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LE CARTOPHILION
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15 septembre 2024

Quid de cette carte postale du café de l’Égalité Maximilien à Essert ?

MAJ le 1er octobre 2024

 

Depuis quelque mois, il y avait en vente sur un site, une carte postale avec comme visuel, un café . Ce cliché représente ce commerce avec plusieurs personnes présentes devant pour être photographiées. La légende indique que ce commerce se situait à Essert, commune à l’ouest de Belfort.

 

J’ai acquis ce document car il était annoté "Belfort" au crayon, et Essert rayé ! Cet ajout attisa ma curiosité.

Carte postale Essert ou Belfort (coll. JM)

 

Où se trouvait ce café à Essert, voire à Belfort ?

 

Je vous livre le déroulé de cette recherche, fort de café !

 

Préambule

 

J’avais repéré ce cliché dès son apparition sur un site de vente, et comme toujours, j’ai demandé un avis éclairé à mon ami Bernard, s’il situait ce Café Maximilien !

 

Mais à ce stade, il ne voyait pas où il pouvait être implanté, à Belfort.

 

Malgré cette inconnue, et peut-être à cause de celle-ci, j’ai décidé de tenter d’acquérir cette carte postale, comme toujours avec la volonté de me challenger…

 

Côté visuel de la carte postale

 

Cette carte postale fut éditée par un éditeur belfortain comme le sous-entend la raison sociale apposée sur le document "Edition Ternant et Cerf 16 Rue du Général Foltz Belfort"

Extrait de la carte postale : La raison sociale de l’éditeur

 

Cet éditeur a produit très peu de cartes postales, j’en connais toutefois une deuxième !

 

La légende fut libellée ainsi "ESSERT. La Maison J. MAXIMILIEN, Café de l’ÉGALITÉ"

Extrait de la carte postale : Le descriptif du visuel

 

Probablement parmi les personnes photographiées, doivent-être présents des membres de la famille.

Extrait de la carte postale : Les personnes photographiées

 

À ce stade, aucune information permet de savoir qui est qui !

 

En dessous de "CAFÉ MAXIMILIEN" peint sur le mur latéral, côté terrasse, il est inscrit

 

"BIÈRE
CHAMPIGNEULLES
"

Extrait de la carte postale : La publicité partiellement cachée

 

Un autre cliché de cet éditeur

 

Comme écrit précédemment, cet éditeur a produit très peu de cartes postales, j’en connais une deuxième que j’ai traitée dans le cadre d’un article. La mise en page est identique. Il s’agit aussi d’un café ! La Maison Hautteberg faisait aussi restaurant, épicerie et tabac. Elle était située à Andelnans, lieu localisé après une phase de recherches.

Carte postale Andelnans Maison Hautteberg (coll. BF)

 

La commune n’était pas précisée dans la légende, seulement l’information "Environs de Belfort".

Extrait de la carte postale : La légende

 

L’éditeur avait aussi utilisé le mot "Maison" comme pour le café Maximilien, dans le libellé de cette légende.

Extrait de la carte postale : La raison sociale de l’éditeur

 

NA : En fin de texte, un lien permet d’accéder à cet article consacré à ce commerce qui fut l’objet d’une recherche approfondie.

 

Côté correspondance de la carte postale

 

La carte postale étant vierge, malheureusement aucune information à exploiter, ou presque.

Côté correspondance de la carte postale

 

Il y a tout de même une information, cette carte postale fut éditée après 1903, étant donné que le côté correspondance est séparé en deux parties, la correspondance et l’adresse du destinataire. Cette séparation fut l’objet d’un arrêté ministériel du 18 novembre 1903, avec application à partir du 1er décembre mais qui a débutée véritablement, en janvier 1904. Avant, ce côté est réservé exclusivement à l’adresse, il n’y avait pas de séparation. La partie visuelle possédait une partie "blanche" pour la correspondance.

 

Toutefois, les stocks de cartes postales pouvaient être vendus.

 

Où était situé ce Café J. Maximilien ou Café de l’Égalité ?

 

Après avoir acquis cette carte postale, le challenge était là et il fallait maintenant le relever.

 

Registre de commerce

 

Je fis une première recherche en consultant les registres de commerce aux Archives départementales du Territoire de Belfort, car ils apportent des informations importantes mais limitées seulement sur la période 1920-1954.

 

Bien m’en pris, car j'ai trouvé une fiche individuelle au nom de Julien Maximilien (le "J. ") qui stipule que le commerce fut ouvert "4 novembre 1920, 27 Route d‘Essert" et "Rayé le 12 juin 1922".

Fiche individuelle de registre des commerces (doc. AD90)

 

Au regard du visuel de la carte postale entouré de ce type de bord, je daterai plutôt d’une édition autour de 1910 ! Mais comme la fiche est datée de 1920, ne serait-ce pas le début de la création de ces registres de commerce ?

 

Quelles sont les informations contenues dans le registre de commerce lui-même ? On y trouve les informations complémentaires suivantes

 

   - Julien Maximilien est né le 27 janvier 1867, à Sainte-Marie-aux-Mines (Alsace), de nationalité française

Page de gauche du registre des commerces (doc. AD90)

 

   - Le commerce fut ouvert en réalité le 22 juillet 1907

Page de droite du registre des commerces (doc. AD90)

 

Elle vient confirmer que la date du 4 novembre 1920 serait bien la date d’enregistrement du commerce, à la création de ces registres.

 

Annuaires

 

Un autre moyen de récolter des informations, est la consultation des annuaires dans ce même service, en sachant qu’il y a malheureusement, des espaces temps importants entre les éditions !

 

   1900-1902 : Pas de Maximilien

   1912 : Liste des commerces, il y a un café Maximilien Julien, 21 Route d’Essert et en tant qu’habitant, prof. de magnet., mais au 23 bis de la Route d’Essert
 

À quoi correspondait le métier "prof. de magnet." ?

 

   1922-1923 : Toujours le commerce mais au numéro 27 et en tant qu’habitant, cafetier au 23 bis

   1924-1925 : Plus de café Maximilien, il est rentier au 27 Hameau des Barres en tant qu’habitant

   1927 : De même, il est enregistré comme propriétaire au 51 faubourg de Paris

   1929 : Toujours propriétaire, mais au 77 faubourg de Paris

Tableau synthèse des informations provenant des annuaires
(réal. JM)

 

Beaucoup de changement d’adresses… en réalité, il s’agit de la même voie qui a subi de nombreux changement d’appellation, et de nouvelles constructions le long de cette voie, ont fait décaler la numérotation au fil des ans.

 

Point d’attention : Les annuaires étaient élaborés à partir des recensements d’où des décalages de dates, provoquant de petites chausse-trappes !

 

Recensements

 

Un autre document contribue aux recherches, les recensements de population effectués tous les cinq ans hors période de guerre

 

   1906 : Pas de Maximilien

   1911 : Cafetier au n°25 de la Route d’Essert, épouse Marie s. p.

   1921 : Cafetier au n°27 de la Route d’Essert, épouse Marie repasseuse, fille Madeleine s. p.
  
1926 : Sans profession au n°77 avenue des Barres, épouse Marie s. p., fille Madeleine s. p.

   1931 : Représentant Belf-Alim au n°77 avenue des Barres, épouse Marie, fille Madeleine coiffeuse

   1936 : Coiffeur, épouse Marie s. p., fille Madeleine coiffeuse

 

s. p. : sans profession

Tableau synthèse des informations provenant des recensements
(réal. JM)

 

Demande aide à Bernard

 

En parallèle, je décidai de re solliciter mon ami Bernard, vu que ce document était acquis… Au regard du descriptif corrigé, "Essert" barré et "Belfort" ajouté au crayon, j’émis l’hypothèse que ce commerce était situé entre le faubourg de Paris (promenade d’Essert) et l’entrée de la commune d’Essert.

 

Ces premières recherches furent confrontées aussi au changement d’appellation de cette rue qui n’aide pas à localiser un lieu ! Il envisagea que cela pouvait être la boulangerie actuelle située au numéro 59, mais elle ne ressemblait pas du tout au cliché de la carte postale.

 

Je lui fis part de mes propres recherches.

 

Une deuxième phase de recherches lui permit de trouver où était situé réellement ce fameux café ! Il était au numéro 79 actuel de l’avenue Leclerc; l’immeuble a évolué, du moins la partie de gauche, par rapport au cliché de la carte postale; un étage fut monté pour remplacer la terrasse.

Le bâtiment actuel (photo JM)

 

Il est situé presque en face de l’ancienne station électrique reconfigurée en immeubles d’habitations, peu avant le croisement avec le boulevard John Kennedy.

 

Demande aide à Philippe

 

J’ai fait appel aussi à mon ami Philippe pour voir si on trouvait trace de l’ouverture du café sur la toile; pas de trace relevée. Par contre, il a récolté quelques informations qui seront développées dans un des chapitres suivants.

 

Listes électorales

 

À ce stade, on a comme date de création de ce Café de l’Égalité, celle enregistrée dans le registre de commerce, c’est-à-dire, le 22 juillet 1907.

 

Pour vérifier cette information, j’ai consulté les listes électorales. Julien Maximilien n’apparait qu’en 1910 donc apparemment, il ne s’est pas inscrit de suite.

 

Faubourg de Paris / Avenue des Barres (Route d’Essert) / Avenue Leclerc

 

La numérotation de cette rue subit des modifications au cours du temps…

 

À l’origine "Route Royale", elle quittait Belfort en direction de Paris, devint "Route Impériale", puis "Route Nationale 19", en XXX; donc du côté de l’entrée ouest de la ville.

 

Le 9 septembre 1859, elle fut nommée "Faubourg de Paris" par le conseil municipal, pour peu de temps, car en 1881, suite à la construction du Fort des Barres, elle fut réduite, du moins sa dénomination à la partie Est, de l’intersection du faubourg de Lyon à l’intersection avec le boulevard Renaud de Bourgogne, c’est-à-dire la partie comprise à la limite des remparts de la ville. L’autre partie devenant "Avenue des Barres", appelée aussi "Route d’Essert".

 

Suite à l’arasement des remparts, la totalité du tronçon fut renommé "Faubourg de Paris", le 25 juillet 1925, par le conseil municipal.

 

Le 20 mars 1948, renouveau découpage, du moins, le tronçon de l’ancienne Avenue des Barres", fut nommé "Avenue du Général Leclerc", le 20 mars 1948, un des axes utilisés pour la Libération de Belfort.

Plan partie ouest de l’avenue Leclerc

 

La famille Maximilien

 

Julien Maximilien est né le 27 janvier 1867 et décédé, le 25 avril 1942.

 

Il s’était marié avec Maria Anna Spinner, le 8 juin 1895 à Colmar, son lieu de naissance (9 février 1874).

 

Ils eurent une fille, Madeleine, née à Rougemont-le-Château, le 25 mai 1916, adoptée le 8 août 1930.

 

Quelques informations sur la suite de ce commerce

 

Au fil de mes recherches, j’ai collecté beaucoup d’informations autour de ce commerce et des personnes liées, je vous en délivre les principales.

 

Évolution de la configuration de l’immeuble

 

Comme écrit précédemment, le bâtiment n’est plus tout à fait le même qu’à l’origine.

Carte postale Le bâtiment à l’origine (coll. JM)

 

Une recherche aux archives municipales de Belfort m’a permis de trouver des permis de travaux.

Le bâtiment actuel (photo JM)

 

Il a subi une évolution de l’apparence extérieure en deux étapes.

 

   La première en 1913

 

Un permis fut déposé pour la construction d’un toit au-dessus de la terrasse.

Plan de la toiture (doc. AMB)

 

   La deuxième en 1922

 

La transformation de la terrasse en logement fut l'objet d'un deuxième permis.

Plan de la création d’un étage supplémentaire (doc. AMB)

 

En 1965, furent créées des toilettes dans le bâtiment.

 

Quelques successeurs

 

Ce commerce fut donc tenu par Julien Maximilien, du 22 juillet 1907 au 12 juin 1922.

 

À partir des registres de commerces, je peux établir une petite liste des successeurs à la tête de ce café. Mais Julien Maximilien resta le propriétaire des murs et de son logement.

 

L’activité fut reprise par Auguste Hartweg de cette dernière date jusqu’au 5 mai 1926.

 

On trouve ensuite un Léon Schaeffer à partir du 24 mai 1929 jusqu’à une date approximative, 1932-1933.

 

Puis un Marcel Lacroix, qui fut remplacé en février 1936, par Fernande Zingg jusqu'à ?

 

Le fond de commerce fut mis en adjudication le 13 février 1937, comprenant l’enseigne, le nom commercial, l’achalandage, la licence, le droit au bail et le matériel.

 

J’ai connu ce café au début des années 1970 qui fut la Brasserie des Résidences, elle possédait un billard.

Brasserie des Résidences en 2011 (capture Street View)

 

On peut voir que bâtiment fut agrandi à gauche où était installé un salon de coiffure; il porte le numéro 77.

Coiffeur & Brasserie des Résidences en 1911 (capture Street View)

 

Comme la fille, Madeleine était coiffeuse, le père n’a-t-il pas fait ce nouvel agrandissement pour l’installer pour qu’elle puisse avoir son propre salon ? Dans le recensement de 1936, ne s’était-il pas déclaré comme profession, coiffeur !

 

Un autre point de vue...

 

Mon ami Bernard me signala que cet agrandissement était déjà présent sur la vue aérienne de 1924 qu’il possédait !

Photo aérienne, le Café Maximilien (doc. BF)

 

Après réflexion, le permis de travaux déposé par Julien Maximilien en février 1922, ne concernait pas l’élévation du bâtiment ou se trouvait la terrasse (partie centrale), mais la construction de la partie de gauche de cet immeuble "assemblé" !

Plan de la maison collée à gauche (doc. AMB)

 

Sur la vue aérienne ci-dessous, on voit les trois toits surlignés.

Les trois toits de l’immeuble Maximilien

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Une profession mystérieuse !

 

Concernant une de ses activités, il était "Prof. de magnét." D’après l’annuaire de 1912 ! Quelle était donc cette activité mystérieuse, hormis d’être "professeur", mais professeur de quoi ?

 

Plusieurs hypothèses furent échafaudées mais aucune n’avait mon agrément…

 

Mais la chance m’a souri car en parallèle à écrire cet article, j’ai effectué une recherche concernant une remarque sur un de mes derniers articles qui fera l’objet d’une modification, car je me suis planté, c’est moins risqué que de tomber de l’échafaud…

 

Dans le journal La Frontière du 17 octobre 1912 que je consultai, je vis une publicité de La Grande Taverne, un autre café-restaurant incontournable, salle de spectacle de Belfort…

Extrait du journal La Frontière (doc. AD90)

Le titre de la publicité "MAXIMILIEN" présente m’a percuté !

 

Il devait proposer lors de sa prestation des expériences dont "Hypnotisme – Magnétisme - Catalepsie" tel un professeur de magnétisme

 

Je vois, vous êtes hypnotisé.

 

Date du cliché ?

 

Malgré toutes ces informations récoltées, je n’ai malheureusement pas su dater exactement ce cliché ! Comme écrit précédemment, je pense qu’il fut photographié autour de 1910; le Café étant ouvert en 1907, on peut légitimement afficher la plage 1907-1910.

 

Épilogue

 

Challenge relevé, le Café de l’Égalité était situé donc à Belfort et non à Essert ! L’éditeur a confondu le nom de la rue avec le nom de la commune limitrophe à la Cité du Lion.

 

Quelques informations complémentaires sur cet établissement au fil du temps.

 

Cette carte photo rejoint la Catégorie des cartes postales localisées.

 

JM

 

Mes remerciements à mes amis Bernard et Philippe qui m’ont aidé efficacement dans mes recherches.

Liens pour accéder aux articles cités

Café-restaurant Hautteberg à Andelnans : Cliquer ici

 

Catégorie des cartes postales localisées : Cliquer ici

 

Références : Livre Les rues de Belfort (doc. JM), les annuaires et les registres de commerces (doc. AD90), plans (doc. AMB)…

 

Infos pratiques  

 

Vous pouvez laisser des commentaires sur cette présentation via le lien "Commentaires" en fin de l'article après la liste des tags.

 

En cliquant sur une photo ou un document, vous pouvez l’agrandir.

 

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