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LE CARTOPHILION
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10 mars 2016

La Chapelle Le Corbusier, l’inauguration en 1955 et le pèlerinage du concile en 1957 (§2, 3e partie)

MAJ le 13 septembre 2025

Avec les articles précédents, on a découvert la genèse du projet et sa réalisation, via la construction de la Chapelle Le Corbusier, ainsi que son descriptif.

Une telle réalisation demandait une inauguration, cette troisième partie du 2e chapitre, est dédiée à l’évènement.

Carte postale avec cachet du jour de l’inauguration (coll. privée)

Mais aussi au pèlerinage du Concile du 14 septembre 1962.

NA : En fin de texte, un lien permet d’accéder aux autres articles, via le Sommaire.

3e partie du 2e chapitre

La chapelle de Le Corbusier

Le projet de l’architecte Le Corbusier se déconnectait totalement des constructions antérieures… il s’inspira de plusieurs concepts. Celui des formes de cet environnement que sont les ballons des Vosges comme sa conception s’imprègne d’une coquille de crabe ramassée sur la plage de Long Island.

Le Corbusier s’appuya aussi sur les proportions architecturales du Modulor, mesures qu’il avait établies en 1943, selon une échelle humaine.

Pin’s représentant le Modulor (coll. privée)

La courbe est de fait que ce soit pour ses murs concaves ou pour son toit en forme de vague.

1955, inauguration de La Chapelle

 

La nouvelle chapelle fut inaugurée le 25 juin 1955, par l’archevêque de Besançon, Mgr Marcel-Marie Dubois.

 

Photo Mgr Marcel-Marie Dubois

Mgr Marcel-Marie Dubois (photo Wikipédia)

 

En ce jour symbolique, Le Corbusier en remettant les clés du nouveau sanctuaire à l’archevêque, prononça ces mots

 

«En bâtissant cette chapelle, j’ai voulu créer un lieu de silence, de prière, de paix, de joie intérieure. Le sentiment du sacré anima notre effort. Des choses sont sacrées, d’autres ne le sont pas, qu’elles soient religieuses ou non…».

Le Corbusier lors de son discours
(photo Charles Bueb, Livre LC Ronchamp, MA Crippa)

 

En ce dimanche de juin, une foule dense entourait les nombreux officiels tant religieux, que civils (maires, préfet…) ou militaires (officiers et anciens combattants) dont le ministre du Logement et de la Reconstruction, Eugène Claudius-Petit, ami et soutien de l’architecte lors de ce projet fortement décrié.

 

CPM Ronchamp Notre-Dame du Haut Village 1

Carte postale La nouvelle Chapelle veille sur le village  (coll. privée)

 

La messe qui y fut donnée, se déroula en pleine air en profitant de l’autel extérieur de la Chapelle.

Carte postale d’un pèlerinage (coll. privée)

 

Le pèlerinage du 8 septembre, le premier avec la nouvelle chapelle attira plusieurs milliers de visiteurs qui ne vinrent pas tous pour l’office.    

 

Nombreux sont ceux que la curiosité avait titillé, ils firent le déplacement pour découvrir l’édifice qui avait fait tant couler d’encre sur cette révolution architecturale apportée par Le Corbusier.

 

CPM Ronchamp Notre-Dame du Haut 16

Carte postale Le site de la colline visitée (coll. privée)

 

Après une dizaine d’années et bien des mots, la colline retrouve une chapelle qui tel un phare illumine la vallée de Ronchamp et va attirer des pèlerins et visiteurs du monde entier, mais à cette date, elle ne sait pas encore !

Carte postale avec cachet du jour de l’inauguration (coll. privée)

 

Les personnes ayant contribué à la réalisation de ce nouveau sanctuaire ressemblant à aucun autre, peuvent se féliciter d’avoir été visionnaires, en choisissant un concepteur audacieux dans l’art architectural religieux…

 

J’ai appris (en juin 2025) par le spécialiste de l’histoire des musiques du Territoire de Belfort, Claude Parietti, que ce fut l'Harmonie de Ronchamp, dirigée par Maurice Drouin qui intervint lors de l’inauguration de la Chapelle.

 

Le mémorial de la bataille de Bourlémont

 

En même temps que la chapelle, fut inaugurée la pyramide dressée en tant que mémorial de la bataille de Bourlémont, d’où la présence de nombreux officiers militaires et anciens combattants.

 

IMG_23475

La pyramide (photo JM)

 

Suite à la demande des autorités de construire un monument en l’honneur les militaires français morts sur la colline lors de la Libération, Le Corbusier eut l’idée de construire cette pyramide à partir de la vision des pierres entassées et réservées, lors de la démolition de l’ancienne chapelle. Il n’est pas interdit d’envisager aussi, que l’idée fut suggérée par André Maisonnier, permettant entre autres, d’utiliser le surplus de pierres disponibles !

 

Au pied de la pyramide, une poutrelle où il est inscrit "Sur cette colline en 1944 des français sont morts pour la France". Elle supporte une colombe de bronze. Deux procédés d’écriture furent utilisés, par découpage et par lettres rapportées.

 

IMG_23477

Le haut de la poutrelle avec sa colombe (photo JM)

 

La pyramide par sa disposition et tel un gradin, permet aux paroissiens de s’assoir et de suivre le déroulement des offices religieux en extérieur.

 

L’arrivée de l’aumônier René Bolle-Reddat

 

La nouvelle chapelle possède un fort potentiel d’attractivité, donnant une charge importante au curé du village, l’abbé Arthur Bourdin. Un important flux de visiteurs tant français qu’étrangers, en famille ou par groupe, envahit la colline.

 

Il se fit aider par des collègues et l’un d’entre-deux, l’aumônier du lycée Jérôme de Vesoul, René Bolle-Reddat, s’avéra être habité par le lieu.

René Bolle-Rédat (coll. Les Clarisses)

 

Il faut dire qu’il fut été invité par Marcel Ferry, un des animateurs de la Commission Diocésaine d'Art Sacré (CDAS), à la présentation officielle du projet le 20 janvier 1951, à Besançon.

 

Il en devint le chapelain à plein temps, le 1er janvier 1957, sous l’autorité directe de l’archevêque. Il s’imprégna de l’œuvre de Le Corbusier qu’il rencontra pour la première fois, le 9 juillet 1958, de la chapelle bien sûr, mais aussi de ses autres réalisations.

Ticket d’accès à la Chapelle mis en place par le chapelain
(1 franc en 1956)

 

Personnage, haut en couleur, il géra ce sanctuaire avec enthousiasme et persévérance voir avec pugnacité. Il entreprit une mise en valeur de l’environnement de la chapelle (défrichage, nettoyage, plantations..), en chassa les marchands du temple (démontage des cabanes), accueillit les visiteurs de toutes nationalités (il parle allemand) et la protégea de leurs incivilités. Par acquisitions successives de terrains limitrophes, il permit l’extension du foncier appartenant à la SCI.

L’Echo de Notre-Dame du Haut Octobre 1977 (Source Site ABAMM)

 

Dès 1961, il rédigea un petit journal "L’Echo de Notre-Dame du Haut". Le numéro daté du 8 septembre. Il fut le premier d’une série de 90 bulletins s’étalant jusqu’en avril 1992. Dans un premier temps mensuel, il deviendra trimestriel.

 

Ces petits journaux qu’il réalisa seul, sont d’une richesse culturelle assurée, où se côtoient textes et belles photos, des comptes-rendus de visites de personnalités et sa correspondance avec Le Corbusier.

L’Echo de Notre-Dame du Haut Mars 1985 (Source AM Belfort)

 

Même après son grave accident en voiture en 1977, il fut blessé au genou et à la hanche, il poursuit son activité au profit de la mise en valeur du site. Il fut obligé de laisser sa chapelle quelques mois suite à une attaque d’hémiplégie en 1987 et il devra l’abandonner définitivement le 14 mars 2000, pas tout à fait, car il est enterré dans le cimetière sur la colline.

 

Avant de quitter le chapelain, abordons un de ces combats…

 

Le Campanile

 

Le chapelain René Bolle-Reddat s’attella aussi à un autre combat qui lui tenait à cœur, l’installation d’un Campanile pour accueillir les cloches. Il voulait sanctuariser la démarche effectuée par Just Chippaux ! Ce gardien du sanctuaire depuis 1923, avait construit après la Libération, un beffroi en bois, après la Libération, pour y installer les deux cloches ayant résisté aux tirs d’obus. Il leur avait redonné vie afin de faire voies pour la population et les visiteurs. Après son départ en 1962, les deux cloches s’étaient retrouvées sur des madriers, voies éteintes.

 

IMG_23457

Le Campanile (photo JM)

 

Le Corbusier n’avait pas voulu installer de cloches dans la chapelle, il voulait les intégrer dans une autre structure séparée. Il n’a pas pu réaliser ce projet avant sa mort.

 

En l’architecte nancéen Jean Prouvé, le chapelain va pouvoir concrétiser en 1975, sa démarche. Il lui dessina un projet d’un campanile.

Livre sur l’architecte Jean Prouvé

 

A partir de novembre, les travaux furent engagés, jusqu’au dressage le 27 décembre du portique où les 3 cloches pouvaient être accrochées.

 

NA : Jean Prouvé est en autre, le concepteur des façades-rideaux du CNIT (Centre des Nouvelles Industries et Technologies) en 1956 et de la charpente du POPB (Palais Omnisport Paris Bercy) en 1981.

 

Car aux deux anciennes cloches, une troisième vint les rejoindre. Elle fut commandée à la même société que celles en 1936, aux Établissements Paccard installés à Annecy-le-Vieux. Coulée le 5 février 1975, elle rejoignit la colline et fut installée en même temps que ses deux consœurs, le 13 mars sur le campanile.

Carte postale du Campanile de Jean Prouvé (coll. privée)

 

La petite dernière, quoi que, car portant fièrement tout de même 530 kilogrammes sur la balance, a pour nom de baptême Charlotte-Amélie Yvonne Marie. Elle porte sur son flanc, une gravure en forme de clin d’œil au symbole lecorbuséen, la main ouverte (une croix est tracée dans la paume).

 

CPM Ronchamp Notre-Dame du Haut Campanile Cloches

Carte postale du Campanile avec ses 3 cloches, 1869, 1936 et 1975 
(coll. privée)

 

L’ainée des cloches date de 1869 et provient de la Fonderie de cloches des établissements Goussel-François installés à Metz. Elle fut baptisée par l’abbé Jean-Baptiste Faivre, le curé de la paroisse sous le nom de Marie Margueritte Florentine.

 

Facture Fonderie de cloches Goussel-François R

Facture de la fonderie Goussel-François

 

NA : Pour ceux qui veulent écouter ce trio musical, un lien en fin de texte, permet d’accéder à ce hit !

 

Le chapelain René Bolle-Reddat qui a consacré une grande partie de sa vie à la Chapelle, quitta  sa "maison", le 14 mars 2000. Toutefois il resta sur sa colline, enterré dans le petit cimetière.

 

1962, pèlerinage du Concile

 

Après son inauguration en 1955, la colline de Bourlémont et sa nouvelle Chapelle connaîtra une de ses plus grosses affluences le 14 octobre 1962.

 

1962 Pélerinage ND du Haut 13 oct Les Dépêc hes 02a

 

D’après la presse, environ 10 à 12 000 personnes étaient venues pour participer à ce pèlerinage se déroulant dans le cadre du Concile Vatican II, ouvert trois jours plutôt par le pape Jean XXIII.

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NA : Le IIe concile œcuménique du Vatican, le XXIe de l’Eglise catholique, est considéré comme l'événement le plus marquant de son histoire au XXe siècle.

Carte postale du pape Jean XXIII (coll. privée)

 

Il symbolise son ouverture au monde moderne et à la culture contemporaine. Il prit fin le 8 décembre 1965 sous la papauté de Paul VI.

 

En début de matinée, une première messe à destination de la jeunesse fut célébrée par l’abbé Maurice Vial, le supérieur de l’Institution Sainte-Marie de Belfort. Chantée sous la direction des abbés Jacques Sonet et Du Posey, le chapelain René Bolle-Reddat y effectua un prêche vibrant.

 

CPM Ronchamp Notre-Dame du Haut 1962 Pélerinage 14 oct CP1

Carte postale Jour du pèlerinage,
les prêtres se rendent vers l’autel extérieur
 
(coll. privée)

 

Cette messe, à peine terminée, la foule arriva sur la colline. Elle avait eu beaucoup de difficulté pour atteindre la colline car aux francs-comtois, s’étaient joints de nombreux pèlerins venus de France ainsi que de nombreux groupes de pays européens. Il est à noter que beaucoup de malades ou d’infirmes étaient présents dans cette foule en totale communion.

 

CPM Ronchamp Notre-Dame du Haut 1962 Pélerinage 14 oct CP2

Carte postale Jour du pèlerinage,
les prêtres arrivent devant l’autel
 
(coll. privée)

 

De nombreux religieux effectuèrent le déplacement pour participer à cet important pèlerinage dont le Père Popov, archiprêtre orthodoxe pour l’Est de la France et le Père Paul venu de Grèce.

 

CPM Ronchamp Notre-Dame du Haut 1962 Pélerinage 14 oct CP3

Carte postale Jour du pèlerinage,
les prêtres sont arrivés à l’
autel 
(coll. privée)

 

Ce fut Monseigneur Jean-Marie Pierre Margelin, représentant Marcel-Marie Dubois l’archevêque de Besançon, qui officia pour la messe où des prières en plusieurs langues furent prononcées.

Fin de la 3e partie du 2e chapitre

NA : En fin de l'article, un lien permet d'accéder aux parties suivantes et précédentes, via le Sommaire. 

Épilogue

Si ce troisième article du 2e chapitre est consacré à l’inauguration de la Chapelle Le Corbusier complétée du pèlerinage du Concile Vatican II, il met aussi à l’honneur les hommes qui ont œuvré à la célébrité de ce lieu.

JM

Liens pour accéder aux articles cités 

Ronchamp Notre-Dame du Haut, le Sommaire : Cliquer ici

Symphonie des 3 cloches : Cliquer ici   

Références : Voir recensement de la documentation utilisée dans le Sommaire

Infos pratiques  

Vous pouvez laisser des commentaires sur cette présentation via le lien "Commentaires" en fin de l'article après la liste des tags.

En cliquant sur une photo, vous pouvez l’agrandir.

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