MAJ le 16 mai 2018

En 2018, Belfort fête le 90e anniversaire de l’installation du monument érigé en mémoire des hommes morts lors de la Première Guerre Mondiale.

Il s’agit du Monument du Poilu érigé en mars 1928 le long de la Savoureuse, près de l’entrée du square du Souvenir.

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 Le monument du Poilu avant son déplacement (photo JM)

Petit historique

Lors de la réunion du conseil municipal du 1er octobre 1927, le point 31 à l’ordre du jour présenté par le conseiller Victor Gable, chargé des travaux, concernait l’allée longeant la balustrade du quai de la Savoureuse et bordant le square du Souvenir en fin d’aménagement.

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Carte postale A droite, l’allée longeant la Savoureuse

Il proposait de remplacer les pavés actuels par de l’asphalte car elle nécessitait une rénovation; l’allée étant très fréquentée par les passants et les promeneurs se rendant du pont Carnot à la rue Degombert.

Le maire de la ville, Edouard Levy-Grunwald profita du sujet de travaux à effectuer dans ce secteur pour donner une information aux membres du conseil municipal !

Photo Maire Lévy-Grunwald

Le maire de la ville, Edouard Levy-Grunwald

NA : Dans l’article sur le square du Souvenir, une petite bio sur ce maire Edouard Levy-Grunwald est disponible.

Il leur dit :

‘’De généreux donateurs avaient l’intention d’offrir à la ville une statue en fonte d’environ 2,10 m de haut représentant un ‘’Poilu‘’ reposé sur ses armes et de prendre à leur charge tous les frais d’installation de cette statue et l’aménagement d’un socle en granit rouge des Vosges’’.

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Il compléta cette information en signalant qu’il a vu un exemplaire de cette statue intitulée ‘’Le soldat vainqueur’’ chez le fondeur A. Durenne installé 26 rue Poissonnière à Paris, et qu’elle aurait toute sa place face à l’entrée du Square du Souvenir nouvellement créé !

NA : En fin de ce texte, un lien permet d’accéder à l’article consacré au Square du Souvenir.

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Il signala qu’à la tête de ces donateurs, se trouvait Ernest Ricklin, ancien négociant habitant rue de la Gendarmerie.

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Liste des donateurs au 27 octobre 1928

Les conseillers entérinèrent le projet de la rénovation de l’allée dont le marché était confié à l’entreprise belfortaine Louis Picaud pour 25000 francs. Ils acceptèrent le projet d’implantation du monument prenant acte qu’il n’en résulterait aucune dépense pour la ville.

Square Souvenir En-tête Picaud 2R

En-tête courrier entreprise Louis Picaud (document AMB)

Si cette annonce surprit des membres du conseil municipal, certains ne furent pas dupes et virent l’engagement du généreux maire envers sa ville d’adoption.

Le sculpteur Léon Leyritz

Cette œuvre ‘’Le Soldat vainqueur’’ était du au sculpteur parisien Léon Leyritz, qui fut l’ami du compositeur Maurice Ravel.

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Photo Léon Leyritz recherchée, je suis preneur...

Léon Albert Marie Leyritz est né le 7 janvier 1888 à Paris. Il fut l’élève de Jean-Paul Aubé (1837-1916) puis d’Antonin Mercié* (1845-1916) à partir de 1906.

*Antonin Mercié : Ce sculpteur a aussi une œuvre à Belfort, la statue Quand-Même installée sur la place d’Armes.

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Carte postale Belfort Statue Quand-Même par A. Mercié

Pour se faire connaître, il devint sociétaire du Salon des artistes français (1912) et du Salon d’automne (1923). Au Salon des artistes décorateurs (1926) où il exposa plusieurs de ses œuvres; il reçut plusieurs médailles. Lors de l’Exposition internationale de 1937, il obtint une médaille d’or pour la réalisation du fronton du Palais de l’élégance.

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Carnet de CPA Exposition Internationale Paris 1937

Léon Leyritz fut l’auteur de nombreuses sculptures réalisées en bronze, en pierre, en céramique et en plomb. Plusieurs communes de France possèdent un de ses monuments aux morts à l’image de Belfort, comme Belbeuf-les-Rouen (1920),  Neuilly-en-Thelle (1921)…

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Carte postales Monument à Belbeuf et à Neuilly-sur-Thelle

Son ‘’Soldat vainqueur’’ se trouve dans plusieurs autres communes de France, pas moins de 19 (Ahuillé en Mayenne, Allemond en Isère, Berrieux en Aisnes, Fossemagne en Dordogne, Pluvet en Côte d’Or…).

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Cartes postales Monument du Poilu à Fossemagne (24) et Pluvet (21)

Il a aussi réalisé des sculptures monumentales telles ‘’Le skieur‘’ en granit à Val d’Isère et ‘’A la mer’’ conservée au château de Rambouillet, ainsi que des sculptures moins volumineuses comme celles de ‘’Serge Lifar’’ en plomb, de ‘’Lorca’’ …

NA : J’ai essayé de trouver les photos des deux premières statues citées sans résultats. Elles sont apparemment inconnues des personnes contactées ! Ont-elles disparues au cours d’un événement (guerre ou autres) ?

L’artiste avait plusieurs cordes à son arc, hormis la sculpture, il maîtrisait la peinture avec ses portraits, fut aussi un décorateur et costumier de théâtre. Il réalisa ceux du Boléro de Maurice Ravel joué au Théâtre national de l'Opéra (Palais Garnier), le 31 décembre 1941.

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Carte postale Palais Garnier à Paris

Il a participé à la décoration de l’église Notre-Dame au Cierge à Epinal, construite en 1958, en réalisant le portail, le chemin de croix en plomb, les appliques des autels latéraux et la décoration du baptistère.

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Carte postale Le portail d’entrée de l’église Notre-Dame au Cierge à Epinal

Il décèda le 26 mars 1976 à Fréjus.

La société A. Durenne

Les Etablissements Métallurgiques A. Durenne furent fondés en 1857 par Antoine Durenne.

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Antoine Durenne est né à Paris le 7 juillet 1822. Fils de chaudronnier, il fit ses études à l’Ecole des Arts et Métiers d’Angers et à l’Ecole des Beaux Arts de Paris. Il a été membre fondateur de l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs.

Il racheta en 1857 l’usine des Hauts-Fourneaux et Fonderies de Sommevoire, commune de la Haute-Marne en 1857.

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Carte postale Sommevoire Usine Durenne, atelier de moulage

Il travailla en étroite collaboration avec des artistes et prouva une maîtrise technique, ces deux éléments vont lui apporter la notoriété dans l’activité de la fonte d’art à la française. La société A. Dardenne fut mainte fois récompensée comme aux Expositions Universelles de Paris (1867 et 1900), Vienne (1873)…

Ses productions de fonte d’art et de fonte décorative sont très présentes en France mais aussi dans le monde entier (Canada, Colombie, Espagne, Etats-Unis, Guinée, Russie, Venezuela…).

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Extrait d’un catalogue de la société A. Durenne

Après son décès en 1895, la société poursuivit son activité sous le nom de la S.A. A. Durenne.

La société va effectuer des acquisitions dont celle de la Fonderie d’art de Val d’Osne, installée en Haute-Marne. Elle devint en 1931, les Etablissements Métallurgiques A. Durenne & du Val d’Osne.

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En-tête de la nouvelle dénomination de la société A. Durenne

En 1971, elle devint la Société Générale Hydraulique et Mécanique.

Acquisition de la statue ‘’Le soldat vainqueur’’

En réalité, l’idée d’acquérir cette statue fut bien antérieure au 1er octobre 1927 quand le maire exposa le projet au conseil municipal ! Car dès le 15 juillet, les Etablissements Métallurgiques A. Durenne adressaient au maire, un devis pour son acquisition, s’élevant à 8500 francs hors transport. Ce courrier confirmant bien que c’est Edouard Levy-Grunwald qui était à la manœuvre.

Après une phase de négociation, la statue fut commandée (par le maire) le 17 septembre pour la somme de 8600 francs livrée à Belfort pour permettre son inauguration le 11 novembre 1927.

Il restait à définir un piédestal pour accueillir ‘’Le soldat vainqueur’’. Son concepteur Léon Leyritz fut consulté pour en définir le socle.

Parallèlement, des entreprises belfortaines furent sollicitées dont le sculpteur G. Lienhard, spécialiste en monuments funéraires.

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En-tête courrier de l’artisan Lienhard (document AMB)

Il proposa, dès le 27 septembre, un socle relativement simple (1,40 m de haut et 1 m² de base) en granit corail pour recevoir la statue.

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Croquis du socle proposé par G. Lienhard (document AMB)

Un entourage était prévu de la même matière avec un petit pilier à chaque coin. Le devis s’élevait à 18500 francs.

Un autre sculpteur belfortain, Eugène Traut proposa une solution le 29 septembre assez similaire pour la somme de 17780 francs. De la même matière, le socle était composé en deux parties pour une hauteur de 2 mètres sur une base de 1,5 mètre de côté.

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Un entourage similaire était prévu. En plus, le sculpteur proposait d’apposer  l’inscription ‘’Au Poilu de la Grande Guerre 1914-1918 Belfort reconnaissant’’ formée avec des lettres en bronze.

Dès le 30 septembre, le maire accepta cette deuxième offre. Il est vrai que ce devis était moins disant tout en ayant un socle plus volumineux. Par contre, il demanda une petite modification portant sur le texte, avec la suppression de ‘’Belfort reconnaissant’’.

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Carte postale Belfort Hôtel de Ville

Le 5 octobre, la société A. Durenne envoya l’étude du socle réalisée par Léon Leyritz. L’artiste proposait un projet assez original tel que nous le connaissons aujourd’hui avec la particularité d’intégrer un banc pour être un lieu de recueillement pour la veuve et l’orphelin ! Le socle en granit rouge devait être décoré de lauriers en bronze et permettre de recevoir des  inscriptions.

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Carte postale Paris Boulevard Poissonnière, adresse de la société Durenne

Au regard de ce projet plus ambitieux, le maire fit volte-face et accepta le 11 octobre le projet de l’artiste tout en imposant que la réalisation du socle soit assurée par E. Traut; certainement en compensation du dédit ! Il lui passa commande pour une somme de 20000 francs. La décoration devant être fournie par la société A. Durenne.

Parallèlement le maire remercia Léon Leyritz* et l’invita à venir à l’inauguration toujours prévue le 11 novembre… il ne restait plus qu’un mois !

*Léon Leyritz : A cette période, le sculpteur habitait à Paris, 55 rue de Montparnasse.

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Carte postale Paris Rue Montmartre, adresse de  Léon Leyritz

Cette date semblait assez peu réaliste… on était dans un jeu de dupe ou de poker-menteur… Le maire était-il tenu par un engagement vis-à-vis des donateurs ou un acte politique ?

Etant chargé des décors du socle (lauriers…), l’artiste prévint le maire qu’il était peu probable que le monument soit terminé à la date prévue hormis si l’inauguration était réduite à la statue seule !

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Fin de la lettre de Léon Leyritz (document AMB)

Encore le 19 octobre, le maire voulait toujours que le monument soit installé pour être inauguré à la date initiale, même sans ses décorations…

La société A. Durenne adressa le devis pour la réalisation des lauriers le 25 octobre à Eugène Traut, copie faite au maire. Son montant s’élevait à 7700 euros (modèle en plâtre + réalisation).

Par un courrier du 29 octobre, la société A. Durenne informa le maire que la statue serait disponible le 31… à Paris. Elle venait de recevoir un courrier de l’artisan belfortain Traut l’informant que la date de l’inauguration était reportée et qu’elle devait la conserver.

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Extrait du courrier (document AMB)

Le maire réagit à la réception du devis pour la réalisation des lauriers. Le 31 octobre, il informa la société A. Durenne qu’il le refusait et demandait une alternative consistant à la réalisation d’une allégorie pour personnifier le Souvenir, ‘’une femme en bronze déposant une gerbe ou entretenant la flamme du souvenir sur l’autel de la Patrie’’.

Enfin, il s’était résolu à reporter l’inauguration voulue au 11 novembre…

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Extrait du courrier du maire (document AMB)

Le 8 novembre, Léon Leyritz répondit au maire en lui signalant que le montant prévu ne s’élèverait qu’à 6500 francs car la société A. Durenne avait tablé sur une surface plus importante que prévue ! Il soulignait que son projet pour le socle apportait sobriété et distinction. Que l’apport d’une allégorie ferait ‘’Musée Grévin’’, engendrant en plus un montant nettement plus couteux (environ 15000 francs) ! La configuration du socle permettait à une personne humaine de venir déposer de vraies fleurs…

Il lui rappela le concept ‘’le poilu personnifiera vos morts, les lauriers leur gloire pure, le banc fait le lien avec les vivants et invite à la méditation’’.

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Par retour de courrier, le maire se rangea aux arguments de l’artiste, accepta le devis de 6500 francs et confirma l’invitation.

Eugène Traut réalisa le socle conformément aux directives de l’artiste et de la société A. Durenne. Il informa le maire le 8 décembre 1927 qu’il était terminé et pouvait être installé à sa convenance. Il joignit sa facture qui s’élevait à 20750 francs, elle comprenait le socle et les inscriptions effectuées.

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Le socle du monument sans le texte sur la face principale

A la demande du maire, le 27 février 1928, la société A. Durenne communiqua les prix de différents ornements en fonte présents dans le catalogue ‘’La Rue Moderne’’.

Le 12 mars 1928, la société A. Durenne informait le maire que la statue, les lauriers, les scellements et la plaque avec les inscriptions suivant modèle étaient disponibles en gare de la Petite Vitesse de Belfort.

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Carte postale de la gare de la PV Belfort (collection BF)

Le monument fut installé par l’artisan Eugène Traut fin mars, un journaliste du journal La Frontière l’annonce aux lecteurs, dans son édition du 28 mars.

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Extrait de l’article de La Frontière (collection AMB)

Dans son article, le journaliste présenta l’œuvre de Léon Leyritz, souligna que ‘’Le Poilu vainqueur’’ fut offert par le belfortain Ernest Ricklin et d’autres donateurs. Il cita les vers du poète Sylvain Royé* présents sur le monument :

D'autres heures naîtront, plus belles et meilleures.

La Victoire luira sur le dernier combat.

Seigneur, faites que ceux qui connaîtront ces heures

Se souviennent de ceux qui ne reviendront pas.

Ces vers sont extrait de son poème ‘’Prières de tranchées’’.

*Sylvain Royé : Né en 1891 à Nantes, meurt à Douaumont le 24 mai 1916. S’étant porté volontaire pour porter un pli, il succomba dans une tranchée bombardée lors d’un tir de barrage d’obus.

Le 2 avril, Lévy-Grunwald informa l’artiste que le monument était en place et que le résultat ‘’Le Poilu ainsi que le socle, l’un et l’autre du plus heureux effet, formant un ensemble parfait’’.

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Carte postale Le monument du Poilu (vue de face)

Il lui renouvela son invitation à venir voir son œuvre à Belfort.

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Carte postale Le monument du Poilu (vue de profil)

Par retour de courrier, Léon Leyritz remercia le maire pour ses compliments et accepta l’invitation qu’il devrait pouvoir honorer courant mai quand sa voiture serait réparée.

Les aménagements

Dans le cadre de l’aménagement du ‘’Jardin du souvenir’’, deux pelouses furent créées de chaque côté du monument, pour rendre le lieu plus accueillant. Elles étaient délimitées par un simple grillage bas.

Toujours dans le cadre de cette volonté de mettre en lumière le monument, deux candélabres furent commandés à la société A. Durenne le 10 avril pour être placés aux abords du monument.

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Carte postale montrant la situation du monument vis-à-vis du square

La carte postale ci-dessus permet de voir les 2 candélabres installés devant le monument en limite des pelouses protégées par le grillage.

Ces deux candélabres furent présents jusqu’aux années 1990 comme la photo suivante le prouve.

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Tout à droite de la photo, on peut voir un des candélabres

Cette commande, fut aussi complétée par d’autres équipements pour agrémenter l’environnement du monument. Deux vasques, crées par Léon Leyritz, furent acquises (3000 francs pièce) et implantées dans les deux pelouses.

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Zoom de la carte précédente, pour montrer les deux vasques

Pour que le monument soit un lieu d’arrêt, deux bancs dit ‘’Th. Lambert’’ furent installés de chaque côté du monument, en bordure des pelouses.

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Carte postale où on peut voir les deux bancs et un candélabre

La société A. Durenne livra les équipements commandés (candélabres, bancs et vasques) courant août 1928. L’installation fut confiée à l’artisan Eugène Traut qui confectionna des socles en granit rouge corail et les massifs nécessaires à leur fixation. Les travaux furent terminés fin octobre.

La ville prend en charge le monument

Lors du conseil municipal du 27 octobre 1928, le point 7 de l’ordre du jour fut la demande du maire, par l’intermédiaire du chef des travaux Victor Gable,  au conseil municipal de la prise en charge par la Ville de Belfort du don du monument et des équipements associés pour en assurer l’entretien.

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 Délibération du 27 octobre 1928 (document AMB)

Le conseil municipal accepta cette prise en charge et remercia les généreux donateurs dont notamment Ernest Ricklin.

1929, fin de l’aménagement

En début mai 1929, il fut décidé de réaliser un entourage moins rudimentaire que celui posé pour protéger les pelouses et ayant un cachet plus en rapport avec le monument.

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Carte postale Monuments du Poilu

Les travaux furent confiés à des entrepreneurs belfortains.

L’artisan Alfred Sapori réalisa la bordure en pierre factices des deux pelouses. Elle était destinée à soutenir une petite clôture pour un montant de 3576 francs (pour environ 90 mètres).

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En-tête facture de l’artisan Alfred Sapori

La clôture basse en fer forgé fut confectionnée par le serrurier Charles Schick pour la somme de 8500 francs et fut installée par Alfred Sapori lors du coulage de la bordure.

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En-tête facture de l’artisan Charles Schick

Cette grille ouvragée, formée de plusieurs figures géométriques différentes et consécutives, protégeait les pelouses des envahissements non désirés qu’ils soient canins ou autres. Elle apportait un agrément décoratif aux abords du monument.

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Extrait carte postale montrant la grille installée sur la bordure

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La grille est toujours présente en 2018 (photo JM)

Sans certitude, le design de la grille peut être inspiré de décors présents dans le catalogue de la société A. Durenne qui était aussi un spécialiste !

Les vers du poète Sylvain Royé

Lors de l’étude préparatoire de cet article, la recherche de cartes postales permettant de l’agrémenter, m’a permis de faire une découverte peu (ou pas) connue !

Le texte du poète présent sur la face principale du socle n’était pas à l’emplacement actuel !

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Le texte est sur la face avant du monument (photo JM)

Une phase transitoire a existé, le même texte était porté par une plaque en bronze fixée sur le côté latéral gauche du socle !

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Extrait carte postale où l’on voit la plaque où figure le texte

NA : Si l’agrandissement photographique ne permet pas d'en lire le texte, la facture de l’artisan Eugène Traut confirme la présence de cette plaque et des vers du texte.

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Extrait facture concernant la plaque (collection AMB)

Sur un courrier du 25 octobre 1927, la société A. Durenne demandait le contenu de l’inscription à faire figurer sur la plaque dont la largeur serait limitée à 59 centimètres, pour en déterminer sa hauteur.

Sur la face du socle, on voit encore l’emplacement des quatre points de fixation.

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La preuve par ces photos (photos JM)

Les vers du poète sont complétés de la mention ‘’Le Poète Sylvain Royé tombé devant Douaumont en 1916’’.

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Focus sur le texte (photo JM)

Quand le texte fut-il porté sur la face avant du monument ? Mes recherches ne m’ont pas permis de trouver l’information… Seule la recherche par les cartes postales permet de dater approximativement, avant novembre 1931.

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Carte postale Le texte est présent sur la face avant du socle

Bilan comptable

Le montant total du monument et des aménagements s’était élevé à 62575,25 francs dont 15750 francs pour la statue et les décors du socle, 20776 francs pour le socle.

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 Care postale du monument vers 1930-1935

Ce montant fut totalement couvert par les 36 donateurs qui avaient participé à la hauteur de 1000 francs chacun (individu ou société) sauf un. Ernest Ricklin, le donateur principal avait donné 27000 francs dépassant largement son investissement initial de 15000 francs.

NA : Le maire Lévy-Grunwald a participé à la hauteur de 1075,25 francs. Mais n'a-t-il pas participé plus amplement sous le couvert du donateur principal ? La probabilité est assez forte...

Le premier cliché du monument

Lors de l’étude préparatoire de cet article, je me suis attelé à trouver quel était le premier cliché pris du monument.

Deux clichés sont en concurrence…

Cliché horizontal

Le cliché suivant a été certainement pris peu de temps après l’installation du monument.

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Carte postale Monument vu latéralement

La plaque avec les vers est sur le côté du monument. La pelouse n’est pas entourée. Ce cliché fut souvent repris, facilement identifiable avec l’homme appuyé sur la rambarde.

Cliché vertical

Dans un autre cliché, vertical, on retrouve la même configuration.

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Carte postale Monument vu latéralement

Comme dans le cliché précédent, la plaque avec les vers est sur le côté du monument, comme la pelouse qui n’est pas entourée.

Ce cliché semble avoir été pris avant le précédent car le feuillage est en cours. Dans le cliché précédent, les feuillages sont plus fournis…

On peut penser aussi qu’une vue de face ou presque (vue de trois-quarts) soit naturelle, voire obligatoire avant d’effectuer d’autres prises de vues avec des angles variés.

Dernier cliché ?

Particularité, depuis les années 1950-1960, il n’y a plus eu de carte postale éditée avec le monument du Poilu, même en multi-vues !

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Carte postale des années 1950-1960 du monument du Poilu

Cette carte est certainement le (ou l’un des) dernier cliché édité !

Restauration des vers du poète

En 1982, il fut décidé de restaurer les lettres des vers du poète car certaines étaient manquantes, d’autres étaient déformées et l’ensemble avait subi les ravages du temps (encrassement…).

Cette restauration fut demandée au sculpteur-marbrier Robert Reininger du village de Sermamagny (commune proche de Belfort). Dans son devis, du 20 janvier 1983, l’artisan proposait que l’intervention soit effectuée en son atelier pour permettre un travail dans de bonnes conditions. Cette procédure demandait le démontage partiel du monument, a-t-elle été appliquée ?

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 Extrait devis de l’artisan Reininger (document AMB)

Au regard du devis qui s’élevait à 5192 francs, la mairie tenta d’obtenir la prise en charge par l’Agence des Bâtiments de France et des Anciens combattants, sans résultat.

La restauration fut effectuée en 1985.

Epilogue 1

Ainsi se termine, ou presque, cette histoire du Monument du Poilu installé à Belfort suite à la volonté de son maire, Edouard Levy-Grunwald et grâce à de généreux donateurs dont Ernest Ricklin.

Le maire était un récidiviste car c’est déjà lui qui avait fait implanter la statue Edith Cavell devant le nouvel hôpital civil en 1926 !

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Carte postale Edith Cavell devant l’hôpital civil de Belfort

Le sujet Monument du Poilu n’est pas totalement traité car fin avril 2018, il a déménagé pour rejoindre le square du Souvenir.

De plus, un évènement n’a pas été traité, l’inauguration.

NA : Des liens ci-dessous permettent d’accéder à ces deux articles.

Epilogue 2

Je ne peux pas terminer cet article sans avoir une pensée pour Edouard Levy-Grunwald lui qui a tant fait pour la Cité du Lion et qui a vu la seule plaque en son hommage, détruite lors de la destruction du pavillon Lévy-Grunwald de l’hôpital !

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N’aurait-on pas pu conserver cette plaque ?

Liens pour accéder aux articles cités

Pour accéder à l’article sur le Square du Souvenir : Cliquer ici

Pour accéder à l’article sur la statue Edith Cavell : Cliquer ici

Pour accéder à l’article sur le déménagement du monument : Cliquer ici

Pour accéder à l’article sur l’inauguration du monument : Cliquer ici

JM

Référentiel Web : Wikipédia, Divers autres Sites (Leyritz, Durenne…)

Référentiel autres : Journal La Frontière (collection Archives municipales de Belfort, ‘’AMB’’), Journal L’Alsace (collection des Archives départementales du Territoire de Belfort, ‘’AD90’’), Dossier du monument du Poilu  (Archives municipales de Belfort, ‘’AMB’’),

Infos pratiques  

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