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LE CARTOPHILION
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23 juillet 2025

Tour de France 1925 (2e partie) : La 15e étape passa par Belfort !

Pour la 6e année consécutive, le Tour de France ne fit qu’emprunter les routes du Territoire de Belfort, sans étape à Belfort. Avant la Première Guerre Mondiale, à partir de 1907, la Cité du Lion eut ce privilège, mais le retour de l’Alsace à la France, le fit perdre.

 

Toujours organisée par le journal L'Auto, sous la responsabilité d'Henri Desgrange, cette 19e édition se déroula du 21 juin au 19 juillet !

Extrait du journal L'Auto (doc. Gallica, BNF)

 

Après une première partie consacrée à la présentation de cette 19e édition et de la 1ère étape, la deuxième partie de cet article, est axée sur la présentation de la 15e étape de ce Tour qui s’était déroulée le lundi 13 juillet 1925, entre Évian-les-Bains et Mulhouse, via le Territoire de Belfort. Toutefois, les coureurs s'arrêtèrent tout de même, quelques instants, car ils devaient émarger la feuille de contrôle à Belfort.

 

NA : En fin de texte, un lien permet d'accéder au Sommaire des articles consacrés au Tour de France, dont la première partie de cet article.

 

Deuxième étape de l'article

 

La situation au 13 juillet 1925, avant le départ d’Évian

 

Avant d’aborder cette 15e étape, il me semble nécessaire d’effectuer un point sur la situation au classement général. À la fin de la 1ère étape, l’italien Ottavio Bottecchia était en tête. Qu’en était-il avant le départ d’Évian ?

 

Après 14 étapes, le nom du leader de la course avait peu évolué malgré les difficultés, les faits de course, la stratégie d’équipes, le profil des étapes…  Ce fut la forme des coureurs qui affermit les résultats.

 

Le transalpin toujours habillé de jaune au matin de la 15e étape, fut le coureur qui le porta le plus, à la fin des étapes suivantes : 1ère et 2e, 7e, puis ne le lâcha plus à partir de la 9e ! On verra un peu plus loin que quand il le possédait, il ne voulait pas, parfois l’endosser !

Carte postale Ottavio Bottecchia (coll. privée)

 

Au soir de la 14e étape, qui vit le belge Hector Martin remporter le sprint à Dunkerque, le classement général s’établissait ainsi

 

   - 1er : Ottavio Bottecchia (I) en 157 h 58 mn 5 s
   - 2e : Bartolomeo Aimo (I) à 55 mn 49s
   - 3e : Lucien Buysse (B) à 58 mn 38 s
   - 4e : Nicola Frantz (L) à 58 mn 39 s
   - 5e : Albert Dejonghe (B) à 1h 27 mn 15 s

 

Pour trouver un coureur français, il fallait descendre à la 13e place de ce classement, avec Jean Alavoine.

Carte postale Jean Alavoine (coll. privée)

 

Comme on peut le constater, l’italien Ottavio Bottecchia possédait une belle marge sur ses adversaires, après avoir passé les plus grosses difficultés, avec les étapes de montagne.

 

15e étape, départ d’Évian-les-Bains

 

Après une journée de repos, les coureurs devaient relier Évian-les-Bains à Mulhouse, en passant par le Territoire de Belfort, pour le compte de la 15e étape comprenant 373 km.

Carte postale Évian Vue général Le lac (coll. privée)

 

Le départ fut donné à 2 heures du matin, aux 50 coureurs restants, par Lucien Cazalis.

 

Pour cette étape, ils avaient décidé apparemment d’en effectuer une bonne partie des kilomètres, en restant groupés.

 

Après Annemasse (42e km), Saint-Julien (69e km), Forges (91e km), comme au passage à Gex (115e km), ils étaient encore 49 coureurs dans le peloton, seul l’un d’entre-deux, le touriste-routier français François Chevalier était décroché d’environ 25 minutes, suite une chute qui avait abimé sa bicyclette.

 

Il fallut attendre le Col de la Faucille (127e km), altitude 1 322 mètres, pour voir le leader, l’italien Ottavio Bottecchia passer en tête, devant le belge Omer Huysse, et les français Eugène Christophe et Romain Bellenger. Le peloton s’était étiré car la route était loin d’être droite et en plus la pente est forte.

Carte postale Col de la Faucille (coll. privée)

 

Le contrôle fixe installé à Morez (162e km), organisé par le correspondant de L’Auto, M. Créton-Billet assisté de trois société scyclistes, fut atteint à 8h20 et vit un peloton formé d’encore 36 coureurs, dont les leaders du classement général. Ce fut peut-être, Jean Alavoine qui fut le plus applaudi, récompensant sa ténacité, lui qui était une équipe à lui tout seul, bien avant Renaud… que pouvait-il faire contre l’armada belge et les italiens !

Carte postale Morez Place du Marché (coll. privée)

 

Dans la continuité, le Col de la Savine n’eut pas d’impact sur le déroulement de la course.

 

Pontarlier (213e km) où était présente la foule des grands jours, fut atteint à 11h20 peu ou prou, par le même peloton; les routiers attendaient toujours pour lancer les hostilités.

Carte postale Pontarlier Grande Rue (coll. privée)

 

Il faudra attendre les passages à Morteau (242e km) et Maîche (272e km) pour voir peu à peu, un peloton s’amaigrir à moins d’une trentaine de coureurs.

 

La Cité des Princes, Montbéliard (315e km) accueillit sous les applaudissements nourris des spectateurs, un groupe de 16 coureurs dont certainement le roi du jour, où on trouvait les belges Lucien Buysse, Louis Mottiat et Émile Masson, et bien entendu l’italien Ottavio Bottecchia qui n’avait pas l’intention de lâcher prise !

Carte postale Souvenir de Montbéliard Château (coll. privée)

 

Ils étaient suivis à 15 minutes, par un deuxième groupe mené par Romain Bellenger.

 

Le Territoire de Belfort

 

Une nouvelle fois, la septième depuis 1919, les coureurs empruntèrent les routes du Territoire de Belfort. Ils entrèrent par la commune de Châtenois-les-Forges, puis traversèrent Trétudans et Danjoutin, pour poursuivre sur Belfort en direction de Mulhouse, ville d’arrivée.

Parcours du Tour dans Belfort (réal. BF)

 

L’entrée se fit par le faubourg de Montbéliard, le parcours intra-muros empruntait le pont Carnot, puis le quai Vauban où était prévu un contrôle fixe.

 

Ils quittèrent le département à Lachapelle-sous-Rougemont, après avoir passé Denney et Roppe.

 

Belfort, ville de passage du Tour 1925

 

Depuis 1919, la Cité du Lion qui fut ville étape avant la première Guerre Mondiale de 1907 à 1914, avait dû se résoudre à n’être plus qu’une ville de passage, avec un poste fixe de contrôle, obligeant tout de même, les coureurs mettre pieds à terre sur le sol belfortain. Les coureurs pouvaient parcourir les routes de l’Alsace qui avant la fin du conflit, fut sous je joug de l’Allemagne depuis 1873.

Carte postale Souvenir de Belfort (coll. JM)

 

Lors de cette 19e édition du Tour de France, pour le compte de la 15e étape, entre Évian et Mulhouse, Belfort (332e km) sut une nouvelle fois accueillir le passage des coureurs.

 

Le contrôle fixe était installé au Café des Halles, quai Vauban. À sa tête, le correspondant du journal L’Auto, Charles Chaussin, assisté de membres de la Pédale Belfortaine et de l’Union Cycliste Belfortaine, dont le vice-président Albert Von Buhren (UCB) remplaçait le président Albert Schnettler, absent de Belfort, et le président XXX Kieffer (PB).

Carte photo Belfort Café des Halles (coll. JM)

 

Plusieurs primes furent distribuées par la municipalité et des sociétés.

 

La sécurité fut assurée par le commissaire central, Charles Gabillod, assisté du lieutenant de gendarmerie, de l’officier de Paix, Prosper Dumaine et de nombreux agents de police, et le lieutenant de gendarmerie XX X Rinière.

 

Pour contenir la foule, une clôture fut installée par l’entrepreneur XXX Picot, sur les deux côtés du quai Vauban.

 

Le public était venu en très grand nombre pour voir et applaudir les coureurs, malgré la déception de ne les voir que passer. Tout le long du parcours et plus particulièrement, aux alentours du lieu de contrôle, les spectateurs avaient envahi les trottoirs.

Carte postale Faubourg de Montbéliard (coll. JM)

 

Le public était venu très tôt, dès 13 heures pour tenter d’obtenir les meilleurs places… gratuites, elles étaient d’autant difficiles à obtenir !

 

Charles Roux

 

Parmi les coureurs présents chez les Touristes-routiers, l’un d’entre eux n’était pas un inconnu pour ceux qui suivaient l’actualité sportive belfortaine. Charles Roux qui résida à Belfort, fut le vainqueur en 1922, du Critérium du Ballon d’Alsace. A cette occasion, il avait établi le nouveau record de la montée, en 1h 09 mn, toujours détenu en 1925.

 

L’année précédente, il avait rejoint Compiègne avec son frère mais avait conservé toutefois, son adhésion à l’Union Cycliste Belfortaine. 

 

Une souscription fut lancée par son club d’origine pour récompenser l’ex-belfortain à son passage; les dons étaient à remettre au siège installé au Café d’Alsace. Une collecte complémentaire fut effectuée lors de l’attente des coureurs par les spectateurs.

 

Il termina le Tour à la 34e place.

 

Le passage du Tour

 

Après une longue attente, à 15h45, vint la première voiture officielle, une Peugeot 18HP, celle du directeur de la course, Henri Desgrange, annonçant de fait, l’approche du groupe en tête de la course.

 

La voiture du directeur de la course, une Peugeot 18HP
(doc L'Auto, Gallica BNF)

 

Elle fut suivie de celles du journal Le Miroir des Sports et de l’UVF. Plusieurs correspondants de journaux avaient pris place dans ces voitures, ceux du Matin, du Gaulois, et de L’Intransigeant. D’autres autos suivirent…

 

22 minutes plus tard, les coureurs se présentèrent dans la Cité du Lion et s’arrêtèrent pour signer la feuille de contrôle. Parmi eux, le leader du classement général, ses concitoyens Angelo Grémo et Bartolomeo Aimo, le luxembourgeois Nicolas Frantz, les belges Marcel Buysse, Louis Mottiat, Albert Dejonghe, Félix Sellier, Adelin Benoit et Léon Despontin (touriste-routier)…

 

Un second peloton composé d’une dizaine de coureurs arriva dont Jean Alavoine et Charles Roux, qui furent chaudement applaudis. Les routiers se succédèrent pendant plus d’une heure. Le contrôle fut fermé à 17h30.

 

Les coureurs du premier peloton reprirent la course en direction de L’Alsace et de l’arrivée à Mulhouse. Ils quittèrent la Cité du Lion par l'avenue du Capitaine de la Laurencie, avec à leur tête, un trio italien, Angelo Crémo, Michele Gordini et Ottavio Bottecchia.

Dans les fortifications, les 3 italiens mènent la danse
(journal Miroir des Sports, doc. Gallica, BNF)

 

Puis ils empruntèrent la côte du faubourg de Brisach et passèrent sous la Porte du Vallon, pour plonger sur Denney (337e km) et rejoindre Roppe (338e km).

Les coureurs à Roppe (journal Miroir des Sports, doc. Gallica, BNF)

 

Les coureurs quittèrent le Territoire de Belfort à Lachapelle-sous-Rougemont (347e km).

 

Tour de France à Mulhouse, le 13 juillet 1925

 

Pour la première fois, Mulhouse était ville étape dans le cadre de la 19e édition du Tour de France 1925; elle était donc ville d’arrivée, ou presque, ville de repos le 14 juillet et ville de départ le 15 juillet.

Carte postale Souvenir de Mulhouse (coll. privée)

 

Cette 15e étape, Évian-Mulhouse, reliait pour la première fois ces deux villes, remplaçant les étapes traditionnelles Genève ou Gex à Strasbourg, des éditions post Première Guerre Mondiale.  

 

L’arrivée ne fut pas pourtant prononcée à Mulhouse mais à Dornach, rue d’Illberg. La ville de Mulhouse avait aidé pécuniairement sa commune limitrophe, à effectuer des prestations…

Carte postale Dornach Centre (coll. privée)

 

Pour la circonstance, une tribune fut installée pour accueillir des invités, ainsi que des barrières complétées d’une clôture sur une longueur de 300 mètres de chaque côté, pour maintenir le public hors de la route. Cette précaution fut la bienvenue, au regard du nombre de spectateurs qui vinrent s’agglutiner à l’approche de la ligne d’arrivée.

 

Le service d’ordre fut assuré par des militaires du 31e régiment des chasseurs sous le commandement du capitaine Beck, complétés de la gendarmerie à pied et à cheval et d’agents de la ville de Mulhouse, dirigés par l’officier de paix, M. Deblé.

 

Les opérations liées à l’arrivée des coureurs furent dirigées par le représentant du journal L’Auto, Gaston Moesch, épaulé par le chef-consul de l’Union Vélocipédique de France, Georges Z’Berg, et des membres de sociétés de cyclisme.

 

Tour de France à Mulhouse, le 13 juillet 1925

 

Après avoir quitté le Territoire de Belfort à Lachapelle-sous Rougemont, les coureurs entrèrent en Alsace et rejoignirent Aspach-le-Bas (358e km), puis traversèrent les villages de Soppe-le-Bas, Morschwiller-le-Bas, pour rejoindre la ligne d’arrivée un peu avant Mulhouse, à Dornach.

La traversée de Soppe-le-Bas
(journal Miroir des Sports, doc. Gallica, BNF)

 

Les spectateurs durent attendre 17 heures passées pour que le premier groupe de 26 routiers entre dans Dornach, pour rejoindre la ligne d’arrivée, et si possible en premier.

 

Lors du sprint, le luxembourgeois Nicolas Frantz fut le meilleur à cet exercice. Il gagna devant les belges Hector Martin et Adelin Benoit. Le 4e fut un touriste-routier qui avait bien carburé, l’italien Michele Gordini devançant son compatriote Ottavio Bottecchia. Jean Alavoine prit la 6e place.

Le sprint final (journal Miroir des Sports, doc. Gallica, BNF)

 

Le luxembourgeois gagnait ainsi sa 4e étape sur ce Tour, après celles de Vannes (4e), Les Sables-d’Olonne (5e) et Perpignan (9e).

Carte postale Nicolas Frantz (coll. privée)

 

Après avoir atteint l’arrivée, les coureurs devaient continuer jusqu’à la place de la République à Mulhouse, où la table de contrôle était installée au Grand Café Moll, pour signer la feuille et vérifier la conformité des plombs.

 

Carte postale Mulhouse Place de la République (coll. privée)

 

Classement général

 

   - 1er : Ottavio Bottecchia (I) en 173 h 58 mn 5 s
   - 2e : Bartolomeo Aimo (I) à 55 mn 49s
   - 3e : Lucien Buysse (B) à 58 mn 38 s
   - 4e : Nicola Frantz (L) à 58 mn 41 s
   - 5e : Albert Dejonghe (B) à 1h 27 mn 15 s

Ottavio Bottecchia embrasse l’alsacienne lui ayant remis le bouquet
(journal Miroir des Sports, doc. Gallica, BNF)

 

Le lendemain, les coureurs étaient au repos, avant de reprendre leur périple en direction de Metz.

 

Fin de la deuxième étape de cet article

 

NA : En fin de texte, un lien permet d'accéder à la troisième étape de l'article, via le Sommaire.

 

Épilogue

 

Même si Belfort et quelques villages du Territoire de Belfort ne furent que traversés, le public fut comme d’habitude présent pour encourager les coureurs.

 

Mulhouse pour la première fois fut ville d’étape, avec une arrivée à Dornach, presque faubourg mulhousien et le départ depuis cette ville. Là aussi les spectateurs furent omniprésents. 

 

Cette 15e étape Évian-Mulhouse ne bouleversa pas le classement général, où l’italien Ottavio Bottecchia dominait cette édition, comme la précédente.

 

JM

 

Lien pour accéder à l’article cité

 

Sommaire des Tours de France : Cliquer ici

 

Références presse : Journal L'Auto et le Miroir des Sports (Gallica, BNF), Journaux L’Alsace et La Frontière (Coll. Archives départementales du Territoire de Belfort),

 

Référence Web : Wikipédia, Site La Grande Boucle, Divers autres Sites…

 

Infos pratiques  

 

Vous pouvez laisser des commentaires sur cette présentation via le lien "Commentaires" en fin de l'article après la liste des tags.

 

En cliquant sur une photo ou un document, vous pouvez l’agrandir.

 

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