MAJ le 28 octobre 2017

Lors du Salon de la Carte Postale de Montbéliard, j’ai acheté une carte sur Belfort, représentant les restes d’un avion abattu le 18 octobre 1917 par un de nos aviateurs.

Hormis que je possédais déjà cette carte, c’est le texte du verso qui m’a interpelé et qui est la source de ce nouvel article.

CPA 1R Belfort Avion abattu le 17 octobre 1917  CPA 2R Belfort Avion abattu le 17 octobre 1917

Les 2 cartes postales montrant l’avion exposé place d’Armes

Partons à la découverte de cet évènement...

En ce mois d’octobre 1917, la Cité du Lion était régulièrement survolée par l’aviation ennemie qui venait photographier les mouvements de troupes aux alentours de Belfort

CPA Belfort - Lion Aviation

Carte postale Il ne fallait pas réveiller le Lion 

Le jeudi 18 octobre vers 10 heures, les belfortains furent alertés par les sirènes que l’ennemi était entré dans notre espace aérien. La défense anti-aérienne essaya d’accrocher les avions allemands, mais sans résultats car ils profitèrent de la protection  nuageuse.

Une heure plus tard, re alerte sur la présence à nouveau d’avions ennemis avec l’entrée en action de notre DCA (Défence Contre les Aéronefs puis Avions). Mais cette fois-ci, notre propre aviation put intervenir.

Deux de nos avions, des Spad VII de l’escadrille N150 (1) ont pris en chasse un Rumpler (2) et le Lieutenant Delrieu (3) décrocha une 3ème victoire en mitraillant l’avion allemand qui tomba en flamme sur Belfort au sud du faubourg de Montbéliard; plus précisément, il vint s’écraser et se disloquer sur les arbres du verger de la maison du commandant Schmitt-Stractman, mort à la guerre un an plutôt, située à la hauteur du 41 du faubourg et longeant la rue Dauphin.

Photo IGN Rue dauphin 1924a R

Photo IGN de 1924, avec indication du lieu où s’écrasa l’avion

CPM Extrait Rue dauphin 1960-61 Texte

Extrait d’une carte postale (1960-61), avec indication du lieu où s’écrasa l’avion

La chute de l’aéroplane n’était pas passé inaperçue et de nombreux belfortains étaient déjà présents sur place quand les pompiers puis les militaires arrivèrent sur les lieux.

CPhoto Belfort Avion Rumpler descendu le 18 octobre 1917 R

Carte photo très animée sur le lieu d’atterrissage forcé de l’avion

Ils retirèrent de l’avion en piteux état deux officiers allemands gravement blessés. Le pilote, un lieutenant avait une blessure à l’arcade sourcilière avec l’œil atteint et les jambes fracturées. L’observateur, un second lieutenant était plus gravement atteint avec la nuque brisée et une jambe fracturée.

CPhoto Belfort Avion Rumpler descendu le 18 octobre 1917 BF R

Une seconde carte photo sur le lieu d’atterrissage forcé de l’avion

Les médecins militaires firent les premières interventions et les deux blessés furent transportés à l’hôpital militaire.

CPA Belfort Hopital militaire 1903-06

Carte postale de l’hôpital militaire

Le lieutenant de réserve August Kockmann ne survit pas à sa grave blessure (nuque brisée) et mourut peu après à l’hôpital. Il fut enterré au cimetière de Brasse le samedi 20 octobre à 13 heures. Il sera transféré, après la guerre, au cimetière allemand d’Illfurth

Le pilote, le lieutenant de réserve Hans Lotz reprit ses esprits définitifs qu’au bout de trois jours; c’est lui qui put raconter le combat avant de perdre connaissance suite à un choc de sa tête sur l’habitacle.

Ces militaires appartenaient à l’escadrille FAA 289B (Flieger Abteilung Artillerie) stationnant à Habsheim (commune au sud-est de Mulhouse) et étaient en reconnaissance sur le secteur Belfort-Vesoul.

L’avion allemand était un Rumpler C IV 16-85 R.O. équipé d’un moteur Mercédès 260 HP 28-148 avec une envergure de près de 12 mètres

NA : Cette victoire vint réconforter un peu les habitants car deux jours plutôt, le 16 octobre, l’appareil des deux aviateurs de l’escadrille F58, l’adjudant Raoul Chesneau, le pilote et le sergent Henri Boitel, le mitrailleur, avait été abattu au-dessus de Rechésy. L’avion s’écrasa en Suisse à Beurnevésin (commune proche de Porrentruy). Les corps furent rendus aux autorités militaires françaises à la frontière de Boncourt le 17 octobre. Les deux aviateurs furent enterrés au cimetière de Delle le vendredi 19 octobre.

CPhoto Boncourt Remise des corps aviateurs 17 oct 1917 01

Carte photo de la remise des corps à la frontière de Boncourt

NA : En fin de l’article, un lien permet d’accéder à l’article consacré à ce drame.

Revenons à Belfort…

La foule des curieux s’était amplifiée dans ce secteur du faubourg de Montbéliard où les plus intrépides voulaient prélever un trophée de cet avion abattu. La maréchaussée dut établir un cordon de sécurité en attendant la récupération de l’appareil par les autorités de l’armée.

CPA Belfort Expo Avion abatu 18 oct 1917

Carte postale avec un plus gros plan de l’avion

A la demande du Maire François-Xavier Houbre et du Préfet Louis Mage, le Général Gency commandant de la place obtint l’autorisation d’exposer l’avion sur la Place d’Armes le dimanche 21 octobre de 8 heures à 16 heures.

CPhoto Belfort Expo Avion descendu le 18 octobre 1917

Carte photo de l’avion abattu avec le lieutenant vainqueur

L’aviateur vainqueur vint sur place où il fut accueilli chaleureusement par les belfortains et put dédicacer sa carte. Cette troisième victoire fut récompensée par l’attribution de la Légion d’honneur le 9 novembre 1917.

CPA Belfort Avion Lt Delrieu 18 oct 1917 

Carte photo de l’avion avec le lieutenant Delrieu (au centre, manteau noir)

Déjà en 1914, un avion allemand avait été exposé sur cette même place d’Armes. Il avait été capturé le 14 août à Berrwiller (commune du Haut-Rhin, au nord-est de Cernay) lors de l’offensive française.

CPA Belfort - Avion allemand 16 août 1914

Carte postale de l’avion exposé Place d'Armes en août 1914

Il s'agissait d’un avion de reconnaissance LVG DD Modèle B produit par le constructeur allemand LuftVerkehrsGesellschaft.

Epilogue

Mais au fait, quel est le texte qui m’a fait procéder à de nouvelles recherches…

En voici les termes (recopié en l’état) qui fut écrit par Monsieur C. à son correspondant habitant à Gendrey dans le Jura :

‘’ Cher ami

Voici un échantillon de ses bandits qui ne viendras plus nous faires des misères l’appareil était tous en miette le capitaine a étez tué et le lieutenant grièvement blessé ils viennent malgré la neige  si seulement ont pourrait tous les descendre en attendant de vous revoir recevez nos cordiales amitiés’’

La carte postale ne portant ni date ni timbre ni cachet, je suppose qu’elle a voyagé sous enveloppe.

CPA 2V Belfort Avion abattu le 17 octobre 1917

Verso de la carte postale achetée à Montbéliard

Par contre l’autre carte (la 1ère possédée), elle, est datée du jeudi 30 octobre 1917 avec la mention ‘’Souvenir campagne 1917’’ ce qui laisse supposer que l’émetteur devait être impliqué dans ces opérations militaires.

CPA 1V Belfort Avion abattu le 17 octobre 1917

Verso de la 1ère carte postale possédée

Le reste de la correspondance n’apporte pas d’information supplémentaire; le texte est un simple échange sentimental d’un gradé (ma supposition) à une dame de Saint-Loup-sur-Semouse (commune de la Haute-Saône, au nord-ouest de Luxeuil-les-Bains).

NA : Cet article vient compléter les articles consacrés à l’aviation.

Pour en prendre connaissance : Cliquer ici

Pour découvrir l’article sur Raoul Chesneau et Henri Boitel : Cliquer ici

NA : Comme d’habitude, j’ai mis à contribution l’ami Bernard qui a fourni le livre très documenté cité en référence et cartes postales.

JM

Référence Livre : 1914-1918 Guerre aérienne dans le ciel de Haute Alsace (Étude de Philippe Seither)

Références Presse : Journaux La Frontière et L’Alsace d’octobre 1917 (collections Archives municipales Belfort)

Référence Web : Site ‘’asoublies1418.fr’’, Site ‘’pages14-18.net’’, Site ‘’latecoere.com’’, Wikipédia, Site ‘’pompiersbelfort.canalblog.com’’

Infos pratiques  

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Les textes en gras et soulignés sont des liens vers d'autres articles... En cliquant dessus vous êtes dirigés vers ceux-ci.

En cliquant sur une photo, vous pouvez l’agrandir.

Appendice

(1) Escadrille N150 : L’escadrille fut créé en mai 1917. Elle s’installa à Lachapelle-sous-Chaux à partir du 1er juillet puis à Chaux le 18 août. Elle était commandée par le capitaine Pierre Lhuillier. Elle était équipée de Spad VII (Société Pour l'Aviation et ses Dérivés).

CPM Avion Spad VII

Carte postale d’un Spad VII

(2) Rumpler C IV : Cet avion allemand fut fabriqué en 1917 par la société Rumpler Flugzeugwerke. Le modèle C IV était un biplace destiné à l’observation. Il était équipé d’un moteur 6 cylindres Mercedes D. IVa développant chacun 260 ch. D’une longueur de 8,41 mètres et d’une envergure de 12,66 mètres

Photo Avion Rumpler C IV

Photo d’un Rumpler C IV

Avec la puissance de son moteur et sa surface alaire de 33,5 m², il lui permettant d’atteindre sur altitude de 6400 mètres malgré un poids de près 1500 kilogrammes avec son armement complet. Il était équipé de deux mitrailleuses et pouvait embarquer 100 kilogrammes de bombe.

(3) Lieutenant Louis Delrieu : Né le 14 mai (ou 14 mars) 1889 à Sarvadac, commune du Lot-et-Garonne, à l’ouest d’Agen. Il fit de solides études et devint instituteur.

Photo Delrieu Louis R

 

 

Il effectua son service militaire au 7ème RAP (Régiment d’Artillerie à Pied) à partir d’octobre 1910. Il fut mobilisé le 2 août 1914 et affecté au 3ème RAP à Brest. Il fut affecté à partir du 1er novembre en tant qu’observateur mitrailleur dans une des escadrilles du Camp retranché de Paris.

 

 

Il rejoignit l’école d’Avord où il obtint son brevet de pilote militaire (numéro 1218) le 19 juin 1915. Il fut versé dans l’escadrille 87 de l’Armée d’Orient implantée à Salonique où il accomplit de nombreuses et dangereuses missions qui lui permirent d’obtenir le grade de lieutenant le 1er avril 1916. Avant de rejoindre l’escadrille N150 installée à Lachapelle-sous-Chaux (village proche de Belfort) en juin 1917, il passa par l’escadrille F1. Il abattit son premier avion allemand le 22 juillet avant de récidiver le 10 septembre. Après sa troisième victoire, il prit le commandement de l’escadrille N152 le 25 novembre. Il abattit un 4ème avion le 19 septembre 1918.

Il serait titulaire de 7 victoires.

Ses nombreux faits militaires ont été reconnus par plusieurs citations, la Croix de Guerre avec palmes à cinq reprises et avec 2 étoiles de vermeil, et la Légion d’Honneur le 9 novembre 1917. Mais aussi, l’Aigle Blanc, la plus haute distinction de la Serbie.

Après être démobilisé, il poursuivit sa carrière… dans l’aviation civile dans la compagnie Latécoère où il assura la ligne Toulouse-Casablanca et participa à la première liaison postale du 3 mai 1923 avec un Breguet XIV. En 1925, il entra au service de la Navigation Aérienne. Il occupa des postes comme Commandant des aérodromes de Nantes puis d'Ajaccio.

Il est décédé le 1er ou 2 février 1976 à Audenge (Gironde).

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