Les locomotives Alsthom CC 7001 & CC 7002 fabriquées à Belfort
MAJ le 18 mars 2024
En 1942, suite à la volonté actée de la SNCF d’électrifier la ligne la plus importante du réseau ferré français, celle de Paris à Marseille passant par Lyon, et d’exploiter cette ligne avec des locomotives performantes, Alsthom décida de développer une nouvelle locomotive, qui devait répondre aux besoins de la société nationale et des chemins de fer européens.
Le constructeur choisit de lancer le projet d’une locomotive du type CC 7000 (2 bogies à 3 essieux moteurs).
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Fiche réseau français Locomotive CC 7001 (coll. privée)
Deux prototypes furent fabriqués à l’usine de Belfort, les CC 7001 et CC 7002.
Électrification de ligne Paris-Lyon
Depuis 1923, donc déjà du temps de la Compagnie PLM (Paris-Lyon-Marseille), il fut envisagé d’électrifier cette ligne; en 1939, la décision fut prise par la SNCF (Société Nationale des Chemins de fer Français), nouvellement créée en 1938, d’effectuer l’étude pour la première partie du trajet, entre Paris et Lyon, devant prioriser ses investissements en fonction des projections liées aux rentabilités potentielles. Suite au conflit mondial, le projet ne fut avalisé que le 7 août 1944.
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Carte postale Ligne électrifiée Paris-Lyon (coll. privée)
La ligne électrifiée en 1500 volt courant continu fut mise en service le 24 juin 1952.
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Inauguration de la ligne électrifiée Paris Lyon, Départ de Paris
(photo La Vie du Rail, doc. Biblio Deubel Belfort)
Nouvelle génération de locomotives
À la modernisation de cette ligne, il était aussi nécessaire à la SNCF d’investir dans de nouvelles locomotives. Elle lança en 1942, un appel aux constructeurs pour la fourniture de prototypes de machines pour cette ligne.
La D.E.T.E. (Division d'Études de Traction Électrique) de la SNCF avait défini comme cahier des charges, entre autres, une locomotive électrique pouvant assurer un service commercial à 150 km/h en tractant 850 tonnes sur des pentes à 2°/oo et 145 km/h sur des pentes à 8°/oo. Elle était destinée à la ligne Paris-Lyon.
La société Alsthom releva le défi et après réflexion, elle décida de développer une locomotive puissante mais peu lourde, environ 100 tonnes, avec deux bogies du type CC, composés de trois essieux moteurs permettant de mieux s’inscrire dans les courbes; donc d’augmenter la vitesse.
Pour permettre de réduire la durée des essais de validation, elle construisit deux locomotives, les CC 7001 et CC 7002, sur son site belfortain.
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Carte postale Locomotive CC 7001 (coll. privée)
Elles sortirent des ateliers belfortains en mai et juin 1949, anticipant la demande de la SNCF voulant du matériel performant à adhérence totale.
Matériel performant = vitesse et charge par essieu réduite
Adhérence totale = toutes les roues sont motrices
L'électrification de la ligne Paris-Lyon fut le déclencheur de ces études pour produire de nouvelles locomotives plus adaptées à cette configuration.
La SNCF commanda ces deux prototypes, le 20 décembre 1946.
Alsthom répondit au cahier des charges par ces deux prototypes de 104,4 tonnes, délivrant une puissance de 2770 kW (3820 ch) et n'ayant qu'une charge ramenée à 17,4 tonnes par essieu donc une pression sur les rails faible par rapport à leurs devancières. Sa vitesse étant poussée à 160 km/h.
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Fiche technique Locomotive CC 7001 (coll. privée)
Le bogie à trois essieux fut issu du bogie des BB 8100, rallongé.
Autres caractéristiques
- Longueur totale : 18,830 m
- Largeur : 2,968 m
- Hauteur (pantographes baissés) : 4,218 m
- Empattement bogie : 4,845 m
- Masse bogie avec ses 3 moteurs : 29 t
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Diagramme Loco CC 7001 (photo Livre Les CC 7100, coll. MC)
Principales évolutions
- Caisse assemblée par soudage*
- Caisse constituée sous forme de sous-ensembles mécano-soudés (châssis, cabines et faces latérales)**
- Toiture amovible en trois parties
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La caisse CC 7001 dans l'atelier Alsthom à Belfort
(photo Livre Les CC 7100, coll. MC)
* Le process d'assemblage par soudage fut importé des États-Unis en 1947, employé pour leur marine.
**Sous-ensembles mécano-soudés appliqués dès la BB 8100 en 1947.
- Intérieur cabine plus ergonomique et plus confortable
- Équipements électriques sous forme modulaire
- Nouvelle conception du bogie
- Liaisons élastiques entre la caisse et les bogies
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Loco 7001 tractée par la 230 K 163 en gare de Belfort en 1949
(photo BF)
Design extérieur
Ce nouveau matériel se devait de posséder une nouvelle robe, le design fut confié à Paul Arzens, une première pour lui, qui fut une belle réussite. Elle fut verte bicolore séparée par une bande bleue encadrée par des liserés blancs; légèrement plus foncée en partie base qu'en partie haute.
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Fiche Locomotive CC 7155 (coll. privée)
Les faces latérales avec leurs quatre hublots en "œil de bœuf" finalisent l'identification de cette nouvelle famille de locomotives.
L'esthétique de la livrée conçue pour cette nouvelle série fut récompensée par le prix "Label Beauté France" en 1954.
Paul Arzens
Né le 28 août 1903 à Paris, fit l'école des Beaux-arts. Il intégra et appliqua l'esthétique au monde industriel. Il fut un créateur et designer industriel reconnu dans les domaines de l'automobile, de l'aviation et du ferroviaire. Il est décédé en 1990.
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Fiche Paul Arzens La Baleine (coll. privée)
Il va designer aussi les locomotives dites "Nez cassés" débutées par la CC 40100, suivies des CC 6500, CC 21000 et BB 1500. La face frontale avec la baie inclinée vers l'intérieur de la cabine rappelle la position du sprinter au départ de sa course, dans son starting block !
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Belfort Pont de Roubaix Locomotive CC40102
(photo Alsthom, coll. JM)
Il effectua le design d'autres locomotives françaises.
Programmes d'essais
La locomotive CC 7001 fut affectée le 29 avril 1949, au dépôt de Paris-Sud-Est pour effectuer une campagne d’essais. Dès le 16 mai, elle fut en tête d’un train de 1 000 tonnes, pour effectuer le parcours Paris-Poitiers (335 km); elle le réalisa à une vitesse moyenne de 106 km/h.
Les deux locomotives furent soumises à de nombreux essais de validation sur leur capacité à effectuer des trajets avec des charges de 1000 tonnes en descendant un peu la vitesse et des essais à grande vitesse, 160, 180 et même 200 kilomètres heure.
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Loco CC 7002 (photo La Vie du Rail, coll. Bibliothèque Deubel)
Elles reçurent même les bogies des futurs CC 7100 pour tester leurs capacités.
À partir de 1953, elles furent utilisées comme les CC 7100; elles totalisèrent un peu moins de 10 millions de kilomètres.
Concurrence
Ces prototypes furent en concurrence avec les BB 9001 & BB 9002 fabriquées par les sociétés suisses SLM et Brown Boveri, sorties en 1953, ainsi que les BB 9003 et 9004 fournies la société MTE (Matériel de traction électrique) formée des sociétés françaises Jeumont-Schneider et Creusot-Loire.
Conséquences
Ces deux prototypes vont tellement enthousiasmer les dirigeants et techniciens de la SNCF que la commande des 100 locomotives 2D2 9100 fut réduite à 35 unités ! Elle préféra commander des CC 7100.
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Carte postale Loco CC 2D2 9100 illustration Albert Brenet
(coll. privée)
Elles étaient fabriquées par les sociétés Fives-Lille et CEM, d'où certainement une compensation avec l'attribution de la fabrication d'une partie des CC 7100.
Présentation présidentielle
Lors des 24 Heures du Mans, le 26 juin 1949, la SNCF invita le Président de la République, Vincent Auriol, à effectuer la liaison Paris-Le Mans dans cette nouvelle locomotive CC 7001; il put même monter en cabine et tractionner sur une trentaine de kilomètres.
Les locomotives CC 7100
De ces deux prototypes va naître la série des locomotives CC 7100 avec de nouvelles améliorations suite aux résultats emmagasinés lors des campagnes d’essais effectués par ces machines.
NA : En fin de texte, un lien permet d’accéder à l’article consacré aux locomotives CC 7100.
Épilogue
Les années 1950 furent un tournant pour le matériel roulant ferroviaire innovant avec l'arrivée de nouvelles locomotives du type CC avec une charge par essieu réduite (-10%) tout en prenant de la masse, permettant d'exploiter les nouvelles lignes électrifiées à des vitesses commerciales nettement améliorées et de tractionner des convois lourds (850 tonnes et plus).
Ces deux prototypes sont considérés comme le premier âge d’or des locomotives CC françaises.
JM
Remerciements à Maurice C. (Alsthomien de cœur) pour le prêt de ses documents (livres & photos)
Liens pour accéder aux articles cités
Locomotives Alsthom CC 7100 : Cliquer ici
Références livres : Livres Les locomotives CC de France et Les CC 7100 les premières électriques universelles (doc. MC), Brochures Alsthom (doc. JM), L'Est Républicain (doc. Archives départementales du 90, AD90), La Vie du Rail (doc. Bibliothèque Deubel Belfort)
Références Internet : Wikipédia, Divers autres sites…
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