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LE CARTOPHILION
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4 septembre 2024

Quid de la date de ce cliché (CPhoto) & de l’objet de cette cérémonie au cimetière des Mobiles de Belfort ?

MAJ le 25 février 2025

 

Après avoir écrit l’article concernant une cérémonie militaire organisée par la Société des Anciens Artilleurs, le 9 mars 1913, à Belfort, j’ai écrit un deuxième en pensant que le cliché de la carte photo possédée ci-dessous, fut photographié à cette même occasion !

Carte photo Belfort Cérémonie au cimetière des Mobiles (coll. JM)

 

Une remarque pertinente de mon ami Bernard, sur la non concordance des dates, m’a alerté indirectement !  Je me suis fourvoyé dans les dates.

 

Donc au regard de cette situation, je suis dans l’obligation de réécrire cet article pour rétablir la vérité sur l’évènement mémorisé via cette carte photo.

 

NA : Un lien en fin de texte permet d’accéder à l’article consacré à la cérémonie militaire du 9 mars 1913 en l’honneur des onze artilleurs décédés, lors d’une explosion en 1887.

 

Côté correspondance de la carte photo

 

Si le cachet postal apposé sur le timbre collé sur le visuel ne donne pas lannée, du côté de la correspondance, lexpéditrice a daté son message, "Belfort le 12 8bre 1912" pour 12 octobre 1912.

Verso de la carte photo

 

Lexpéditeur avait daté la rédaction de son message, sur sa carte "Belfort le 12 8bre 1912" pour 12 octobre 1912.

 

*8bre : Cette abréviation remonte, comme les trois autres, 7bre, 9bre et 10bre, avant la création de l’état civil en 1792. Donc le risque de croire que 8bre serait le mois daoût, est une chausse-trappe dans laquelle plus dun chercheur est tombé dedans, dont moi il y a quelques années, au début de mes toutes premières recherches !

Extrait de la carte photo : La date inscrite par lexpéditrice

 

En réalité, ces abréviations ont une relation étroite avec l’étymologie des nombres.

 

   -7 = septem
   - 8 = octo
   - 9 = novem
   - 10 = decem

 

Il existe une deuxième explication, via le calendrier Julien qui fut remplacé par le calendrier Grégorien en 1582. Il ne possédait que dix mois et débutait le 1er mars, du moins la première version en 753 av JC, car il évolua en 450 av JC, pour contenir 12 mois.

 

Donc dans sa première version, avec 10 mois, le 7e mois était donc septembre, le 8e octobre

 

CQFD !

 

Côté visuel de la carte photo

 

Le cliché représente un attroupement de personnes au Cimetière des Mobiles de Belfort.

 

Jai tenté d’éclaircir la carte photo pour mieux voir les détails.

Carte photo Belfort Cérémonie au cimetière des Mobiles (coll. JM)

 

On voit derrière eux, le Monument des Mobiles érigé en lhonneur des Mobiles morts lors du Siège de Belfort. Il se déroula du 3 novembre 1870 au 18 février 1871, pendant la Guerre franco-allemande de 1870-1871.

 

*Mobiles : Nom donnés aux civils ou ex militaires levés pour combattre lors de la guerre de 1870-1871.

 

Cette délégation importante devant ce monument, fait penser à une cérémonie en relation avec ce Monument.

 

Je sais quau mois doctobre, chaque année ou presque, eut lieu une cérémonie militaire en lhonneur des Mobiles; il existe au moins deux cartes postales sur cette cérémonie, mais les clichés furent photographiés sur la place dArmes.

Carte postale Belfort Cérémonie des Mobiles 1910 Place dArmes (coll. JM)

 

À lorigine, ou peu après, ces cérémonies se déroulaient traditionnellement le 2e dimanche du mois de novembre. En 1904, un courrier de M. Boucher, le président de la Société fraternelle des Anciens Mobiles du Rhône, adressé au maire de Belfort, demandait davancer la date de cet hommage. Lors du conseil municipal du 4 mai 1904, après en avoir délibéré, le conseil municipal décida de fixer la date de cette cérémonie patriotique, au 1er dimanche doctobre.

Extrait de la délibération du 20 mai 1904 (doc. AMB)

 

La date portée sur la carte photo "Belfort le 12 8bre 1912" me permis de réduire le champ dinvestigation dans la presse locale ! Toujours appréciable

 

En 1912, cette cérémonie s’était déroulée le dimanche 6 octobre, daprès les articles parus dans les journaux LAlsace et La Frontière. Si le premier publia un article relativement succinct, le second développa sur une page et demi, le déroulé de la cérémonie complétée des discours.

 

Le Monument des mobiles

 

La décision d'élever un monument en mémoire des défenseurs morts au Siège de 1870-1871, fut prise lors du conseil municipal, dès le 5 décembre 1871. Le maire s'adressa au sculpteur Auguste Bartholdi pour sa réalisation. Ce dernier la rejeta, ne voulant pas concevoir un monument aux morts sur un site trop isolé !

 

Pour respecter l'engagement, une pyramide en grès rose fut conçue par l'architecte municipal, Charles Genty. Le projet fut validé par le conseil municipal, le 19 mai 1873. La réalisation fut confiée à l'entrepreneur belfortain Victor Duffayet, qui fut capitaine dartillerie pendant le Siège de Belfort. Le monument fut inauguré le 20 octobre 1873.

Gravure de linauguration du Monument (doc. AMB)

 

Sur ces faces sont gravées, les armes de Belfort, de Franche-Comté, d'Alsace, de Toulouse et de Lyon en mémoire des Mobiles venues de ces régions, défendre la Place forte belfortaine. 

 

Cérémonie des Mobiles 1912

 

Cette cérémonie militaire organisée en lhonneur des Mobiles, du 6 octobre 1912, s’était déroulée sous un beau soleil automnal. Le rendez-vous fut donné sur le parvis de la gare où le départ du cortège était prévu à 14 heures, sur lavenue de la gare.

 

Dès 13 heures, le lieu choisi fut peu à peu envahi de groupes de militaires et de civils.

 

Les délégations extérieures à la Cité du Lyon, furent le Conseil municipal de Lyon, le Conseil municipal de Vesoul, Les Anciens Mobiles du Rhône à Lyon, les Anciens Mobiles de la Haute-Saône et la Belfortaine de Lyon.

Carte postale Belfort Parvis de la gare, une cérémonie (coll. JM)

 

De nombreuses et belles couronnes furent offertes par les participants dont celle de la Ville de Belfort, du général-gouverneur de la Place, de la Société des Anciens Mobiles du Rhône, de la Société des Anciens Mobiles de la Ville de Toulouse, de la Société des Anciens Artilleurs, du Souvenir Alsacien & Lorrain, des Français de Mulhouse et de Paris, de la ville de Vesoul et les Anciens mobiles de la Haute-Saône, la Belfortaine de Paris et plusieurs autres offertes par dautres délégations.

 

Le départ fut donné par le capitaine Édouard Deshaie des sapeurs-pompiers de la ville, précédant la musique militaire et la Compagnie des sapeurs-pompiers.

Extrait carte photo Capitaine Deshaie (coll. JM)

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Puis un premier groupe avec les délégations des élèves des différents établissements scolaires, les Associations des anciens élèves, les Sauveteurs-ambulanciers, la Chorale de la Concordia, les porteurs de couronnes, la musique de sapeurs-pompiers, la Lyre belfortaine, le Conseil municipal, les autorités civiles et militaires, les délégations de larmée active, des Sociétés des anciens Mobiles et des défenseurs de Belfort, les vétérans des armées de terre et de mer, les Sociétés des anciens combattants et des anciens défenseurs, la Société des Médaillés militaires, les Anciens artilleurs, sapeurs du génie, fantassins, cavaliers, légionnaires et sous-officiers, la Baïonnette et la Saint-Georges et la Société de gymnastique LAlsacienne.

Carte postale Belfort La chorale La Concordia (coll. JM)

 

Le deuxième groupe était mené par lHarmonie des Usines, suivaient le Souvenir français et Alsacien-Lorrain, les Sociétés de secours mutuels ouvriers et employés, les employés de lOctroi et de la police, les Chambres syndicales du bâtiment ouvriers et patrons, lUnion démocratique, lAssociation fraternelle des employés de chemins de fer, le Rallye-Belfort, les Trompes de chasse, la Sociétaire de protection aux Alsaciens-Lorrains, la Fanfare de trompettes de la Lorraine, les Ambulanciers-brancardiers, le Club Vélocipédique de Belfort, la Société de Gymnastique La Belfortaine, la Sociétaire de préparation militaire, le Cycle Belfortain, les Sports Réunis, la Société de protection et de repeuplement des cours deau, la Société de Gymnastique LEspérance, la Société de tir La Miotte, la Société descrime Le Fleuret, la Chambre syndicale nationale des employés des postes, la Libre Pensée, la Semeuse, le Club Athlétique et une section des Sapeurs-Pompiers clôturait le cortège.

Carte postale Belfort Les trompettes de La Lorraine (coll. JM)

 

Le cortège emprunta le faubourg de France, le pont Carnot, le boulevard Carnot, la place de la République pour rejoindre la place dArmes où tous les groupes formèrent un carré autour de la statue Quand-Même.

 

Une foule nombreuse avait pris place sur lensemble du parcours.

 

Les couronnes furent déposées devant le monument dAntoine Mercié qui avait créé sa statue en mettant en scène, une Alsacienne soutenant un Mobile. Les porte-drapeaux se placèrent en face du Monument

Les autorités militaires et civiles sortirent de lHôtel de Ville pour se rendre sur la place. On pouvait remarquer parmi celles-ci le général-gouverneur François-Eugène Azibert, le général Paul Edouard Pouradier-Duteil commandant la 14e Division, le général Bloch commandant la 28e Brigade, le colonel Patrice de Mac Mahon, les lieutenants-colonels Palu et Gaston Brasier de Thuy, de très nombreux officiers le secrétaire général de la préfecture, Raoul Fauran, le 1er adjoint Xavier Houbre remplaçant le maire Charles Schneider souffrant, accompagnés de conseillers municipaux, le sénateur Laurent Thiéry, de nombreux fonctionnaires, le capitaine des gendarmes Michel

Général Paul Édouard Pouradier-Duteil (doc. Wikipédia)

Cet arrêt fut un temps de musique où plusieurs morceaux instrumentaux et vocaux furent partagés avec les autorités et le public. La Lyre Belfortaine qui joua "Alsace et Lorraine", suivi par lHarmonie des Usines qui exécuta "Sambre et Meuse" puis vint la prestation de la Chorale de la Concordia et les trompettes de La Lorraine clôturèrent cet hommage musical.

 

Le cortège se reforma pour rejoindre le cimetière des Mobiles, par la rue de la Grande Fontaine, les portes de Brisach et dAlsace, puis le faubourg de Brisach. Les différents groupes se positionnèrent suivant un ordre établi, devant le Monument des Mobiles, dont une vingtaine de porte-drapeaux.

Carte postale Belfort Monument des Mobiles (coll. JM)

 

Il revint à la musique militaire de jouer le premier morceau, suivi de lHarmonie des Usines et de la Concordia qui chanta une sonate sur le poème "Hymne" de Victor Hugo "Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie". Puis vint les discours en commençant par celui du général-gouverneur François-Eugène Azibert.

Général-gouverneur François-Eugène Azibert (doc. BF)

 

Il le débuta ainsi "Cest la première fois, depuis que ce pieux pèlerinage est institué que nous avons défilé devant le Monument des Trois Sièges ou Legrand, Lecourbe et Denfert sont groupés par la reconnaissance nationale pour symboliser le même enseignement", il évoqua la mémoire des trois glorieux défenseurs de Belfort puis continua sur le rayonnement de la France.

 

Le premier adjoint au maire, Xavier Houbre déposa la couronne de la ville et fit un discours tourné vers le remerciement aux différents groupes présents pour ce pèlerinage en lhonneur des Mobiles.

Xavier Houbre (photo Dico SBE, doc AMB)

 

Les discours se poursuivirent par ceux de Raoul Ferran le secrétaire général de la préfecture, M. Corjus le conseiller municipal de Lyon, Joseph Berger le président des Anciens Mobile du Rhône, M. Bergeret trésorier des Anciens mobiles de la Haute-Saône, A. Barbier vice-président des Anciens combattants du Siège et enfin par le mulhousien Henri Zislin* délégué du Souvenir Alsacien-Lorrain qui prit la parole "Il y a 40 ans, on nous a séparé ! On a tracé une frontière qui sépare les territoires mais non les cœurs ! Nous venons déposer ici une couronne afin de glorifier ceux qui sont tombés pour la Patrie, ceux qui sont morts pour éviter à la France la honte et la défaite et nous épargner à nous Alsaciens ; les humiliations de lesclavage"

 

*Henri Zislin : Né le 16 juin 1875 à Mulhouse, après des études à l’École de dessin de la Société industriel de Mulhouse, il rejoignit latelier de dessin industriel de son père. À partir de 1903, il commença des caricatures politiques dans le magazine "D'r Klapperstei ". Il poursuivit dans cette voie qui lui valut de la prison. Il quitta lAllemagne pour sinstaller en France et continuer ses caricatures, entre-autres.

Carte postale Belfort Dessin de Zislin
pour les F
êtes patriotiques de 1919 (coll. JM)

 

La cérémonie se termina par la Marseillaise, vers 16 heures; le cortège repartit vers la place dArmes où eut lieu la dislocation.

 

À 19 heures, un grand banquet offert par la ville de Belfort, fut organisé à lHôtel de lAncienne Poste, aux délégations, où participèrent les autorités civiles et militaires, présidé par le général-gouverneur François-Eugène Azibert.

Carte postale Belfort Hôtel de lAncienne Poste (coll. JM)

 

Le menu concocté par madame Veuve Weber comprenait

 

Potage Solférino
Supr
ême de Barbarie Dieppoise
Chevreuil en civet
Petits pois
à la Française
Chapons du Mans
à la broche
Salade Rachel
Pouding Diplomate
Desserts - Fruits
Caf
é Liqueurs

Avec les vins
Grand Ordinaires
Saint-Emilion
Champagne

 

Là aussi, il y eu de nombreux discours dont le premier fut, à nouveau, celui du général-gouverneur Azibert.

 

Le 1er adjoint Xavier Houbre donna lecture des lettres dexcuses de nombreuses personnalités dont le sous-secrétaire d’État au ministère de lintérieur Paul Morel, du préfet Louis Ferdinand Fontanès, de Denfert-Rochereau le fils du colonel puis fit son discours, suivi de ceux du secrétaire général de la préfecture Raoul Ferran, du conseiller municipal de Lyon M. Corjus, du vice-président des Anciens Mobiles du Rhône M. Bouvier, du conseiller municipal de Vesoul M. Girardot, et enfin par le vice-président des Anciens Mobiles de la Haute-Saône M. de Beauséjour.

 

Photographes

 

Pour cette cérémonie militaire et civile, plusieurs photographes prirent des clichés, dont Eugène Feugère.

Lexpéditeur de la carte photo

 

Lexpéditeur qui est une expéditrice (Claudy) pose une question à sa correspondante parisienne "Who is it ?" (Qui est-ce ?), sous-entendu sur le cliché.

Extrait de la carte photo : La question posée

 

Cette question est liée à deux croix portées sur le visuel.

Extrait de la carte photo : Deux inconnues !

 

Qui sont ces deux dames ?

 

Deux croix distinctes pour les cibler, je pense, que lune lexpéditrice et lautre la destinataire de la carte photo, mais qui est qui ? Cest une histoire de grosseur de croix !

 

L'aide est demandée...

Épilogue

Après avoir fait fausse route, l’évènement mémorisé par le cliché de cette carte photo est identifié, la cérémonie d’hommage des Mobiles morts lors du Siège de Belfort, qui s’était déroulé le 6 octobre 1912.

 

Cela me fait penser, à une phrase motivante que j’ai souvent utilisée par le passé… "Tant que l’on n’a pas ouvert une porte, on ne sait pas qu’il existe une autre porte !"

 

Ainsi, une nouvelle carte photo datée qui va rejoindre la catégorie (ou rubrique) "Carte postale datée".

JM

Liens pour accéder aux articles cités

 

Cérémonie militaire à la gare de Belfort (couronne) : Cliquer ici

 

Carte postale datée : Cliquer ici

 

Références : Journaux L’Alsace et La Frontière (Archives départementales du 90, AD90), Wikipédia, Autres sites

 

Infos pratiques  

 

Vous pouvez laisser des commentaires sur cette présentation via le lien "Commentaires" en fin de l'article après la liste des tags.

 

En cliquant sur une photo ou un document, vous pouvez l’agrandir.

 

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  • Le CartophiLion est un journal proposant des articles centrés sur la ville de Belfort et du département, ainsi que d'autres thématiques nationales et internationales (sports, fêtes & traditions...); agrémentés de visuels liés aux collections. A l'origine, il fut imaginé comme outil de communication des CCTB.
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