MAJ le 16.12.2014

Lors de la préparation du billet sur la cérémonie militaire du 21 janvier 1914 à Belfort où deux aviateurs furent décorés Chevalier de l'ordre national de la Légion d'honneur (1) par le Général Thévenet (2), gouverneur de la Place, j'ai ouvert une porte sur le début de l'aviation dans la Cité du Lion ! Je vous propose de survoler cette période du début du siècle dernier où Belfort n'était pas resté, loin s'en faut, collé au sol...  .

Les deux aviateurs étaient les lieutenants Max Boucher et  Alexandre Gourlez.

Pour mémoire, le billet sur cette cérémonie du 21 janvier 1914 : Cliquer ici.

L’aviation militaire à Belfort

C’est au début de 1912 qu’un mouvement national se crée pour que la France se dote d’une aéronautique militaire. En février à la Sorbonne, sous la présidence de Georges Clémenceau, l’Association Général Aéronautique  organise une quête qui va insuffler ce projet ! Belfort fera un don de 1000 francs.

Très rapidement, la France possède une bonne dizaine d’escadrilles (3)  opérationnelles puis avant de la fin de l’année 1912, la flotte atteint 344 avions répartis en 32 escadrilles. En 1913, la France doubla ses forces aéronautiques réparties sur 30 centres d’aviation disséminés sur le territoire.

Belfort a découvert l’aéroplane en 1909, plus précisément lors de l’organisation de la Première Semaine de l’Aviation du lundi 12 au dimanche 18 juillet.

Le vol prévu initialement le 14 juillet fut réalisé seulement le 18 juillet; l’arrivée tardive du biplan (le 14), le temps du montage (le 15), la météo capricieuse (le 16) avec un vent défavorable et le faux départ (le 17) lié aux ratés du moteur  ne permit pas, loin s’en faut, de respecter le programme comme prévu ! Les belfortains n’y croyaient plus et de nombreux visiteurs venus pour cette première étaient repartis amers!

Article Beflfort L'aviation Jean Becker R

1er vol au-dessus du Champ de mars

Pour compenser, l’assistance put assister au lancement d’un ballon sphérique le 15 juillet en fin d’après-midi. Il atterrit à Chèvremont deux heures plus tard.

Enfin le Capitaine Fernand Ferber (4) put prendre, tôt le matin sous le soleil, son envol avec l’aéroplane Voisin équipé du moteur Antoinette pour un premier essai à basse altitude (environ à 30 mètres du sol) au dessus du Champ de Mars. Ce premier vol est réalisé en présence de spectateurs tout de même forts nombreux, avertis par affichettes et le bouche à oreilles…

Photo Ferber Aéroplane Voisin 18 Juillet 1909 R

Carte postale d’un des vols du 18 juillet 1909

Un deuxième vol matinal fut effectué sur une distance plus importante qui permet au pilote de valider la tenue de son aéroplane.

Un troisième vol fut programmé en fin d’après-midi pour qu’un plus large  public puisse assister à cet événement. Mais une fois encore, l’aéroplane fit son caprice, du moins son moteur qui se mit à nouveau à tousser… et s’arrêta ! Belfort en juillet n’est pourtant point la saison de la grippe. Les spectateurs envahirent le Champ de Mars pour voir de près ce nouvel oiseau mécanique tant vénéré et tant versatile. Le pilote fort dépité dut se résigner à pousser son aéroplane sous son hangar pour l’opération de démontage. La  Première Semaine de l’Aviation finissant en queue de poisson au grand dam des organisateurs qui s’étaient tant dépensés pour que la fête soit belle et mémorable.

 CPA Aviateur Capitaine Ferber

Carte postale de l’aviateur, le capitaine Fernand Ferber

Le 13 septembre 1911, le Lion fut surpris de voir fondre sur lui un drôle d’oiseau lui balançant une banderole ! Elle atterrit au pied du monument. L’aviateur Jules Védrines (5) avait reçu la mission de jeter aux pieds du Lion un étendard tricolore avec l’inscription suivante :

                                               HONNEUR – PATRIE

                                                  (Le lion dessiné)

                                                AU LION INVAINCU

                                                     CONFIANCE

                                                     LA FRANCE

Mais il n’en resta pas là.

CPA Monoplan Morane piloté par Védrine

Carte postale de l’aviateur Védrines et de son appareil Morane

Il atterrit au Champ de Mars et vint au Lion pour attacher cette banderole tel une oriflamme avec l’aide du gardien et de deux journalistes, Georges Prade du journal La Frontière (le rapporteur de cet évènement) et son  confrère Souvestre.

1911b 

                                        1911c

Carte photo et carte postale du Lion avec son oriflamme

Le jeudi 15 août 1912, les belfortains furent conviés à venir voir, entre autre, un des enfants de la ville Raoul Jourjon (6) participer à ce concours avec deux autres aviateurs, Marcel Chambenoit et Pierre Daucourt. Plusieurs vols eurent lieu le jour même et le lendemain mais sans le belfortain car la veille à Buc (7), il eut un atterrissage difficile lui laissant des séquelles. Les deux journées furent un peu chahutées par des rafales de vent et des averses. La sœur de Raoul Jourjon, Yvonne âgée de 12 ans, put remplacer son frère sur un petit vol mais comme passagère dans l’aéroplane de Chambenoit le vendredi. Elle deviendra elle aussi aviatrice en 1933 après avoir eu le brevet de parachutiste en 1924…

Revenons à notre aviation militaire…

Vignette Belfort Parc d'aviation 1914 1918 édition Delandre

 

 

Le conseil municipal de Belfort, dès le 8 mars 1912, lance une souscription pour l’aviation militaire. Elle sollicite aussi les autres municipalités du département. Elle recueillera la somme de 15510,90 francs.

 

Vignette Belfort Parc d'aviation 1914-1918 Edition Delandre

 

Par le décret du 22 août 1912, la vocation de Belfort est confirmée comme centre aéronautique avec le Champ de Mars comme piste d’atterrissage. Au début de la guerre, il est rattaché à l’un des trois groupes aéronautiques, celui de Reims avec Verdun, Toul et Epinal.

Photo centre aéronautique 1924 H2

 Photo centre aéronautique 1924 V3

Photo aérienne (1924) pour situer les hangars construits. Ils sont en haut de la photo. En bas à droite, la clinique de La Miotte et l’ATRIA. Le Champ de Mars se situait entre la Promenade François Mitterrand (voie verte) et l’Avenue Jean Moulin (voie jaune). Il était en lieu et place des bâtiments présents au centre de la photo aérienne. Au sud étaient implantés les hangars des dirigeables et des ballons.

La photo du dessus, agrandissement de la partie supérieur, montre les quatre hangars à avions dont l’un d’eux est entouré en orange.

Des hangars furent construits pour accueillir les futurs aéroplanes militaires; ils arriveront par route le 1er octobre 1912.

1910-14

Carte postale Visite du Général Thévenet aux hangars des aéroplanes (1914 ?).

La flèche orange sur la vue aérienne donne le sens de la prise de vue pour cette carte postale.

Seul le lieutenant Sylvestre est venu par les airs, les autres avions, matériels, aviateurs et autres personnels sont venus par la route depuis Vesoul. La première escadrille est composée du Capitaine Bellanger qui fut le 1er chef de corps, des lieutenants Jacquet, Boucher et Sylvestre, des maréchaux des logis Feierstein et Péretti, du sapeur Lefort, des pilotes de complément M. Deneau et du capitaine de Rose. Ils sont accompagnés du personnel au sol et des matériels d’entretien et pièces de remplacement.

Le lieutenant Gourlez rejoindra l’escadrille plus tard, certainement en début 1913 (date non trouvée) avec d’autres aviateurs pour renforcer l’escadrille et porter le nombre d’appareils à vingt-deux. Il connaissait déjà Belfort ayant participé le 14  juillet 1912 à une belle démonstration avec son monoplan Duperdussin au dessus des troupes défilant devant les autorités militaires et civiles dont le Général Azibert gouverneur de la place, le préfet Fontanès, le maire Charles Schneider… Le Lieutenant prit le commandement de l’escadrille en 1914.

Suite à la souscription qui a permis de payer en partie un avion, l’armée a décidé de nommer un des aéroplanes Blériot de l’escadrille ‘’Le Belfortain’’ le 1er septembre 1913. Il porte le numéro BL178 et il est piloté par le caporal Georges Madon (8).

CPA Belfort Aviateur Madon

Carte postale de l’aviateur Madon avec son aéroplane Blériot 

Belfort avait vraiment un engouement fort pour l’aviation car L’Automobile Club offrit à l’armée le budget pour acheter un appareil.

centre aéronautique

Carte postale de l’aéroplane Blériot n°BL 177 offert par l'Automobile-Club de Belfort à l’armée; il fut baptisé "Quand-Même".

champ de mars 11

Photo du Champ de Mars avec de nombreux aéroplanes présentés au public.

Conclusion

Ce billet initialement prévu pour commémorer le centenaire de la cérémonie de remise de médailles du 21 janvier 1913, m’a emporté pour survoler le début de l’aviation à Belfort ! Comme quoi l’écriture est bien elle aussi, une aventure aérienne...

1906-12a

Carte postale patriotique du Lion et d’une nuée d’aéroplanes

Références : Aéroplane, Avion,Belfort, Brochure ‘’Autrefois l’Aviation à Belfort’’ (André Larger), Revue Horizon de la Chambre de Commerce n°4 de 1984, le journal La Frontière, le Dictionnaire biographique du Territoire de Belfort, leSite Wikipédia, le Site Léonore des Archives Nationales, le Site asoublies1418.fr, divers Sites…

JM

Infos pratiques  

Vous pouvez laisser des commentaires sur cette présentation via le lien "Commentaires" en fin de l'article après la liste des tags.

Les textes en gras et soulignés sont des liens vers d'autres articles... En cliquant dessus vous êtes dirigés vers ceux-ci.

En cliquant sur une photo, vous pouvez l’agrandir.

Appendice

(1) Légion d’Honneur : L’ordre national de la Légion d’honneur a été institué par Napoléon Bonaparte le 19 mai 1802; elle est la plus haute décoration honorifique française. Elle récompense les civils et militaires qui ont rendu ‘’un mérite éminent’’ à la Nation. Le nombre de ‘’légionnaires’’ est limité à 125000 décorés vivants depuis 1962 sous le Général de Gaulle.

La Légion d’honneur est composée de cinq ordres : Chevalier, Officier,  Commandeur, Grand officier et Grand-croix.

La croix a été remise également à des régiments, des établissements d’enseignement du supérieur

Des institutions (école, entreprise, association…) et des régiments ont été décorées de la Légion d’honneur.

(2) Général Thévenet : Claude Marie Frédéric Thévenet est né le 27 janvier 1851 à Château-Chinon (Nièvre).

Général Thèvenet R

 

Il termine de brillantes études par l’Ecole Polytechnique puis l’Ecole d’Application du Génie de Fontainebleau. Il fut directeur du génie dans plusieurs villes dont Belfort en 1902. Nommé général de brigade en 1906, il devint gouverneur à Epinal en 1911 puis à Belfort le 20 décembre 1913.

 

A ce titre, il est nommé Commandant supérieur de la défense des places du groupe de Belfort. Avec 80000 hommes de troupe, il renforce les fortifications et dès le lendemain de la déclaration de la guerre, il fait évacuer le 2 août 1914 les civils ‘’inutiles’’. Il établit une ligne de front à 10 kilomètres de la ville pour la protéger. Il est relevé de son poste le 12 août 1915 et promu sur un autre poste en octobre.  

(3) Escadrille : De base, elle est composée de 8 avions en 3 sections, monoplans, biplans et multiplaces. Chaque escadrille est autonome, elle possède des véhicules pour le transport des avions et des munitions, des équipements nécessaires pour l’entretien, du personnel au sol…

(4) Fernand Ferber : Né à Lyon le 8 février 1862, il est connu aussi sous le nom De Rue.

Photo Aviateur Fernand Ferber

 

Dès la fin de ses études à L’Ecole Polytechnique, il entre au Génie et est, par sa passion pour l’aéronautique, chargé de son développement dans le cadre militaire. Il quitta momentanément l’armée, pour développer des avions à moteur pour la société Antoinette.

 

C’est lors d’une démonstration à Boulogne-sur-Mer qu’il décéda lors de son atterrissage le 22 septembre 1909.

(5) Jules Védrines : Jules Charles Toussaint Védrines est né à la Plaine Saint-Denis le 21 décembre 1881.

CPA Aviateur Jules Vedrines R

 

Mécanicien, il devient metteur au point dans l’usine de moteur d’avion de la société des Moteurs Gnomes à Gennevilliers. Cette activité le pousse à passer et réussir son brevet de pilote le 7 décembre 1910.

 

 

Dès 1911, il réalise et réussit des vols de bonnes distances sur un aéroplane Morane-Borel. Le 26 mai, il gagne la course Paris-Madrid sur un Morane-Saulnier A avec un moteur Gnome. En 1912, il effectue des vols pour battre les records de vitesse.

Mobilisé… dans l’aviation lors de la Première Guerre Mondiale, il est spécialisé dans des misions périlleuses avec ses avions ‘’La vache’’, inscription portée accompagnée du dessin d’une tête.

Son dernier voyage fut le 21 avril 1919, il décède avec son mécanicien à Saint-Rambert-D’albon lors de l’inauguration de la ligne Paris-Rome.

(6) Raoul Jourjon : Né à Besançon le 14 mars 1895 à Besançon. Fils de Jean-Louis Jourjon et d’Eugénie Roth.

Aviateur Raoul Jourjon R

 

Ses parents s’installent à Belfort et tienne le magasin de bandagerie au boulevard Carnot. Très jeune attiré par cette ‘’nouvelle folie’’ du début du siècle, il obtient son brevet le 16 avril 1912. Avec le rang de 841ème, il devient le plus jeune aviateur français.

 

Il participe à la mise au point des aéroplanes et entre au début de la guerre dans l’aviation militaire. Affecté à l’escadrille F55, il est abattu le 30 septembre 1917 aux abords du Fort de la Malmaison à Chavignon (commune de l’Aisne, située au nord est de Soisson).

(7) Buc : Commune des Yvelines, au sud de Versailles. A partir de 1907, elle accueille un aérodrome où Robert Esnault-Pelterie effectue son 1er vol avec son aéroplane métallique ‘’REP’’.

CPA BUC Monoplan REP

Carte postale L’Aéroplane ‘’REP’’ sur l’aérodrome de Buc

Il sera le lieu de plusieurs essais de nouveaux appareils. En juillet 1909, Louis Blériot installe ses bâtiments, crée son aérodrome privé et une école de pilotage en 1913.

(8) Georges Félix Madon : Né le 28 juillet 1892 à Bizerte (Tunisie). Il est un aviateur émérite de la Première Guerre Mondiale.

Photo Aviateur Georges Madon

 

 

Dès l’âge de 15 ans, il est attiré par ce moyen de voler. A 19 ans, il obtient son brevet de pilote civil et militaire en janvier 1913. Son habilité au combat avec ses avions en fait un aviateur de chasse dangereux pour ses adversaires.

 

 

A la fin du conflit, il totalise 41 victoires homologuées sur 64 supposées pendant ces quatre années ou plutôt ces trois petites années car sa première victoire ouvre son tableau de chasse le 1er septembre 1916. Il se tue le 11 novembre 1924, lors d’une démonstration à Tunis; il n’a que 32 ans.

           ---o-----o-----o-----o-----o-----o-----o-----o-----o-----o-----o---