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LE CARTOPHILION
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21 novembre 2024

Prises de guerre de 24 canons allemands à Dornach, lors de l’offensive française en Haute Alsace, en août 1914; ils furent exposés à Belfort (3e partie) !

Mise à jour le 5 mai 2025

 

Dans une première partie, j’ai présenté le début de la Première Guerre Mondiale avec les deux premières offensives françaises en Haute Alsace annexée, en août 1914. Le quartier général était installé à Belfort, centre de commandement de la Place forte de la Trouée.

 

Dans une deuxième partie, j’ai tenté de présenter les circonstances de la prise de l’aéroplane allemand qui fut exposé sur la place d’Armes de Belfort, toujours en ce même mois d’août, il y a 110 ans !

 

Avec cette troisième partie, ce sont d’autres prises de guerre qui concernent des canons allemands et des caissons qui furent eux-aussi exposés en ce lieu.

Carte postale Belfort Place d’Armes Canons allemands exposés
(coll. JM)

 

Il existe de nombreux clichés photographiés et édités sous la forme de cartes photos et de cartes postales.

 

NA : En fin de texte, des liens permettent d’accéder, d’une part à l’article concernant la description des deux premières offensives en Haute-Alsace, et d’autre part à l’article concernant la prise de cet aéroplane. 

 

Troisième partie

 

Préambule

 

Si la prise de ces canons est beaucoup plus documentée que celle de l’avion, là aussi, il y a des informations contradictoires tel le nombre de canons récupérés qui varie en fonction des sources tout comme, quels régiments étaient intervenus pour s'en emparer !

 

Comme pour l’article sur l’aéroplane, j’ai été fortement aidé par mon ami Philippe, qui a effectué de nombreuses recherches sur la toile, apportant des informations pertinentes, en parallèle des miennes s’appuyant sur de nombreux livres (voir le paragraphe Référentiel).

 

Pour mémoire

 

Suite à la déconvenue de la première offensive menée par le général Louis Bonneau, l’armée française avait dû rejoindre ses positions arrière pour ne pas être encerclée. Le général Joseph Joffre nomma le 13 août 1914, le général Paul Pau, à la tête de l’Armée d’Alsace nouvellement créée, le 11 août.

Image publicitaire Général Paul Pau (coll. privée)

 

Belfort, centre de commandement de la Place forte de la Trouée, vit s’installer le quartier général de l’Armée d’Alsace, sous les ordres du général nommé, en charge de reconquérir ce secteur de la Haute Alsace.

 

La 2e offensive sur Mulhouse

 

Informé du retrait des troupes allemandes dans la journée du jeudi 14 août, le général Paul Pau décida de lancer la deuxième offensive, imposée par le quartier général, pour geler des troupes allemandes sur ce secteur. Il décida d’établir un front, mais moins étendu que lors de la première offensive, surtout qu’à cette date, l’Armée d’Alsace reposait principalement sur le 7e Corps d’armée du général Frédéric Émile Vautier, les autres divisions prévues en renfort, n‘étant pas encore arrivées à pied d’œuvre.

Carte postale Général Pau L’Armée d’Alsace (coll. privée)

 

Une partie de la deuxième offensive était de reprendre à nouveau Mulhouse, libérée une première fois le vendredi 8 août et évacuée le lendemain soir, sous la pression de la contre-offensive allemande qui s’était retirée dans la forêt de la Hart.

 

Le général Paul Pau lança la 2e offensive française en direction de cette ville; il revint à des régiments du 7e Corps d’Armée, complétés de la 57e Division de réserve et de la 8e Division de cavalerie de s’emparer, à nouveau de cette ville. Par contre, la progression devant s’effectuer par étape, en sécurisant les lieux libérés.

 

Jeudi 14 août 1914

 

Dès le jeudi 14 août, des unités de la 57e Division d’infanterie de réserve du général (César) Besset, installèrent une ligne de front, couvrant Sternenberg, Traubach et Dannemarie, sans rencontrer de résistance, les allemands s’étant retirés. Elle récupéra de nombreux blessés, des armes et des équipements de leur armée, abandonnés la veille.

 

Vendredi 15 août 1914

 

La journée du vendredi 15 août fut consacrée à sécuriser la ligne de défense, et à envoyer des éclaireurs pour obtenir des renseignements sur la position des unités de l’armée allemande et leurs intentions.

Carte postale Armé allemande (coll. privée)

 

Dans la nuit du 14 au 15, les soldats allemands pillèrent et incendièrent le village de Bourtzwiller, commune au nord de Mulhouse, comprenant la totalité des 56 maisons, les 60 dépendances, les 2 usines et les 4 briqueteries.

Carte postale Bourtzwiller après le passage des allemands (coll. privée)

 

Ils tuèrent cinq habitants innocents; la volonté de l'ennemi était de terroriser la population civile.

 

Samedi 16 août 1914

 

Le général Paul Pau renforça dans un premier temps cette ligne de défense en engageant plusieurs autres divisions, pour renforcer les positions tenues par la 57e Division d’infanterie (dont les 171e et 172e RI)*, et pour préparer la libération de Mulhouse.

Carte postale Montreux Vieux 171e RI (coll. privée)

 

Il s’agissait de la 14e Division d’infanterie du général Étienne Godefroy de Villaret (dont les 35e et 42e RI), de la 44e Division d’infanterie du général Paul Superbie et le 1er Groupe de la division de réserve formé de la 63e Division d’infanterie de réserve du général Léon Lombard (dont le 235e RI) et de la 66e Division d’infanterie de réserve du général XXX Voirhaye. Côté artillerie, ce fut le 5e Régiment d’artillerie de campagne du colonel Robert Nivelle qui fut chargé d’appuyer l’infanterie.

 

*Les régiments entre parenthèses étaient des régiments de la garnison de Belfort.

Carte postale Haute-Alsace 235e Régiment d’infanterie (coll. privée)

 

De même, la 8e Division de cavalerie du général Louis Aubier avançait dans la partie sud, côté frontière Suisse, en remontant en direction de Mulhouse, pour éviter toute possibilité de prise à revers, par l’armée allemande. Elle continua prudemment sa progression, le samedi 16 août, en établissant une ligne de front entre Bourbach et Buethwiller.

 

Dimanche 17 août 1914

 

Du côté allemand, la brigade de la Landwehr du général Auguste Mathy installée sur les deux rives du Rhin, positionna le dimanche 17 août des régiments, à l’ouest de l’Ile-Napoléon et dans le secteur de Chalempé et Neuenbourg

 

À nouveau, Mulhouse vit partir les familles allemandes.

Carte postale Mulhouse Souvenir (coll. privée)

 

Au regard de l’avancement constaté de troupes françaises en Haute Alsace, l’état-major allemand engagea cinq brigades formées de la Landwehr et de la réserve d’appelés, sous les ordres du général Hans Emil Alexander von Gaede. Elles traversèrent le Rhin le lundi 18 août et ils se dirigèrent sous la forme de trois colonnes, sur Mulhouse et Altkirch.

 

Côté français, on envoya plusieurs reconnaissances d’infanterie et de cavalerie, assez poussées, pour localiser les forces en présence de l’ennemi et tenter de déterminer leurs intentions.

Carte postale Dragons français en repérage (coll. JM)

 

Le soir même, une patrouille de chasseurs à cheval entra dans Mulhouse, et traversa la ville temporairement…

 

En toute fin de journée, les Divisions allemandes contournèrent la ville pour se positionner et se retrancher dans tous les villages en avant de la ceinture mulhousienne.

 

Chaque camp se préparait donc pour un combat inéluctable.

 

Mardi 19 août 1914

 

Tôt le matin mardi 19 août, les différentes divisions françaises engagées, marchèrent en direction de Mulhouse pour fondre sur les troupes allemandes, plus faibles en nombre, en position défensives hormis quelques régiments en progression.

Carte postale Armée française en marche (coll. privée)

 

Il revint aux deux régiments belfortains, les 35e et 42e appartenant à la 28e Brigade de prendre Dornach. Ils étaient appuyés par le 47e d’artillerie. Le 3e bataillon du 42e RI en tête de l’engagement, fut rapidement accroché par les tireurs allemands installés et embusqués, peu avant la bourgade alsacienne. Elle accueillait le cœur du dispositif allemand où plus de 1 000 Badois avaient pris position pour attendre les troupes françaises; ce dispositif protégeant ainsi Mulhouse; Dornach étant d'une certaine façon un faubourg avancé de la ville !

Carte postale 42e Régiment d’infanterie (coll. JM)

 

Dans cette première embuscade, de nombreux fantassins tombèrent sur les tirs allemands ainsi que sous les obus d’une batterie ennemie. Il fallut engager d’autres compagnies pour répondre et pour déloger les allemands qui replièrent sur la commune, en utilisant les maisons comme boucliers et remparts.

Carte postale Batterie allemande (coll. privée)

 

L'une d’entre-elles, la 7e tomba sur une batterie* de canon de 77 qui était en cours d’installation. À sa tête le lieutenant Robert voyant cette puissance de feu source de futures nombreuses pertes, ne perdit pas de temps et chargea avec ses hommes qui prirent le dessus sur le capitaine allemand et les servants; la batterie fut capturée juste avant qu’elle ne soit opérationnelle !

 

*1 batterie = 6 canons

Le reçu de la prise des 6 canons et d’un caisson
(doc. JMO du 42e, Mémoire des hommes)

 

NA : Dans certaines parutions et cartes postales, il est écrit que ce fut le 35e RI qui enleva cette batterie, mais au regard du livre "De la Trouée de Belfort à Mulhouse Août 1914" et surtout par l’existence de ce reçu, on peut certifier que ces canons furent pris par le 42e Régiment d’infanterie et non par le régiment jumeau belfortain.

 

Cette batterie fut rapatriée le 20 août par une entité mais non documentée, sur Belfort pour être exposée sur la place d’Armes.

 

La prise de Dornach

 

Le 35e Régiment d’infanterie, commandé par le colonel Patrice de Mac Mahon vint épauler le 42e pour faire sauter le verrou formé par le régiment Badois commandé par le général Auguste Mathy, mais l’apport fut confronté lui aussi, au feu mortel des occupants installés dans les maisons de Dornach, appuyé par de l’artillerie.

Extrait carte photo Colonel Mac Mahon (coll. BF)

 

Le commandement donna l’ordre à la 27e Brigade de se porter en renfort pour déborder les allemands solidement retranchés dans leur pseudo camp retranché; elle engagea dans un premier temps, le 44e Régiment d’infanterie puis le 60e Régiment d’infanterie pour les déloger, mais les fantassins français devaient combattre pied à pied, maison après maison, pour enfoncer les lignes ennemies.

Carte postale Attaque française (coll. privée)

 

Il fut demandé au colonel Robert Nivelle commandant du 5e Régiment d’artillerie de campagne, de trouver une position permettant de débloquer la situation. Après un repérage, il fit installer à Niedermorschwihr des batteries pour pilonner les Badois barricadés dans les maisons de Dornach brisant un peu la résistance ennemie.

 

À midi, ce mardi 19 août 1914, fut donné l’assaut final avec le concours des batteries d’artilleries anticipant l’avancement des compagnies des régiments engagés. Dornach fut libéré sur l’action conjointe de l’artillerie et l’infanterie.

Carte postale Charge française (coll. privée)

 

Il restait toutefois des îlots de batteries allemandes de canons de 77, positionnés au sud-est de Brunstatt, qui interdisait l’accès à Mulhouse. Une nouvelle fois, les batteries du 5e Régiment d’artillerie vinrent les réduire peu à peu au fil de l’après-midi au silence, grâce à des salves bien ajustées des canons de 75 français, pourtant distants à plus de 3 kilomètres.

Carte postale Batterie française (coll. privée)

 

Toutefois, la 14e Division put entrer dans Mulhouse et libérer pour une deuxième fois la ville, tout comme la 41e Division qui entra par le sud-ouest. Les troupes allemandes s’étaient retirées, comme pour la première fois, dans la Forêt de la Hart, mais en laissant de nombreux morts et environ mille prisonniers !

 

Le lendemain matin, le mercredi 20 août, les français découvrirent 3 batteries* allemandes avec un grand nombre de servants tués ainsi que les chevaux, destinés à tracter les canons.

Carte postale Batterie allemande anéantie (coll. privée)

 

L’ensemble du matériel fut capturé et convoyé à Belfort par le 10e S. M. A. (Section de Munitions d'Artillerie) pour être aussi exposé sur la place d’Armes.

 

Fin de la libération de la Haute Alsace

 

La libération de la Haute Alsace était loin d’être terminée quand fut retirée, le 24 août 1914, la majorité des troupes de l’Armée d’Alsace, pour être réaffectées et renforcées d’autres corps d’armée plus au nord !

 

Mulhouse revit revenir les allemands… Que de morts pour rien !

Carte postale Belfort Souvenir militaires (coll. JM)

 

Il revint au Gouverneur Claude Thévenet de poursuivre le verrouillage de la Trouée de Belfort, ce qu’il fit en reprenant le concept du colonel Denfert-Rochereau, en installant des fortifications bien en avant la ville.

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Le type de canon allemand

 

Les libellés imprimés sur les cartes postales ne précisent pas quel est le type de canon exposé.

 

Il s’agit du canon de 77 millimètres 1896 (en allemand : 7,7 centimètres FK96*).

 

*FK96 : FeldKanone (canon de campagne) modèle 1896.

 

Cette pièce d’artillerie fut développée et fabriquée par l’entreprise allemande Krupp. Il fut une évolution des canons modèles 1864 et 1873; le premier étant un canon rayé de 80 millimètres et le second possédant la nouvelle culasse à coin Krupp, manœuvrable avec un levier et non plus par un système par vis.

 

Il fut modernisé en 1904, devenant le 7,7 cm FK96 n.A. (never Art, nouveau modèle) avec l’adjonction

 

  - d’un bouclier blindé
  - d’un frein de recul hydropneumatique,
  - d’un siège de visée pour le pointeur,
  - des organes de visée et de mise en cible améliorés
  - une livrée camouflée

Carte postale Canon allemand type 7,7 FK96 (coll. JM)

 

Il fut utilisé par l’artillerie allemande de 1896 à 1930.

 

Ses caractéristiques

 

   - Longueur : 2, 15 mètres
   - Longueur du canon : 27 calibres de long
   - Masse : 1020 kilogrammes
   - Portée pratique : 5 500 mètres
   - Portée maximale : 8 400 mètres
   - Cadence de tirs : 10 coups par minute
   - Vitesse initiale de l’obus : 465 mètres / seconde
   - Obus : 6,8 kilogrammes

Carte postale Canon allemand type 7,7 FK96 (coll. JM)

 

La France possédait le canon de 75 millimètres.

 

Le départ des canons de Belfort

 

Dans ses éphémérides, Louis Herbelin a écrit à la date du 29 août "On a enlevé de la place d’Armes l’aéroplane, les canons et les caissons allemands; je les ai vu emmener à la gare…"

 

Apparemment, ils ne seraient pas tous partis sur Paris, car certains furent exposés à Lyon !

 

Dans le journal L’Echo d’Alger du 31 août 1914, il est écrit que la veille, "Un train venant de Belfort a amené à Lyon quinze canons de campagne et 52 caissons garnis d’obus, ainsi qu’une cuisine roulante. Tout cela pris aux allemands à Mulhouse."

 

Ils furent acheminés dans un premier temps à l’Arsenal de la Mouche avant d’être exposés sur les places des Gones, dans le cadre de l'Exposition internationale urbaine de Lyon.

Carte publicitaire Lyon Exposition internationale (coll. privée)

 

Elle s’était déroulée du 1er mai au 1er novembre 1914.

 

Dans l’édition du 4 octobre 1914 du journal Le Miroir, est présente une photo des canons de 77 allemands exposés sur une des places de la ville de Lyon.

Photo journal Le Miroir Canons allemands exposés à Lyon (doc. Gallica)

 

À Lyon mais aussi à Paris, des canons de 77 allemands pris à Dornach, furent exposés.

 

Les éditions de cartes postales

 

Comme pour l’aéroplane, il existe plusieurs clichés et des éditions différentes de cartes postales, concernant ces prises de guerre lors de la bataille de Dornach, le 19 août 1914; 24 canons furent exposés sur la place d’Armes de Belfort.

 

Fin de l’article

 

NA : En fin de texte, un lien permet d’accéder au Sommaire, dont la quatrième partie.

 

Épilogue

 

La deuxième offensive française en Haute-Alsace effectua de nombreuses prises de prises de guerres allemandes tant humaines que matérielles dont de l’armement tels des canons, des caissons, des armes… et même un aéroplane.

 

Concernant les canons, les 24 pris à Dornach, les 19 et 20 août 1914, furent envoyés en deux temps dans la Cité du Lion, et furent exposés sur la place d'Armes de Belfort.

 

Avec cette troisième partie, se termine cet article qui me tenaillait un peu sur cette exposition de trophées militaires en ce lieu, qui au demeurant est peu documenté !

 

JM

 

Lien pour accéder à l'article cité

 

Sommaire de l’article : Cliquer ici

 

Référentiels Livres : Les Poilus de Mulhouse à la crête des Vosges, De la Trouée de Belfort à Mulhouse Août 1914, Bulletin de la Société Belfortaine d’Émulation appartenant à la Bibliothèque municipale de Belfort, personnel et autres.

 

Référentiels internet : Wikipédia, de nombreux sites dont Mémoire des hommes pour le Journal de marche du 42e Régiment dinfanterie

 

Infos pratiques  

 

Vous pouvez laisser des commentaires sur cette présentation via le lien "Commentaires" en fin de l'article après la liste des tags.

 

En cliquant sur une photo ou un document, vous pouvez l’agrandir.

 

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