Ronchamp Notre-Dame du Haut, le chemin de croix de la Chapelle, de 1913 et 1944 (§1, 3e partie)
MAJ le 6 juillet 2025
Dans ce 1er chapitre, après avoir découvert dans la première partie, la Colline de Bourlémont sur la commune de Ronchamp où fut construit plusieurs sites religieux successifs dont la Chapelle Notre-Dame du Haut, et les premières dates importantes de son histoire avec la deuxième partie, voici la troisième partie.
/image%2F0405742%2F20250628%2Fob_ab6e0d_cpa-ronchamp-notre-dame-du-haut-1913-p.jpg)
Carte postale illustration du projet de l’architecte Broutchoux
(coll. privée)
On va poursuivre cet échéancier pour découvrir de nouvelles dates qui ont marqué ce site.
NA : En fin de texte, un lien permet d’accéder aux autres parties de l’article, via le Sommaire
3e partie du 1er chapitre
Pour mémoire
La fin de la deuxième partie de cet échéancier était consacrée à l’année 1873, où se déroula un des plus importants pèlerinage le 8 septembre, déplaçant plus de 30 000 pèlerins venant de Franche-Comté, mais aussi d’Alsace et de Lorraine, suite à l’annexion des deux provinces par les prussiens.
1913, l’incendie du 30 août
De 1847 à 1857, fut construit une nouvelle chapelle sous la conduite de l’architecte lurons M. Jean-Baptiste Colard qui avait établi les plans nécessaires pour ériger ce nouveau lieu de culte.
Mais la configuration de son toit et l’absence de paratonnerre ont malheureusement eu les faveurs de la foudre… l’orage violent de la fin de matinée du samedi 30 août 1913 va lui être fatal. Plus d'une larme vont couler... Un coup de feu, que dis-je, un éclair, plus puissant que les autres, accroche le clocheton central élancé de la toiture et la foudre provoqua l’incendie de l’église rapportée.
Carte postale Ronchamp La chapelle
Les toits de l’adjonction sont partis en fumée (coll. privée)
Par contre la chapelle, sous l’action de son curé Louis Morel et des habitants alertés, va échapper au désastre, la vierge a-t-elle protégé son sanctuaire ? Le tabernacle fut lui aussi sauvé des flammes.
Carte postale Ronchamp
L’ancienne chapelle n’a pas souffert de l’incendie (coll. JM)
Les bannières restantes de l’impressionnant pèlerinage du 8 septembre 1873, et conservées dans la chapelle, furent détruites par cet incendie.
Pour entreprendre la réparation de la chapelle, il fallait soulever des fonds importants; l’abbé Morel s’attela à lancer une souscription régionale. Il se chargea aussi de faire réaliser les plans de la nouvelle chapelle et il retint le projet de l’architecte luron Alexandre Broutchoux, qui fut approuvé par l’archevêque de Besançon, Mgr François-Léon Gauthey.
Carte postale Plan de l’architecte Broutchoux (coll. privée)
Il conserva l’ancienne chapelle, remplaçant la partie construite au milieu du 19e siècle par une forme de croix latine, avec un haut dôme central supportant une statue de la Vierge Marie.
Carte postale Illustration du projet
de l’architecte Broutchoux (coll. privée)
NA : Rare, une vente anticipée d’une carte postale d’un projet mais qui n’aboutit point !
Ce projet de reconstruction était plutôt grandiose, peut-être trop… l’église deviendrait une petite basilique à l’image du Sacré-Cœur de Paris !
1922, la chapelle de l’abbé Morel puis de l’abbé Belot
Mais la déclaration de la 1ère Guerre Mondiale, le 3 août 1914, va mettre à mal le projet, suspendu pendant le conflit, il va être totalement annulé car son coût ne peut plus être assumé, après quatre années de conflit et des coûts explosés !
/image%2F0405742%2F20250625%2Fob_abd8f7_livret-ronchamp-notre-dame-du-haut-man.jpg)
Manuel du pèlerin écrit par l’abbé Belot en 1938 (coll. privé)
Un projet beaucoup plus simple fut présenté par l’architecte de Lure, il fut accepté. Avec un style néogothique, l’édifice se composait d’un bâtiment en continuité du corps de l’ancienne chapelle avec un transept (nef transversale), au milieu de la nef prolongée.
Plan de 1922 Face avant de la nouvelle chapelle
(doc. Archives Départementales de Haute-Saône)
Les travaux débutent dès juin 1922, sous la responsabilité de l’architecte Marius Gasser, un élève du concepteur du projet. L’abbé Morel ne vit pas l’édification de la nouvelle église car la maladie l’emporta, le 22 octobre.
Ce fut l’abbé Lucien Belot, le curé de Gouhenans (commune proche), qui fut nommé et pris le relais pour l’édification de la nouvelle chapelle. Il fut aidé dans cette tâche par le vicaire de la paroisse, l’abbé Henriot.
A l’automne 1923, le transept et la nef furent terminés, toiture comprise.
Carte postale Ronchamp La chapelle vers septembre 1923 (coll. privée)
Un porche de bonnes dimensions, appuyé sur l’extrémité de la nef, fut construit dans la foulée pour être terminé à l’été 1924. Il couvrit en partie un vaste parvis tel un amphithéâtre, facilitant ainsi l’organisation de cérémonies à l’extérieur. Sa forme et ses ornements architecturaux donnèrent à l’ensemble une once de modernité au nouveau lieu de culte de la colline.
Carte postale Ronchamp La chapelle
où se terminent les travaux du porche (coll. privée)
Les gros œuvres étant finis, les finitions furent entreprises comme le dallage de la nef en juin, le raccordement crucial des deux bâtiments pendant l’hiver. Ils se poursuivirent par la pose des vitraux de la maison Félix Gaudin* de Paris à partir d’avril 1925, suivirent le montage des portes en chêne massif, l’installation de la chaire en pierre blanche au début 1926, ainsi que la décoration.
Félix Gaudin : Né à Paris le 10 février 1851, il fut un maître peintre-verrier et mosaïste. Militaire de carrière, il bénéficia d’un bel héritage lui permettant d’acquérir en 1879, une importante manufacture de vitrail à Clermont-Ferrand, qu’il va développer.
Il s’installa à Paris en 1890 et privilégia de réaliser des vitraux de belles qualités artistiques. D’ailleurs, il obtint un grand prix et deux médailles à l’Exposition Universelle de Paris en 1900.
Livre de JF Luneau sur Félix Gaudin (coll. privée)
Il apporta des innovations en utilisant de nouveaux matériaux tel le verre dit "américain" (verre translucide et laiteux).
Il décéda le 15 septembre 1930, à Châtenoy-le-Royal (Saône et-Loire).
Côté extérieur, deux plans inclinés furent réalisées pour accéder au porche; ils étaient joliment agrémentés de balustres.
Carte postale Ronchamp La chapelle,
vue du porche et des balustres en 1927 (coll. privée)
Les deux séraphins qui étaient installés sur l’avant du porche encadrant la vierge et les deux installés en chaque extrémité du toit du transept étaient ceux présents sur le toit de l’église, incendiée le 30 août 1913.
Carte postale Ronchamp La chapelle,
vue du porche et des balustres après 1930 (coll. privée)
La nouvelle chapelle fut inaugurée le 5 juin 1926, le jour de la Fête-Dieu par l’archevêque de Besançon, Mgr Joseph-Marie Humbrecht*.
Carte postale Ronchamp La chapelle,
le jour de l’inauguration, le 5 juin 1926 (coll. privée)
*Joseph-Marie Humbrecht : Né dans une famille de vigneron le 24 août 1853, il entra dans le clergé et, fut nommé prêtre en 1877. Il exerça quelques années comme curé à Belfort avant de partir à Besançon comme vicaire en 1904.
/image%2F0405742%2F20250625%2Fob_87e9ac_image-mgr-joseph-marie-humbrecht.jpg)
Image de Joseph-Marie Humbrecht (coll. privée)
Avant d’être nommé archevêque de Besançon, le 14 septembre 1918, il fut évêque pendant 7 ans à Poitiers.
Il décéda le 28 juin 1927, à Besançon (Doubs).
Pour cette inauguration, la foule des grands jours s’était rassemblée autour du lieu de culte, plus de 10 000 pèlerins.
Carte postale Ronchamp La chapelle,
le jour de l’inauguration, le 5 juin 1926 (coll. privée)
La chapelle n’attirait pas seulement pour les pèlerinages, car chaque dimanche, elle recevait la visite de nombreux paroissiens, pèlerins et simples curieux.
Carte postale Ronchamp La chapelle,
les fidèles viennent voir la chapelle terminée (coll. privée)
Pendant sa mission en tant que gardien du site à partir de 1923, Just Chippaux édita plusieurs cartes postales, pour promouvoir la nouvelle Chapelle reconstruite, à partir de 1922.
Carte postale Ronchamp La chapelle,
éditée par Just Chippaux (coll. privée)
Un nouveau clocher
Si la nouvelle chapelle avait forte belle allure, l’ancien sanctuaire dépareillait et portait difficilement les ans. Après l’inauguration, l’abbé Belot demanda à l’architecte de Lure, Marius Grasser, qui avait assuré le suivi des travaux précédents pour Alexandre Broutchoux, de proposer un projet de rénovation de l’ancienne chapelle. Le sujet avait déjà par ailleurs été abordé entre les deux hommes, lors de la construction de la nouvelle partie.
L’architecte proposa un projet qui fut accepté par l’abbé et validé par le cardinal Mgr Charles Binet.
/image%2F0405742%2F20250625%2Fob_6c3e92_cardinal-charles-binet-wikipedia.jpg)
Le cardinal Mgr Charles Binet (source Wikipédia)
La première pierre de la rénovation fut bénite, le 21 avril 1930, par le Chanoine Paul-Louis Camuset, l’archiprêtre de Lure sous délégation du Cardinal Charles Binet.
Carte postale Ronchamp La chapelle,
esquisse du projet de l’architecte Grasser (coll. privée)
Les travaux furent effectués par la Société Française d’Entreprises de Paris qui entreprit deux modifications significatives, d’une part l’ancien clocher comtois doit être remplacé par un de forme néogothique et beaucoup plus haut, atteignant les 34 mètres.
Carte postale Ronchamp La chapelle, après 1930 (coll. privée)
D’autre part, l’ancienne nef, elle, devait être surélevée pour être alignée à l’ensemble constitué par la nouvelle nef et le transept construits en 1922-23.
Cartes de la grande nef et du chœur avec l’autel (coll. privée)
Malgré des conditions climatiques difficiles lors d’une période très pluvieuse, l’entreprise mena les travaux avec célérité, car au dernier jour d’août le clocher et ses attributs furent terminés.
Carte postale Ronchamp La Chapelle modifiée en 1930 (coll. privée)
La suite de la rénovation concernant l’élévation de l’ancienne nef, le repositionnement des fenêtres et la toiture se déroula suivant l’attendu pour permettre le réaménagement intérieur.
Cartes des vitraux nord et sud du transept (coll. privée)
Les travaux réalisés redonnèrent une homogénéité architecturale à l’ensemble, avec un clocher se dressant dans le ciel. Il put tenir la comparaison avec celui de l’église du village.
1936, deux nouvelles cloches
L’abbé Belot ne fut pas totalement satisfait par cette nouvelle chapelle qui vient pourtant d’acquérir une nouvelle jeunesse… il lui manquait des sonorités ! Il reprit son bâton de pèlerin qu’il n’avait, en fin de compte jamais posé, pour lever des fonds pour l’achat de deux nouvelles cloches, pour accompagner l’aïeule de 1869, Marie Marguerite Florentine.
Les deux novices furent acquises en 1936, auprès des établissements des Frères Paccard installés à Annecy-le-Vieux, spécialistes pour la fonte de cloches. Elles rejoignirent la colline de Bourlémont, le 12 août.
Carte postale Atelier des établissements Frères Paccard
à Annecy-le-Vieux (coll. privée)
Initialement, leur bénédiction devait être assurée par le cardinal Mgr Charles Binet, mais il décéda le 15 juillet. Ce fut l’évêque de Marseille Mgr Maurice-Louis Dubourg* qui le suppléa et baptisa, le 15 août 1936, devant une belle assemblée, les deux nouvelles cloches.
*Par ailleurs, il prit la succession du cardinal à Besançon le 9 décembre.
Comme toute cloche achetée grâce à des dons, elle possède un parrain ou/et marraine dont on utilise leur prénom. Elle furent baptisées sous Anne-Marie Alfrède Bernadette et Jeanne-Bernadette-Adèle-Françoise. Les prénoms masculins sont féminisés (ex : Alfred => Alfrède).
Carte postale des deux nouvelles cloches
avec le texte central d’origine (coll. privée)
A noter, que dans un premier temps, le remplacement pour la bénédiction devait être effectuée par le chanoine de Lure, l’archiprêtre Dromard, quand les autorités religieuses décidèrent de déléguer une autorité supérieure pour effectuer le baptême des cloches.
Carte postale des deux nouvelles cloches,
avec le texte central modifié (coll. privée)
NA : A travers les 2 cartes postales ci-dessus ont peut voir le changement d’intervenant opéré pour la bénédiction, via le texte central.
- Sur la 1ère carte, le texte attribue la bénédiction au chanoine de Lure, l’archiprêtre Dromard. La couleur des cloches est sépia.
- Sur la 2e carte, le texte fut modifié pour attribuer la bénédiction à celui qui l’a réellement effectuée, l’archevêque Mgr Maurice-Louis Dubourg. La couleur des cloches est dorée.
Carte postale Ronchamp
L’intérieur de la Chapelle en 1935 environ (coll. privée)
1944, la chapelle est prise pour cible
Une nouvelle fois, les éléments contraires vont se déchaîner sur la chapelle nouvellement rénovée !
En septembre 1944, la colline de Bourlémont fut le poste d’observation de l’artillerie de l’armée allemande donc elle va être la cible des obus de la 1ère DFL (1ère Division Française Libre), qui entreprit la libération de Ronchamp.
Ce sont les Zouaves qui vont s’emparer de la colline, le 28 septembre et vont tenir la position, renforcés du 1er Choc; malgré les assauts des soldats allemands et de leur artillerie.
Insignes des 2 régiments : Zouave et Choc (coll. JC)
D’une part, le clocher de la chapelle devint leur cible et fut détruit, d’autre part, ses autres murs souffrirent, suite aux nombreux impacts dus aux obus reçus.
Photo de la chapelle après les bombardements de 1944
(coll. Les Amis du Musée de la Mine de Ronchamp)
Une des deux cloches bénites, le 15 août 1936, ne résista pas aux bombardements allemands, Anne-Marie Alfrède Bernadette fut détruite.
Après la fin de la guerre, une réparation sommaire fut réalisée pour mettre la chapelle hors d’eau, en attendant une décision finale de son devenir, restauration ou construction d’une nouvelle ?
Photo de la chapelle après les réparations
(coll. Les Amis du Musée de la Mine de Ronchamp)
Fin de la 3e partie du 1er chapitre
NA : En fin de l'article, un lien permet d'accéder aux parties suivantes et précédentes, via le Sommaire.
Épilogue
Cette troisième partie dans la continuité de la précédente, est consacrée à la suite du chemin de croix de l’édifice religieux qui fut à nouveau malmené, en 1913 et en 1944… c’est un euphémisme !
Pour la suite de l’article, je propose à découvrir une partie moins violente, avec plus de douceur maternelle !
Lien pour accéder à l'article cité
Ronchamp Notre-Dame du Haut, le Sommaire : Cliquer ici
Références : Voir le Sommaire
Infos pratiques
Vous pouvez laisser des commentaires sur cette présentation via le lien "Commentaires" en fin de l'article après la liste des tags.
En cliquant sur une photo, vous pouvez l’agrandir.
---o-----o-----o-----o-----o-----o-----o-----o-----o-----o-----o---
























