Marché Fréry de Belfort, un petit historique : la structure métallique (3e partie)
MAJ le 4 mai 2026
La première partie de cet article, fut consacrée à la présentation de la genèse du projet de la construction d’un Marché couvert à Belfort, sur les nouveaux terrains déclassés qui appartenaient à l’armée, et dans la deuxième partie, les travaux des fondations et de maçonnerie, effectués par l’entreprise belfortaine Adrien Guidon.
La troisième partie poursuit le déroulement du projet, avec la réalisation du bâtiment sous la forme d’une structure métallique à assembler, complétée de vitrages…
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Plan façade principale, dessin Schwartz & Meurer (doc. AMB)
Ces travaux furent réalisés par l’entreprise parisienne Schwartz & Meurer, spécialiste dans la réalisation de ce type de structure en acier.
NA : En fin de texte, un lien permet d'accéder au Sommaire, dont les deux premières parties de l’article.
Troisième partie
1904, la structure métallique
Pour ce nouveau bâtiment destiné au Marché couvert, la municipalité avait opté pour une structure métallique vitrée et avait sélectionné pour sa réalisation, la société parisienne Schwartz & Meurer.
Le marché de gré à gré fut signé le 14 juin 1904.
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Extrait courrier de l’entreprise Schwartz & Maurer (doc. AMB)
La société devait fourniture et pose.
Ces travaux comprenaient sept phases principales
- l’assemblage de la structure métallique
- la maçonnerie
- la charpente en bois et la menuiserie
- la couverture, la plomberie eau et gaz
- la peinture
- la vitrerie
- les décorations
NA : Le métrage définitif pour ces travaux n’étant pas disponible, j’ai dû me contenter des devis pour établir les travaux effectués par l’entreprise parisienne. Il peut certainement y avoir des petits écarts entre le descriptif du devis et la réalité ! Donc, la description ci-dessous est au conditionnel.
Phase 1 : l’assemblage de la structure métallique
Cette structure métallique était constituée des composants principaux suivant
- Les éléments de structure
- 16 piliers centraux devant supporter les fermes de la nef centrale
- 8 fermes de la nef centrale
- 16 fermes des bas combles
- 4 chéneaux au bas des rampants des combles
- 18 travées de contreventement
- 16 cours de pannes en I pour les combles des bas-côtés et de la nef centrale
- 18 travées de piédroit
- 2 descentes d’eau en fonte
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Extrait plan de la structure, détail (doc. AMB)
- un lanterneau vitré (49 m de long) sur costières en bois, destiné au comble de la nef centrale
- les deux façades latérales constituées
- les piliers principaux en fonte
- les poteaux secondaires en I
- les encadrements recevant les parties vitrées
- le vitrage inférieur fixe
- le vitrage supérieur à lamelles
- les tympans avec rosace saillante
- les deux grilles (portes)
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Plan façade latérale avec sa porte (doc. AMB)
- la façade principale composée de deux pignons des bas-côtés, associés à celle-ci,
- les 2 grands pylônes au centre, à treillis surmontés d’une archivolte
- le châssis central à vitrage devant recevoir l’horloge
- la partie supérieure devant recevoir le fronton en zinc d’art et la tige du paratonnerre
- la grille (porte) de la façade composée de 2 parties fixes formant pilastre de chaque côté et une partie ouvrante au centre
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Plan façade principale (doc. AMB)
- la façade arrière composée
-la ferme de pignon
- les poteaux recevant la ferme et les bandeaux
- la poutre horizontale
- le châssis du vitrage
- la partie vitrée
- le comble des toilettes
- la grille (portes) à 2 vantaux
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Plan façade arrière (doc. AMB)
NA : On pourra voir un peu plus loin dans le texte sur une photo de façade arrière, que la partie centrale est un peu différente que sur ce plan. Le modèle des côtés fut reproduit pour celle-ci, avec les parties arrondies en partie supérieure de chaque module du vitrage vertical, composé de 6 carreaux côte à côte en horizontal.
- les équipements des boutiques comprenant
- les cadres pour maintenir les séparations en bois
- les séparations en bois
- les plaques à inscription
- les tablettes en bois supportées par des consoles
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Plan d’une boutique (doc. AMB)
NA : La configuration de l’équipement des boutiques fut améliorée provoquant une plus-value unitaire de 48,55 francs (133,55 au lieu de 85 francs au devis).
Les principales pièces de la charpente furent soumises à un calcul de résistance.
Phase 2 : la maçonnerie
Si l’entreprise belfortaine Adrien Guidon eu la charge de la maçonnerie, elle s’arrêtait au niveau du socle.
Il revint à l’entreprise parisienne d’effectuer la maçonnerie des murs du soubassement. Elle comprenait pour l’extérieur, les poses maçonnées
- des parpaings (18 m3) en pierre dure au-dessus du socle
- du bandeau en pierre tendre (18 m3) et la moulure
- des briques apparentes (360 m²) jointoyées avec du ciment
- des briques vernissées rouge apparentes (76 m²) jointoyées avec du ciment
- des briques vernissées rouge (34 m²) pour remplir les pilastres
- des briques (108 m²) au droit des piliers de la nef centrale au-dessus du contreventement
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Plan mur façade latérale, parpaings, briques et briques vernissées
(doc. AMB)
Et le scellement des grilles et des portes.
Pour l’intérieur
- des parpaings en pierre dure sous les séparations et au-devant des boutiques
- des briques pour monter les cloisons des bureaux et de la surface des toilettes
- l’enduit des murs au mortier
- le scellement des boutiques
Phase 3 : la charpente en bois et la menuiserie
La charpente était constituée en sapin, comprenant fourrures sur chéneaux et sur pannes, et de chevrons
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Extrait carte postale Marché couvert, vue intérieure (coll. JM)
La menuiserie comprenait
- les portes
- les cloisons des bureaux
- les cloisons des toilettes
- les persiennes du piédroit au-dessus des combles constitués de 168 panneaux (150 x 55 cm)
Phase 4 : la couverture, la plomberie eau et gaz
La couverture comprenait
- les chéneaux en zinc et la fixation en intégrant la pente d’évacuation
- la couverture en zinc posée libre sur tasseaux (dilatation)
- les joues de lanterneau en zinc
- les tuyaux de descentes en zinc, avec moignons et crapaudines
- les embases en zinc autour des montants en fer
- la main courante (33 m) en zinc avec bague saillante tous les 2 mètres
La plomberie eau comprenait
- la conduite principale en plomb pour alimenter les bornes fontaines et les 2 groupes de toilettes
- les robinets à vis (6) et purgeurs (6)
- les 4 bornes fontaines
- les 12 sièges à bascule de toilettes
Ainsi que la construction de deux regards avec tampons en fonte, équipé avec robinet
La plomberie gaz comprenait
- les tuyaux en plomb pour se raccorder à la conduite publique
- le robinet extérieur installé à droite de la porte principale
- les lanternes de ville (110) avec robinet
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Extrait carte postale Marché couvert Une lanterne extérieure
- les tuyaux en fer alimentant les lanternes intérieures et extérieures, ces dernières étant ornées
- les genouillères doubles en cuivre des deux bureaux
Phase 5 : la peinture
En 2 couches de peinture à l’huile sur tous les poteaux, teinte unie.
En 3 couches de peinture à l’huile, sur tous les bois, les séparations des boutiques, les plafonds, les portes, les toilettes et les persiennes
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Extrait carte postale colorisée Marché couvert (coll. JM)
Une couleur approchante de la couleur réelle ?
Phase 6 : la vitrerie
En verre cathédrale de 4 à 6 mm, la façade principale, les 2 lanterneaux et la façade arrière.
En verre cathédrale de couleur, la façade principale
En verre demi-double, les façades latérales
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Plan façade latérale, les persiennes (doc. AMB)
En lames de verre demi-double (persiennes) des façades latérales et de la façade principale.
Phase 7 : les décorations
En grès flammé, les 20 motifs de pilastres en façade principale et les 40 des façades latérales
En zinc,
- le fronton de l’entrée principale avec cartouche aux armes de la Ville
- l’encadrement de l’horloge
- les deux frontons des entrées latérales
- les 48 têtes de Lion décorant les chéneaux et les bandeaux de façades
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Extrait plan de la façade, un Lion (doc. AMB)
- les deux têtes de bœufs
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Extrait plan de la façade, un bœuf (doc. AMB)
L’horloge avec deux cadrans d’un mètre de diamètre.
La cloche de 20 kilogrammes.
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Plan du fronton, l’horloge, l’écusson et la cloche (doc. AMB)
Le paratonnerre et ses équipements, et un puits pour la perte de fluide (évacuation électricité).
NA : Les ornements (têtes de bœuf, têtes de Lion, rosaces, blason, cloche…) furent démontés à partir de 1998, dans le cadre des travaux de la rénovation du Marché Fréry, débutés par la façade arrière. Les deux têtes de bœufs font l’objet de l’inauguration de ce 14 juin 2025, suite à leur retour en début d’année 2025.
Le déroulement des travaux dans le temps
La société avait informé l’architecte belfortain qu’elle pourrait débuter l’assemblage à partir de mi-juillet 1904, à condition que les fondations nécessaires pour supporter la structure métallique, soient effectuées.
Comme on a pu le lire dans la deuxième partie de l'article, l’entreprise Adrien Guidon ne pouvait pas effectuer les fondations et l’ensemble de la maçonnerie du socle, en deux petites semaines ! Par ailleurs, le cahier des charges lui allouait 40 jours.
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Plan, extrait des fondations (doc. AD90)
Probablement que la société Schwartz & Meurer put démarrer au plus tôt son intervention en septembre.
Comme souligné dans la partie des travaux consacré à l’intervention de l’entreprise belfortaine, les fonds disponibles des Archives municipales et départementales ne possèdent aucune information sur le déroulement des travaux, aucune pièce versée, hormis les procès-verbaux provisoire et définitif qui clôturent les travaux !
J’ai recherché via la presse des informations sur quand, s’étaient déroulés ces travaux.
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Carte postale Belfort, la presse locale (coll. JM)
Que dit la presse ?
Comme écrit dans la deuxième partie de cet article, la consultation des journaux locaux ne fut pas très enrichissante sur le déroulé de ces travaux, hormis trois faits divers dont un accident !
Dans le journal Le Ralliement du 8 octobre 1904, il est rapporté un accident survenu à un ouvrier couvreur, M. Horth, travaillant sur la construction du nouveau marché, qui est tombé d’un échafaudage. Apparemment sans blessure ou fracture apparente, il se plaignait de vives douleurs internes; il fut conduit chez lui.
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Marché couvert Façade arrière, photo La Construction Moderne (doc. AMB)
NA : On voit trois ouvriers sur la toiture de la halle en cours de construction.
Dans le même journal, mais dans son édition du 12 novembre 1904, un article signalait que "Le marché couvert avance. La charpente en fer est à peu près entièrement posée. Cette construction offre un beau coup, d’œil. C’est dommage qu’elle soit si mal placée, loin du centre de la ville. Elle aurait été mieux près du théâtre, sur la Savoureuse."
La lecture permet de savoir que la structure métallique est en voie de terminaison, à fin novembre 1904.
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Marché couvert Façade avant, photo La Construction Moderne
(doc. AMB)
NA : On peut voir sur la photographie deux personnes, tout au-dessus de la façade, à la hauteur du paratonnerre.
Comme tout choix, il peut être remis en cause, mais de là à mettre le Marché couvert … dans la Savoureuse !
Toujours dans le Journal Le Ralliement, l'édition du 7 janvier 1905, il est écrit qu’un vol eut lieu dans la nuit du 2 janvier "Des inconnus ont emporté au marché couvert en construction, du zinc pour une valeur d’environ 300 francs."
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Carte postale Belfort Marché couvert en cours de finalisation (coll. JM)
Ce qui sous-entend que la toiture en zinc est toujours en cours de réalisation, ou que le chantier soit à l’arrêt au regard de la date !
Fin de la troisième partie
NA : En fin de texte, un lien permet d'accéder à la 4e partie de cet article, via le Sommaire.
Épilogue
Cette troisième partie de l’article concerne la construction du bâtiment par l’entreprise parisienne Schwartz & Meurer, fixé sur le socle réalisé par l’entreprise belfortaine Adrien Guidon.
Pour l’entreprise parisienne, cette réalisation fut une belle carte de visite et pour Belfort un bâtiment avec une architecture tendance.
JM
Lien pour accéder à l’article cité
Le Marché couvert, le Sommaire : Cliquer ici
Références : Dossiers des Archives municipales de Belfort (AMB), Dossiers des Archives départementales du Territoire de Belfort (AD90)
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