La tragédie du Pluviôse où périt Pierre Engel (2e partie)
MAJ le 20 mars 2025
Cette année, on fête le 110e anniversaire de l'érection du mémorial du Pluviôse dans le cimetière de Bavilliers, commune du Territoire de Belfort. Il fut érigé à l'initiative de la Famille Alfred Engel, en hommage à leur fils, Pierre Engel, mort dans la tragédie de ce sous-marin, au large de Calais, le 26 mai 1910.
Le Pluviôse à quai, à Calais (photo, coll. JR)
Au regard du contenu de l'article, j'ai décidé de le proposer en plusieurs parties.
Après avoir pris connaissance de Pierre Engel, dans la première partie de l’article, la deuxième partie est consacrée au sous-marin Pluviôse.
La deuxième partie de cet article concerne la tragédie du sous-marin Pluviôse.
Le sous-marin Pluviôse
Le premier sous-marin français mis en service, équipé d'une double coque, de la propulsion type moteur à essence en surface et électrique en immersion avec batteries, d'un périscope… fut le "Narval". Il possédait quatre tubes lance torpilles.
Sa mise en service eut lieu le 26 juin 1900.
Carte postale Saint-Malo Sous-marin Narval (coll. privée)
Il fut conçu par l'ingénieur Maxime Laubeuf (1864-1939).
Le "Pluviôse" fut un sous-marin dit de deuxième génération de la classe Pluviôse, dérivé du "Narval" et du "Sirène*" conçu par le même ingénieur, qui fit parti d'une commande par l'État français en 1905, de 18 unités.
*Le Sirène se différencie du Narval par son moteur diesel en lieu et place d'un moteur essence.
Carte postale Saint-Malo Sous-marin Sirène (coll. privée)
Il fut fabriqué par l'Arsenal de Cherbourg comme les huit autres suivants, sous l'identifiant "Q51". Cette série fut baptisée du nom d'un mois du calendrier révolutionnaire.
Ses caractéristiques
Il fut significativement agrandi par rapport au "Sirène", sa longueur passant de 32,5 à 51,12 mètres pour sa longueur et, son maître-bau (plus grande largeur) de 3,9 à 4,97 mètres. Sa puissance fut aussi augmentée pour obtenir une vitesse plus importante.
Carte postale Saint-Malo Sous-marin Pluviôse (coll. privée)
- Tirant d'eau : 3,04 en surface
- Déplacement : 398 tonnes en surface et 550 tonnes en plongée
- Propulsion : 2 hélices
- Propulsion en surface : 2 machines à vapeur de 350 (ou 360) cv, alimentées par 2 chaudières mazout de la Compagnie du Temple
- Propulsion en immersion : 2 moteurs électriques de 225 cv
- Vitesse : 12,3 nœuds (environ 22 km/h) en surface et 8 nœuds (environ 15 km/h) en plongée
- Profondeur : 35 mètres
- Rayon d'action en surface : 1100 milles marins (1770,3 km) à 8 nœuds
- Rayon d'action en immersion : 60 miles (96,6 km) à 4 nœuds
- Armement : 1 tube à torpilles de 450 mm côté étrave et 6 tubes extérieures à torpilles de 450 mm à l'arrière
Descriptif du sous-marin (doc. Gallica, BNF)
Il était prévu pour embarquer 27 membres d'équipage, 2 officiers, un officier marinier, un quartier-maître et 23 matelots.
Le coût d'un sous-marin était d'un million huit cents milles francs.
Son existence
Les premières dates principales de son existence furent son passage en cale le 8 octobre 1905, puis sa mise à flot le 27 mai 1907 et enfin sa mise en service le 5 octobre 1908. Il fut affecté à la base de Calais.
Le Pluviôse à quai, à Calais (photo, coll. JR)
Une de ses premières missions longue distance fut une liaison entre Lorient et Cherbourg, d'environ 1000 milles (1609 km), avec le Ventôse, sans ravitaillement, du 6 au 11 mai 1909.
Pierre Engel sur le Pluviôse
Ayant reçu sa nouvelle affectation, Pierre Engel rejoignit Calais certainement le 1er avril 1910, pour se mettre à la disposition du commandant du "Pluviôse", le lieutenant de vaisseau Maurice Callot, récemment en charge de ce submersible (début 1909).
Les deux officiers sur le Pluviôse (photo, coll. JR)
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Agrandissement de la photo :
Maurice Callot à gauche et Pierre Engel à droite
Marin d'expérience sur ce type de navire, il avait commandé précédemment sur le "Sirène" en 1903 et "L'Espadon" en 1904.
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Lieutenant de vaisseau Maurice Callot (extrait, coll. privée)
La base de Calais comprenait trois autres submersibles, le "Nivôse", le "Ventôse" et le "Germinal".
26 mai 1910, la Tragédie du Pluviôse
Au large de Calais, le jeudi 26 mai 1910, les sous-marins "Pluviôse" et "Ventôse" effectuaient des exercices de plongée conformément au programme de la journée. Dans le premier submersible avait pris place le nouveau Commandant de la 2e Flottille de sous-marins de la Manche, basée à Calais, le Capitaine de Frégate Ernest Frat, voulant assister à des exercices de torpillage.
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Capitaine de Frégate Ernest Frat (extrait, coll. privée)
Il était aussi le commandant du contre-torpilleur "Lance".
À 13h36, l'embarquement terminé des paniers postaux, des bagages… et des 289 passagers, le paquebot "Pas de Calais" quitta le port de Calais en direction de sa destination, le port britannique de Douvres.
Carte postale Calais Paquebot Pas-de-Calais (coll. privée)
Parallèlement, lors d'un de ses exercices, le Pluviôse commença sa remontée dans une mer houleuse, à environ deux milles nautiques (3,7 km) des jetées du port.
À 13h48, au cours de sa navigation, le paquebot va éperonner le submersible par l'arrière, qui commençait à émerger. Son étrave déchira la coque, défonça les caisses à eau et les réservoirs contenant le naphte (carburant) du sous-marin. L'eau s'engouffra rapidement dans la brèche, noyant certainement en peu de temps, les membres de l'équipage.
Un dessin de la collision (coll. JR)
NA : Le dessin n'est pas très représentatif car l'éperonnage eut lieu à l'arrière du sous-marin.
Le capitaine du paquebot, XXX Salomon, ordonna de mettre une baleinière à l'eau avec la volonté de le maintenir à flot en tentant de passer une aussière, mais le submersible coula rapidement en se retournant, ne donnant aucune chance aux marins prisonniers de pouvoir s'échapper de l'épave.
Carte postale L'encadrement du Pluviôse (coll. privée)
Une opération de renflouement du sous-marin fut entreprise dès les jours suivants, en dépêchant des scaphandriers de la marine nationale.
Carte postale Remontée du Pluviôse, les scaphandriers (coll. privée)
Mais la présence de courants marins, de matériels pas adaptés… rendit l'opération très difficile; les chaînes enfin fixées, le 3 juin, vont casser, même le chaland coula lors des opérations. À noter, que la France refusa l'aide anglaise possédant du matériel adéquate et expérience.
Il fallut attendre le petit jour, vers 3 heures du 12 juin 1910, pour que l'épave puisse enfin être ramenée et échouée au quai de la Colonne.
Carte postale Le Pluviôse, les pompes en action (coll. privée)
Le dernier corps des sous-mariniers fut extrait le 19 juin, par le médecin-major Henry Savidan. Il constata qu'ils n'avaient pas survécu plus de dix minutes à l'éperonnage; les montres indiquaient 14h10.
Le corps de Pierre Engel fut sorti du submersible, le samedi 12 juin, à 20h45.
Liste des sous-mariniers
Hormis les 3 officiers cités précédemment, les autre membres de l'équipage étaient
Premier maitre torpilleur Jules Fontaine
Second maitre Pilote Alexandre Le Prunennec
Second maitre mécanicien Jean-Louis Moren
Second maitre mécanicien torpilleur Albert Gras
Second maitre mécanicien Jean Joseph Moulin
Quartier maitre de manœuvre Roland Le Moal
Quartier maitre mécanicien Yves Appéré
Quartier maitre mécanicien Henri (ou Pierre) Chandat
Quartier maitre mécanicien Louis Gauchet
Quartier maitre mécanicien Abel Henry
Quartier maitre mécanicien torpilleur Marcel Brésillon
Quartier maitre mécanicien torpilleur Auguste Delpierre
Quartier maitre mécanicien torpilleur François Manach
Quartier maitre mécanicien torpilleur Joseph Marie Scollan
Quartier maitre mécanicien torpilleur Georges Warin
Quartier maitre timonier Pierre Le Breton
Quartier maitre timonier Claude Joseph Le Floch
Quartier maitre torpilleur Hilaire Huet
Quartier maitre torpilleur Pierre Lemoine
Quartier maitre torpilleur Prosper Liot
Quartier maitre torpilleur Pierre Louis Le Floch
Matelot torpilleur Joseph Batard
Matelot torpilleur Adrien Gautier
Matelot cuisinier Alfred Carbon
Les familles
Les parents de Pierre Engel, comme de nombreuses autres familles, se rendirent rapidement à Calais après avoir été informés de la tragédie. L'attente fut un long calvaire, générée par l'attente engendrée par la durée des opérations.
Le devenir du Pluviôse
L'épave du "Pluviôse" fut renflouée et remise à flot à Calais puis conduite à Cherbourg pour réparations, le 4 août. Le sous-marin réparé put reprendre la mer au début de l'année 1911, à la première escadrille de sous-marins de la Manche.
Carte postale Caen Le Pluviôse, le 7 août 1911 (coll. privée)
Lors de la Première Guerre Mondiale, il fut chargé de la protection de la Manche, dont le Pas-de-Calais, ainsi que les côtes sud de l'Angleterre.
Il fut désarmé le 12 décembre 1919 et utilisé pour effectuer des essais de décompression à Cherbourg.
Le 4 septembre 1925, il fut ferraillé et vendu à MM Paris & Malaterre, pour la somme de 83103 francs. Ils devaient le démanteler dans leur chantier de la Salisse à Querqueville, commune un peu à l'ouest de Cherbourg.
Fin de la deuxième partie de l'article
NA : En fin de texte, un lien permet d'accéder au Sommaire de l'article, dont la troisième partie.
Épilogue
La tragédie du sous-marin Pluviôse eut un retentissement énorme dans toute la France mais pas que. Il fit la une de presque tous les journaux. 27 sous-mariniers avaient laissé leur vie dont le second Pierre Engel qui avait choisi l'instabilité des flots à la terre ferme, préférant un grade de l'armée à être un capitaine de l'industrie !
JM
Mes remerciements à Jacques Renard, président de l'Amicale des anciens marins pour m'avoir prêté son dossier sur Pierre Engel.
Lien pour accéder à l'article cité
Sommaire La famille Engel & la tragédie du Pluviôse : Cliquer ici
Références livres : Annuaire historique de Mulhouse (Gallica), Bulletin de La Vôge (coll. BF), Bulletins et dictionnaire de la Société Belfortaine d'Émulation (coll. Biblio Deubel), Les Engel, une famille d'industriels et de philanthropes (coll. bibliothèque Deubel)
Références Internet : Les sites agasm.fr, site la Marcophilie navale, Calais en 1900, La Royale, Mémorial des Officers de marine…
Infos pratiques
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