Le déminage en France dont le Territoire de Belfort et les départements limitrophes
MAJ le 2 mai 2025
Cette année, on fête le 70e anniversaire de l'érection du Monument des Démineurs installé au Ballon d'Alsace sur le Territoire de Belfort, à la limite du département des Vosges. Il fut inauguré le 6 juillet 1952.
/image%2F0405742%2F20250502%2Fob_1cc46e_cpm-ballon-d-alsace-stand-des-demineu.jpg)
Carte postale Récolte suite aux opérations de déminage (coll. privée)
Il fut érigé à l'initiative de l’Amicale des Démineurs de France, en mémoire des volontaires démineurs Morts pour la France, suite à la Seconde Guerre Mondiale.
Cet article est rédigé en plusieurs parties.
Les opérations de déminage
Dès la Libération de la France en 1944, il y eut des initiatives privées pour déminer les secteurs abandonnés par les allemands pour récupérer, entre autres, les terres destinées à l'agriculture.
Un pays miné
Environ 5000 hectares du territoire national, un pour cent, furent pollués par plusieurs millions d'engins explosifs de diverses variétés. Les principales régions concernées furent le littoral de la Mer du Nord à la Méditerranée et, toute la région Est.
Il revint à des civils, cette délicate et hyper dangereuse opération de déminage car le génie était monopolisé à nettoyer les "routes" où progressaient les alliés en direction de l'Allemagne.
/image%2F0405742%2F20250502%2Fob_bc5559_cpa-genie-sapeur-1945.jpg)
Carte postale Un sapeur au déminage (coll; privée)
D'ailleurs, les autorités militaires se désengagèrent de cette activité dès janvier 1945, n'ayant pas les ressources nécessaires et les mêmes priorités.
La Trouée de Belfort
La situation liée à la stabilisation du front autour de Belfort provoqua la pose de milliers de mines bloquant routes, voies ferrées, champs, forêts… Une "bande de protection minée" fut constituée par l'armée allemande, partant de la frontière Suisse, elle décrivait un arc de cercle passant par Villars-les-Blamont, Blamont, Pont-de-Roide, Vermondans, Écot, Villars-sous-Écot, Colombier-Fontaine, Longevelle, Beutal, Bretigney, Onans, Marvelise, Secenans, Mignafans, Granges-le-Bourg, Moffans, Lyofans, Clairegoutte, Ronchamp, Champagney, Belfahy, Servance, en direction des Vosges par le Haut-du-Them,
Carte montrant la "bande" de protection minée (réal. BF)
Une organisation prend jour
Dès septembre 1944, le GPRF (Gouvernement Provisoire de la République Française) autorisa les municipalités à recruter et à rémunérer des volontaires pour déminer leurs communes; au montant alloué de 150 francs par jour, s'ajoutait une prime de 5 à 42 francs, en fonction du type de mine déterrée. En cette période où les ressources financières étaient rares, ils furent nombreux à se proposer pour effectuer des opérations de déminage; mais pas toujours suffisamment formés à cette activité, les pertes furent tragiquement importantes.
/image%2F0405742%2F20250502%2Fob_55d5e9_livre-deminage-france-apres-1945.jpg)
Livre Le déminage de la France après 1945 (coll. privée)
Le gouvernement provisoire, alerté sur la situation, chargea les services du génie rural, attachés au ministère de l'Agriculture, et aux unités du génie de la France Libre, de former les volontaires. Ils furent mêmes aidés par des britanniques forts de leur expérience au désobusage et de leur capacité à développer du matériel de détection performant; leur centre de formation fut installé à Bayeux.
La Direction de déminage
Par ordonnance n°45-271 du 21 février 1945, fut créé la Direction de déminage rattachée au ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme. Raoul Dautry, le ministre, nomma le vésulien Raymond Aubrac, résistant et ingénieur des Ponts et Chaussées, à la tête de ce service.
/image%2F0405742%2F20250502%2Fob_5eef67_extrait-fdc-2018-raymond-aubrac.jpg)
Extrait FDC Raymond Aubrac (coll. privée)
Cette organisation, profitant de la récupération de documents des états-majors allemands situant les zones minées, permit d'établir une stratégie plus efficace pour définir les moyens humains et matériels nécessaires pour éliminer les explosifs disséminés. Elle acquit du matériel auprès des britanniques et américains, avant que la fabrication française puisse en fournir.
/image%2F0405742%2F20250502%2Fob_0634da_fdc-1975-30e-anniversaire-service-dem.jpg)
Extrait FDC Un démineur (coll. privée)
Pour mener à bien ces opérations de déminage, furent engagés près de 3200 volontaires. Raymond Aubrac obtint la mise à disposition de 48 000 prisonniers allemands dont certains étaient aussi volontaires. Le Comité international de la Croix Rouge fut réticent à leur emploi au regard de la Convention de Genève. Mais comme l'Allemagne avait utilisé des mines hors des lieux fortifiés, il fut déclaré logique qu'elle devait compenser, pour contribuer au déminage.
En août 1945, fut ouverte une école à Septeuil, commune à l'ouest de Paris, pour former des instructeurs qui devaient enseigner à leur tour les Délégations régionales qui furent implantées à Houlgate, Lège, Neuf-Brisach, Palavas-les-Flots, Saint-Brieuc et Wimereux.
Carte d'implantation des délégations régionales (réal. BF & JM)
La région de l'Est fut sous la direction de René Brunotte, ingénieur général du Génie Rural, qui fut chargé du plan opérationnel.
Cette déclinaison pyramidale devait permettre de donner un savoir et des techniques aux volontaires et de réduire drastiquement les accidents; elle fut terminée en septembre 1946. Au début de l'année, pour accélérer la déclinaison et augmenter l'efficacité, Raymond Aubrac remplaça les six Délégations régionales par 25 Représentations départementales, pour que les décisions soient prises au plus proches du terrain, en impliquant les préfets et les municipalités.
À noter, à la fin de 1944, Beaucourt posséda une école pour former des militaires au déminage, créée par le Génie de la 1ère Armée; la formation ne dura que 6 jours. Elle fut donc éphémère.
Bilans des opérations de déminage
Le déminage de masse fut terminé beaucoup plutôt que prévu, car fin 1947 prit fin l'opération générale entreprise sous contrôle de la Direction de déminage, débutée en début d'année 1945
- 475 000 hectares déminés
- 13 000 000 mines détruites
- 663 000 engins marins enlevés
Toutes les mines n'étaient pas éliminées, il en restait encore, disséminées mais qui demandaient des actions ponctuelles et non de masse.
Carte postale Vassy, opération de déminage (coll. privée)
Nombre de mines éliminées dans les départements suivants
- Territoire de Belfort : 19 150
- Doubs : 64 400
- Vosges : 120 000
- Haut-Rhin : 415 000
- Haute-Saône : 840 000
À celles-ci, il faut ajouter pour le Territoire de Belfort environ 30 000 bombes et 55 000 engins divers.
Mais l'opération de déminage provoqua 500 morts et des centaines de blessés dont 700 blessés graves; cet état ne concernant que les volontaires français. Du côté allemand, il y eut environ 2000 morts et 3000 blessés graves; quelques autres nationalités participèrent à cette opération, mais avec un nombre faible d'intervenants.
Extrait carte postale Exposition d'engins explosifs (coll. privée)
Deux démineurs du Territoire de Belfort trouvèrent la mort et un fut gravement blessé.
Le Service de déminage avait pris comme devise "Réussir ou périr".
Au regard de la situation bien déminée, le Gouvernement transféra la Direction de déminage au ministère de l'Intérieur, le 1er octobre 1947, sous l'appellation Service national de la protection civile. Raymond Aubrac resta au ministère quelques mois comme Inspecteur général, puis fonda avec trois associés le BERIM (Bureau d'études et de recherches pour l'industrie moderne).
L’Amicale des Démineurs de France
La création de l’Amicale des Démineurs de France fut à l'initiative du Syndicat des Démineurs, Désobuseurs et Débombeurs de France, lors de leur 3e Congrès National, des 3 et 4 juillet 1947. Il s'était déroulé à Paris, à la Maison des Syndicats.
Carte Convocation à une Assemblée Générale (coll. privée)
Un délégué national fut nommé, avec sept délégués représentant les régions de Bretagne, Est, Ile de France, Méditerranée, Nord, Normandie et Océan.
Le délégué régional Est fut Roger Colson.
Dès 1947, l'idée fut émise de perpétuer la mémoire des victimes des opérations de déminage, en érigeant un Monument.
L'Amicale Nationale des Démineurs de France fut déclarée le 5 juillet 1948, à la préfecture de police à Paris.
Parution au Journal officiel du 5 août (doc. Gallica, BNF)
Épilogue
Les militaires lors de la Seconde Guerre Mondiale ont laissé de nombreux engins explosifs en fonctionnement disséminés, souvent sans repérage, qu’il a fallu enlever, du moins tenter d’en réduire le nombre au maximum. Régulièrement, on en découvre encore…
Pour ces opérations hyper dangereuses, de nombreux hommes sont morts ou handicapés.
La création de l’Amicale des Démineurs de France en 1947, s’est attelée à leur rendre hommage.
JM
Références presse : Journal L'Alsace (coll. Archives Départementales du 90, AD90), Rapport Les démineurs de France (1944-1947),
Références presse : Journaux L'Alsace et La République (coll. Archives départementales du 90, AD90), Documents (Archives municipales de Belfort, AMB)
Références Internet : Wikipédia, Gallica, Site Deminex, Site Forest, Divers autres sites
Infos pratiques
Vous pouvez laisser des commentaires sur cette présentation via le lien "Commentaires" en fin de l'article après la liste des tags.
En cliquant sur une photo ou un document, vous pouvez l’agrandir.
---o-----o-----o-----o-----o-----o-----o-----o-----o-----o-----o---





