Article Pégoud, l'aviateur
Mise à jour le 8 septembre 2025
Dans le cadre de leur 37e Salon Toutes collections, les Cartophiles & Collectionneurs du Territoire de Belfort ont proposé une exposition sur le Centenaire de la Première Guerre Mondiale et mis à l’honneur trois militaires ayant accompli chacun, un fait historique au cours de ce conflit.
Je vous propose des articles sur ces défenseurs de la patrie, dont l’aviateur Adolphe Célestin Pégoud.
Découvrons cet AS qui fut abattu le 30 août 1915, du côté de Petit-Croix dans le Territoire de Belfort.
Carte postale 37e Salon des collectionneurs
(conception JM et réalisation BF)
Au regard de la quantité d’informations, l’article d’origine complété est restructuré en plusieurs parties.
La première partie est consacrée de la naissance à l’orée de la Première Guerre Mondiale.
Première partie
Avant ses premiers vols, ses premiers pas
Adolphe Célestin Pégoud est né le 13 juin 1889, au hameau de Griffon sur la N75, à 2 kilomètres au sud du village de Montferrat (commune de l’Isère, au nord de Voiron).
Extrait acte de naissance du 13 juin 1889
(doc Archives départementales du 38)
Il fut le troisième enfant d’une famille d’agriculteurs, d’Étienne Pégoud et de Marie née Edant; ses deux autres frères aînés se prénommaient Régis François, né en 1879 et Alphonse Marie, né en 1888.
Carte postale Maison où est né Adolphe Pégoud (coll. privée)
Après son certificat d’étude obtenu, ne voulant ni poursuivre ses études, ni suivre les pas de son père comme cultivateur, il fut placé chez un parent boucher à Virieu (ou Virieu-sur-Bourbre), village à une vingtaine de kilomètres de la maison familiale.
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Carte postale Virieu-sur-Bourbre (coll. privée)
Épris de liberté, à peine âgé de quatorze ans, il rejoignit Paris où il effectua de multiples petits métiers. Il fut sinon pris en charge, mais adopté par le couple Albert Crémot et sa femme. Ils furent sa seconde famille et le considérèrent comme l’enfant qu’ils n’avaient pas eu.
Pégoud s’engage
Il s’engagea le 8 août 1907, ayant eu ses 18 ans, comme cavalier au 5e régiment de chasseurs d’Afrique, pour cinq ans. Il embarqua à Marseille, pour rejoindre son régiment en Algérie, et y faire ses classes à Mustapha.
Carte postale Caserne du régiment à Mustapha, Algérie (coll. privée)
En mai 1908, il demanda à être affecté à Casablanca puis au Camp de Boucheron où il prit part à la campagne du Maroc. Atteint par la fièvre paludéenne, il fut évacué sur l’Algérie le 23 juillet.
Carte postale Maroc Camp de Boucheron, 1907-1908 (coll. privée)
Il rentra en France le 23 janvier 1909, avec la médaille commémorative du Maroc avec agrafe ''Casablanca''.
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Médaille ''Casablanca'' (coll. privée)
Après son retour, en France, il fut affecté au 12e régiment de Hussards à Gray, à partir du 3 février 1909. Il effectua un stage à l’École de cavalerie de Saumur où il valida sa valeur hippique.
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Carte postale Gray Caserne du 12e régiment de Hussards (coll. privée)
Il obtint le grade de brigadier, le 26 septembre 1909.
À sa demande, il rejoignit le 9 janvier 1910, le 3e régiment d’Artillerie Coloniale à Toulon, en tant que 1ère classe. Il se réengagea pour six mois complémentaires, à son contrat, qui se terminait initialement, le 7 août 1912.
Carte postale Toulon Caserne de l´Artillerie Coloniale (coll. privée)
Lors de ce passage à Toulon, il fit une rencontre qui va répondre à sa soif de liberté, il s’agit du capitaine Louis Victor Carlin qui va lui transmettre une autre fièvre, celle de l’aviation.
En octobre 1911, il effectua son 1er vol, avec le pilote au Camp de Satory, près de Versailles.
Louis Carlin
Victor Edmond Louis Carlin est né le 7 mais 1878, à Beaune (Côte d'Or).
Il obtint le grade de capitaine, le 25 juin 1910 au 3e RAC (Régiment d’Artillerie Coloniale), à Toulon.
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Louis Victor Carlin (photo, doc BNF)
Tout comme son brevet de pilote, n°554, en juillet 1911, suivi du brevet militaire fin de la même année ou tout début 1912. Il fut affecté au commandement de l’escadrille n°4, basée Saint-Cyril qui participa aux manœuvres, avec les six avions Deperdussin acquis, par une souscription nationale. En septembre 1912, il fut nommé chef du centre aéronautique d’Ambérieu (Lyon). En 1917, il fut affecté en Indochine. Puis nommé, à plusieurs postes, en tant que chef d'escadrons...
Il décéda en 1947.
Retour à la vie civile
Adolphe Pégoud quitta l’armée en février 1913 et s’inscrivit à l’École de pilotage de Bron (près de Lyon), dirigée par le Capitaine Carlin, pour y passer son brevet de pilote civil qu’il obtint le 1er (ou le 7) mars, sur un biplan Maurice-Farman.
Carte postale du biplan Maurice Farman (coll. privée)
Ce brevet, le numéro 1243, fut acquis sous le patronage du chef-pilote Louis Plantier, son instructeur. Il est fort probable que le montant des frais pour obtenir le brevet (800 francs) et le coût de l’assurance (1500 francs) en cas de casse, fut payé par Albert Crémot, son mécène et père adoptif des années parisiennes.
Carte postale de l’aviateur Louis Plantier (coll. privée)
Fort de son brevet, il rédiga plusieurs lettres de motivation qu'il adressa aux pionniers de l'aéronautique devenus constructeurs d'avions dont la société REP (Robert Esnault Pelterie), inventeur de l’aileron en 1905 et du moteur en étoile en 1907, implantée à Boulogne-sur-Mer, ainsi qu'à la société de Louis Blériot qui fut le premier à traverser la Manche le 25 juillet 1909 et à la société de Gabriel Voisin titulaire du kilomètre bouclé en autonome (décollage et atterrissage), réalisé le 13 janvier 1908. C'est ce dernier qui l'embaucha... et le licenciera au bout d'une petite semaine ! Le courant n'était pas passé entre les deux aviateurs.
Cette première expérience ayant tourné court, il réussit à se faire embaucher après comme troisième mécanicien puis comme pilote d’essai chez Louis Blériot, à Buc (commune des Yvelines, proche de Versailles).
Carte postale Buc Pégoud sur l’aérodrome Blériot (coll. privée)
Premier saut en parachute
Conscient du nombre de pilotes tués ou gravement blessés, il fut volontaire pour tester le parachute plié avec son système d’ouverture automatique inventé par Frédéric Bonnet.
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Carte postale Frédéric Bonnet Inventeur du parachute (coll. privée)
La condition étant de sacrifier un aéroplane, ils achetèrent un vieux Blériot XI réformé, pour que Pégoud puisse exécuter cet essai, avec le parachute fixé sur la carlingue.
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Carte postale des deux protagonistes Adolphe Pégoud
et Frédéric Bonnet pour l’expérience du saut en parachute
à partir d’un aéroplane (coll. privée)
L’aérodrome Borel à Châteaufort (près de Versailles) fut le lieu de cette première, du moins de la première tentative de Pégoud, le 16 août en fin d’après-midi. Après avoir posé devant les photographes, l’aviateur fut sanglé d’un harnais de cuir lié au parachute étendu sur la carlingue de l’aéroplane. Le Blériot eut du mal à prendre de la hauteur, l’aviateur déclencha le parachute et entama un piqué en coupant le moteur mais… le parachute ne se déploya pas ! Pégoud reprit les commandes et atterrit dans un champ.
Carte postale Adolphe Pégoud avant son vol (coll. privée)
Après avoir effectué de nouveaux essais au sol, la deuxième tentative fut prévue le 19 août, en présence de la presse mais aussi d’une équipe des actualités cinématographiques Pathé. Le public se déplaça en nombre pour voir cet essai ainsi que plusieurs pilotes. Mais il était dit que cette deuxième tentative serait elle aussi perturbée ! Le maire et la maréchaussée vinrent interdire ce vol mettant en danger l’aviateur et le public. Tout de même un compromis fut trouvé, pour permettre cette expérience, en survolant la forte étendue de la propriété privée d’un riche homme d’affaires.
Carte postale Préparation de l’aéroplane Blériot pour le départ
(coll. privée)
Vers 18 heures, Pégoud décolla et put atteindre une altitude d’environ 250 mètres, déclencher son parachute qui s’ouvrit et rejoignit le sol sain et sauf. L’exploit est réalisé et s’ouvrit l’ère du parachutisme en France, à cette date du 19 août 1913.
Carte postale du second essai (et non du premier) (coll. privée)
Extrait de la carte postale : Texte à droite
Lors de sa descente en parachute, Pégoud constata que son avion après plusieurs décrochages et embardées, avait à un certain moment retrouvé une certaine stabilité. Ce constat lui donna l’idée de réaliser ce type de figure en étant… dans l’avion.
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Extrait de la feuille de timbres émis le 13 juin 2013
pour le 100e anniversaire du 1er saut en parachute (coll. privée)
Acrobaties aériennes
Dès le tout début septembre, l’aviateur, en présence de quelques personnes, se prépara à tenter un nouvel exploit sur le terrain de Port-Aviation, à Viry-Châtillon près de Juvisy-sur-Orge (Essonne); il réalisa le 1er septembre, le premier vol avec l’avion retourné que lui avait confié Louis Blériot, sa tête en bas pendant quelques secondes.
Carte postale L’aviateur avec son Blériot XI
avant le vol du 1er septembre (coll. privée)
Mais il ne veut pas en rester là et le lendemain à Buc sous les yeux de représentants de l’aviation civile et militaire, il réitèra l’exploit de la veille, mais sur une distance beaucoup plus longue et en réalisant une vrille complète.
Image illustrée par Ray Lambert d’un vol sur le dos (coll. privée)
Le 21 septembre 1913, ce fut devant un large public qu’il reproduisit ces figures en y ajoutant un looping (une boucle complète), confirmant ainsi le début de sa popularité.
Carte postale Pégoud lors de son départ pour un nouvel exploit
(coll. privée)
Un autre meeting eut lieu le dimanche 12 octobre, toujours à Buc, qui réunit des dizaines de milliers de personnes (plus de 200 000 d’après la presse de l’époque) ce qui provoqua un bel embouteillage, déjà, sur la route menant de Versailles à l’aérodrome !
Carte postale Pégoud avec son avion Blériot (coll. privée)
Massée sur plusieurs rangs autour du terrain, la foule était là, voulant voir Pégoud réaliser ces figures invraisemblables, même si à certains instants, elle eut le souffle coupé quand l’aéroplane plongea vers la terre… mais l’aviateur redressa sa machine, pour réaliser une autre figure. Pour tous, un souvenir inoubliable et pour l’aviateur une aura de plus en plus affirmée.
Carte postale allemande sur les figures effectuées par Pégoud
(coll. privée)
Fort de cette reconnaissance, il parcourut l’Europe pour y effectuer des présentations comprenant des combinaisons de figures de plus en plus complexes… et susciter la passion pour cet oiseau mécanique. Sa tournée européenne passa par Londres, en septembre 1913, Hambourg en octobre, Rotterdam en novembre, Gand en décembre, Prague en janvier 1914, l’Italie en février, de nouveau en Allemagne en mars, Moscou, la Roumanie, l’Autriche.
Ce fut lors de son passage en Roumanie, que le roi Carol 1er (Charles 1er en français) lui remit la Médaille de la Couronne.
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Roumanie Médaille de la Couronne (coll. privée)
Il était prévu que l'aviateur parte aux États-Unis, mais un événement international dramatique vint contrarier ce programme...
Épilogue
Avec cette première partie, on peut constater qu’Adolphe Pégoud fut un audacieux, un précurseur de la voltige aérienne, qu’il paya de sa personne en tentant de nombreuses nouvelles figures, dont le saut en parachute. Il fut tout autant, un promoteur de l’aviation.
JM
Références : Livre Un héros dauphinois Roi de l’Air Adolphe Pégoud (Germaine L’Herbier-Montagnon), le site officiel Adolphe Pégoud, Brochure "Autrefois l’Aviation à Belfort" (André Larger), Brochure Hommage à Pégoud 15 mai 1982 (Le Souvenir Français), le site asoublies1914.fr, Journal La Frontière, Journal L’Est Républicain, nombreux autres sites…
Infos pratiques
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