de Jean Dorsal… Il décéda le 16 avril 1941 à Paris.

(13) La Rénovation Artistique était une revue crée en 1905 et financée en partie par le riche russe Goutchkoff qui avait été sollicité par Emile Besnard. La revue promouvait les arts et la littérature mais en développant le concept de la beauté de l’objet.

(14) Edgard Varèse est un compositeur né le 22 décembre 1883 à Paris.

Photo Edgard Varèse

 

Après des études classiques, il s’échappe de ce carcan pour aborder la musique au travers du son.

 

Il crée des œuvres où la technique est présente dans le traitement du son.

 

Sa musique considérée abstraite, il est en avance sur son époque et aujourd’hui considéré comme un grand innovateur. Il est décédé le 6 novembre 1965 à New-York.

(15) Jean-Paul Lafitte : Peintre fresquiste (à complèter)

(16) Les illuminations : Recueil de poèmes d’Arthur Rimbaud composés de 1872 à 1875, où se trouve le sonnet ‘’Voyelles’’ qui établit une relation entre un texte et une couleur.

             Livre Les illuminations Arthur Rimbaud R          Photo Arthur Rimbaud

(17) Mercure de France : Cette revue littéraire ancienne, crée en 1672 sous le nom de Mercure Galant, prend ce nom en 1724.

Livre Mercure_de_France R

 

 

A la fin du 19ème siècle, son rayonnement fut important par la présence de textes de grands écrivains.

 

 

ElIe édita de nombreux livres de jeunes écrivains.

(18) Henri Baudin : Né le 20 avril 1878 à Paris. Il a effectué la majorité de ses études à Besançon.

Photo Henri Baudin

 

Arrivé à Belfort en 1899, il ouvre un cabinet d’avocat en 1901.

Il devient 1er adjoint en 1925 sous le mandat d’Edouard Lévy-Grunwald et le remplace à mort brutale (suicide). Il poursuit le programme de son prédécesseur.

 

Il décède le 29 décembre dans sa ville d’adoption.

(19) Charles Vildrac : Né Charles Messager à Paris le 22 novembre 1882.

Photo Charles Vildrac

Très tôt attiré par la poésie, il écrit ses premiers vers et confirme rapidement son habilité à jongler avec la rime.

Il rencontre l’écrivain Georges Duhamel, se lie d’amitié avec lui et épouse sa sœur. Dans les années 1920, il devient un grand auteur dramatique. Il est aussi l’auteur de contes pour enfant. Il reçoit le Grand Prix de Littérature de l'Académie Française en 1963. Il est mort le 25 juin 1971 à Saint-Tropez.

En son honneur, le Prix de poésie Charles-Vildrac est créé en 1973; il récompense un recueil de poésies d’un poète français ou francophone. En 1963, il reçoit le Grand Prix de Littérature de l'Académie Française.

(20) Philippe Besnard est un artiste statuaire, sculpteur et critique français né le 18 novembre 1885 à Paris.

Photo Philippe Besnard R

Descendant d’une lignée de sculpteurs, il débuta à l’atelier de sa mère Charlotte.

Il poursuivit son apprentissage au contact d’Henri Bouchard et d’Auguste Rodin. 

Il réalisa de nombreux bustes (Pierre Loti, Henri d’Orléans, Saint François de Sales…) et monuments aux morts (Annecy, Albertville, Meknès…).

Il a réalisé une autre sculpture pour Belfort, celle de La Poésie situé dans le square Géant en 1954; hommage indirect au poète.

Article sur ce square : Cliquer ici

Il est mort le 2 novembre 1971 dans sa ville de naissance.

(21) Hiroatsu Takata est un sculpteur et essayiste japonais né à Kashima (Nanao) le 19 août 1900.

Photo HiroatsuTakata

Attiré par les arts, il s’installe dès 1918 à Tokyo et côtoie les artistes (sculpteur, peintre, écrivain…).

Il s’installe à partir de 1931 à Paris et étudie les sculptures françaises de Rodin, Maillol…

Il réalise plusieurs bustes de poètes français dont celui de Léon Deubel commandé en 1934 par la Société des amis du poète avec d’autres sociétés artistiques et littéraires.

Il ne retourne au Japon qu’en 1946. Il représentera le Japon dans de nombreuses manifestations internationales dont le festival de Cannes. Il décède en 1987 dans son pays.

(22) Pierre Dreyfus Schmidt : Si c’est bien Pierre Dreyfus-Schmidt qui proposa au conseil municipal d’inscrire les quatre vers du poète sur le fronton de la porte du cimetière de Bellevue, la date est plus incertaine ! Etait-il encore conseiller municipal ou déjà maire (il fut élu en mai 1935) ?

Photo Pierre Dreyfus Schmidt

Pierre Dreyfus-Schmidt a participé et a été acteur dans tous les hommages réalisés pour le poète Léon Deubel; il avait été admiratif de sa poésie.

Pierre Dreyfus-Schmidt est né le 11 mai 1902 à Belfort. Avocat, il fut adjoint au maire Henri Baudin de 1929 à 1935, puis maire de mai 1935 à août 1944, de novembre 1944 à novembre 1946 et de février 1958 au 4 juillet 1964, date de son décès.

Il a consacré ses mandats à l’évolution de la ville.

(23)  Jacques Swobada  (Zwobada) : Né le 6 août 1900 à Neuilly-sur Seine. Ayant un penchant pour le dessin, il étudie l’art à l’école des Beaux-Arts de 1918 à 1924.

Photo Jacques Zwobada

 

Influencé à l’origine par Rodin, il s’en démarque peu à peu. Il obtient plusieurs prix dont le Grand Prix de Rome en 1928.

Il réalisa de nombreux monuments comme au Havre (musicien André Caplet, 1926), à Quito en Equateur (général Simon Bolivar, 1929)…

 

Il assura des cours dans plusieurs écoles comme à l’Ecole des Arts appliqués à Paris, à l'École Normale Supérieure de l'Enseignement Technique, à l'École des Beaux-arts de Caracas...

Il meurt à Paris le 6 septembre 1967 et est enterré à Mentana (ville proche de Rome) près de son épouse.

(24) APHIEST : Amicale PHIlatélique de l’EST, est l’association philatélique du Territoire de Belfort créé en 1951.

(25) Société des Amis à Léon Deubel : La société fut fondée le 7 juin 1927 sous l’impulsion du poète Jean Réande et sous la présidence de Georges Duhamel. Eugène Chatot assura la tâche de trésorier. Elle disparut en 1962.

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