Le 130e anniversaire de la Légion d’honneur attribuée à la Ville de Belfort (1896-2026) !
Comme annoncé dans l’article précédent, concernant une carte postale où sur le cliché, on peut constater la présence d’une médaille sur la façade du Château, je vous propose un article sur celle-ci.
Il s’agit de la Légion d’honneur qui fut attribuée à la Ville de Belfort en 1896. En ce 19 avril 2026, on fête le 130e anniversaire du décret actant cette décision d’honorer la Cité du Lion !
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Extrait carte postale Armoirie de Belfort
avec la Légion d’honneur (doc. JM)
Belfort fut une des premières villes à l’obtenir.
NA : En fin de texte, un lien permet d’accéder à l’article cité.
La Légion d’honneur
Au tout début de 1802, Bonaparte, devenu Premier consul, voulut créer "un ordre qui soit le signe de la vertu, de l'honneur, de l'héroïsme, une distinction qui serve à la fois la bravoure militaire et le mérite civil".
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Carte postale Bonaparte à Arcole par Antoine-Jean Gros (coll. privée)
Cette proposition fut très controversée, mais elle fut tout de même, mise à l’étude en avril 1802 (floréal an X) au Conseil d’État, où le projet rencontra une forte résistance lors des quatre séances, qui lui furent consacrées, entre le 14 floréal an X (4 mai 1802) et le 24 floréal an X (14 mai 1802) !
Le projet fut adopté par le Tribunat (Assemblée) avec 56 voix contre 38, puis par le Corps législatif, le 29 floréal an X (19 mai 1802), par 166 voix contre 110. Il fut signé par le Président du Corps législatif, Pierre-Antoine Rabau.
La création de la Légion d’honneur fut actée par le décret du 9 prairial an X (29 mai 1802) signé en tant que Loi de la République par Bonaparte, elle récompense aussi bien les militaires que les civils.
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Décret du 29 floréal an X (doc. Wikipédia)
Elle comporte deux titres, le premier concernant la création et l’organisation de la Légion d’honneur décliné en 8 articles, et le deuxième donnant la composition définie en 10 articles.
Par contre, Bonaparte ne dota cette distinction d’aucune insigne distinctif.
La Médaille
La forme de la décoration ne fut actée que par le décret du 22 messidor an XII (11 juillet 1804), en définissant une étoile d'argent pour les légionnaires, une étoile d'or pour les autres grades.
Depuis son origine, la médaille évolua générant une quinzaine de modèles différents, répondant plus ou moins aux critères fixés, par les décrets successifs.
La 1ère médaille
Le premier modèle fut élaboré sous la forme d’une étoile formée de 5 branches, pour la différencier des ordres dynastiques, composés d’une étoile à quatre branches.
Côté avers, il possédait un anneau simple sans bélière (couronne), les branches de l’étoile étaient constituées de rayons doubles émaillés blancs, à pointes saillantes non pommetées. Elles étaient reliées par une couronne composée de feuilles de lauriers à gauche, et à droite, de feuilles de chênes.
Au centre, un médaillon à l’effigie laurée de l’Empereur, entouré d’un cercle émaillé bleu où sont inscrits les mots "Napoléon Emp. des Français" en lettres d’or avec des lauriers en partie inférieure.
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Légion d’honneur type 1804 (doc. site revers de médaille)
Côté revers, même médaillon mais avec l’effigie des armes de l’Empire, un aigle posé avec ses ailes déployées partiellement, entouré d’un cercle émaillé bleu, où étaient inscrits les mots "Honneur et Patrie" en lettres d’or.
Il possédait un ruban rouge de moire, associé au sang versé par les soldats et le courage.
La médaille actuelle
La Légion d’honneur actuelle possède une couronne entre l’anneau et l’étoile, reprenant la configuration de celle d’origine mais, avec les pointes de la croix pommetées et l’avers possédant l’effigie laurée de la République et les mots "RÉPUBLIQUE FRANÇAISE".
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Légion d’honneur actuelle type 1962 (doc. site revers de médaille)
Côté revers, le médaillon présente deux drapeaux français croisés et les mots "HONNEUR ET PATRIE" en partie supérieure et "29 floréal an X" en partie inférieure.
La première décoration
Le 26 messidor an XII (15 juillet 1804), se déroula la première remise de la décoration, lors d’une cérémonie à la chapelle Saint-Louis des Invalides. Napoléon décora les récipiendaires dans l’ordre alphabétique des noms.
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Carte postale Bonaparte Chapelle Saint-Louis
Distribution des décorations par Jean-Baptiste Debret (coll. privée)
Une deuxième réservée aux militaires, principalement des vétérans, fut organisée le 28 thermidor an XII (16 août 1804) au camp de Boulogne, devant près de 100 000 hommes de l’Armée des Côtes, regroupés en prévision pour envahir l’Angleterre.
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Carte postale Boulogne Bonaparte Distribution des décorations
aux militaires (coll. privée)
2 000 médailles furent remises par Napoléon.
La Légion d’honneur attribuée à Belfort
Le maire de Belfort, Charles Schneider, apprit par un courrier du 20 avril 1896, du ministre de la Guerre Jacques Godefroy Cavaignac, que sur sa proposition et après avis du Conseil de l’ordre de la Légion d’honneur, le Président de la République, Félix Faure, avait signer le 19 avril 1896, un décret autorisant la Ville de Belfort à faire figurer dans ses armoiries, la croix de la Légion d’honneur.
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Extrait du courrier du ministre de la Guerre
Jacques Godefroy Cavaignac adressé au maire de Belfort (doc. AMB)
Le décret paru au Journal officiel du 21 avril 1896.
La Légion d’honneur fut attribuée à la Cité du Lion, en hommage de la résistance que la Place de Belfort avait opposé à l’ennemi, pendant la guerre de 1870-1871. Le Siège avait duré 103 jours, dont 73 jours de bombardements.
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Extrait du Journal officiel (doc. Gallica, BNF)
Via la presse locale, le maire Charles Schneider, informa la population de l’attribution de la décoration.
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Affiche municipale annonçant la nouvelle (doc. AMB)
Si cette attribution était hautement justifiée, elle récompensa la Ville du Siège plus sous la forme d’une compensation que d’une démarche proactive…
Cette attribution = compensation ?
L’attribution de la Légion d’honneur fut-elle une compensation suite au désistement de dernière minute, de la venue du ministre de la Guerre, Jacques Godefroy Cavaignac, qui devait présider les Grandes Fêtes Patriotiques organisées par la municipalité belfortaine, les 5 et 6 avril 1896, dans le cadre du 25e anniversaire du Siège ?
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Gravure du 25e anniversaire du Siège (coll. JM)
D’après la presse parisienne, dont le journal Le Matin, on peut l’envisager… pour potentiellement deux raisons, liées à l'état des relations franco-allemandes ! Informations rapportées dans le journal local La Frontière, dans son édition du 16 avril !
Selon la première raison, "le prince de Hohenlohe devant venir prochainement à Paris, on a voulu sans doute éviter, à l'heure où le chancelier allemand allait arriver en France, toute espèce de manifestation à notre frontière des Vosges".
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Extrait en-tête du journal La Frontière (doc. AD90)
Mais aussi, toujours pour fluidifier les relations "Le gouvernement allemand, ayant appris que de nombreux Alsaciens devaient se rendre à Belfort, aurait manifesté l'intention de rétablir les passeports et vexations d'autrefois avec plus de rigueur encore. Informé, le gouvernement français aurait alors décidé de ne pas prendre part aux fêtes de Belfort pour ne pas fournir de prétexte aux autorités allemandes et éviter aux Alsaciens de cruelles représailles » ".
Une de ces deux versions, voire les deux furent certainement la cause de l’annulation impromptue de la présence du ministre de la Guerre et l’absence de tout représentant de l’État, pour ces Grandes Fêtes Patriotiques dans la Cité du Lion !
Le blason de Belfort complété
Lors de la séance extraordinaire du 22 mars 1901, le maire Charles Schneider informa le conseil municipal sur la démarche à effectuer, pour faire apparaitre sur l’armoirie de la Cité du Lion, la Légion d’honneur obtenue le 19 avril 1896. Le Garde des sceaux consulté par l’administrateur, rappela par un courrier du 18 février, la réglementation applicable en vigueur (décrets du 17 mars 1809, du 8 janvier 1859 et du 10 janvier 1878).
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Extrait De la délibération du 22 mars 1901 (doc. AMB)
Seul le Président de la République peut accorder ce droit, par décret.
La demande doit être introduite par le Ministère d’un Référendaire au sceau de France, au près du garde des sceaux, ministre de la Justice, qui statue sur la demande.
Il faut fournir un projet peint de l’armoirie et la délibération du conseil municipal, validé par le préfet et le ministre de l’Intérieur.
Le référendaire au sceau de France consulté fut Ernest Renaux, qui le 8 mai 1901, demanda de fournir en complément du projet "la description des armoiries de la ville de Belfort telles qu’elles ont été insérées dans l’Ordonnance Royale du 22 novembre 1697 par Charles d’Hozier" !
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Extrait d’un courrier d’Ernest Renaux au maire de Belfort (doc. AMB)
Le 18 juin, le référendaire adressa l’ampliation* du décret du 15 juin 1901, qui a régularisé les armoiries de la Ville de Belfort, et demandant l’accusé réception.
*Ampliation : Copie authentifiée d'un acte notarié ou administratif.
Décret du 15 juin 1901
L’acte signé par le Président de la République, Émile Loubet, spécifiait
Article 1
Les armoiries de la ville de Belfort sont réglées ainsi qu’il suit
"D’azur à une tour pavillonnée d’or et girouetté d’argent, costoyée d’un B t d’un F d’or, champagne de gueules chargée de l’étoile de la Légion d’honneur."
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Carte postale Armoirie de la ville de Belfort (coll. JM)
Article 2
Remise est faite à la ville de Belfort de la totalité des droits de sceau attaché à la modification de ses armoiries.
Article 3
Le Garde des sceaux, Ministre de la Justice, est chargé de l’exécution du présent décret.
Société de la Légion d’honneur
Le 26 septembre 1921, sur une idée de Jules Renault, fut créée la Société de la Légion d'honneur par le Général Augustin Dubail, avec le soutien du Président de la République, Alexandre Millerand.
Il était Grand Chancelier depuis le 14 juin 1918. À sa charge de diriger les travaux du conseil de l’Ordre et ceux des services administratifs.
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Carte postale Général Augustin Dubail (coll. privée)
Le but de la Société était de développer dans le pays, les sentiments d'honneur et de patrie, d'accroitre le rayonnement de l'ordre et les rapports entre les membres avec des liens de solidarité, en leur apportant des facilitées d'existence, aides et assistances dans la mesure du possible. Ces objectifs reprenaient ceux partiellement définis par son initiateur.
Elle avait aussi pour but de venir en aide aux récipiendaires les plus démunis.
La Société fut reconnue d'utilité publique le 27 mars 1922, avec une modification de son appellation, elle devint la Société d’entraide des membres de la Légion d’honneur (SEMLH). De plus, elle n'était plus placée sous la Direction de la Grande Chancellerie mais sous son Haut patronage.
Pour ces 90 ans, en 2012, elle devint Société des membres de la Légion d'honneur (SMLH), avec une évolution de ses statuts.
Général Augustin Dubail
Né le 15 avril 1851, à Belfort. Entra à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr le 20 octobre 1868, il intégra le 10e Bataillon de chasseurs à pied. Il fut capturé à Metz lors de la guerre de 1870. Promu lieutenant, il est affecté au 138e Régiment d'infanterie en 1873. Il entra à l'École supérieur de guerre en 1877, puis rejoignit le 1er Régiment de zouaves d'Afrique du Nord. Il retourna à l'École de Saint-Cyr en 1880 pour enseigner. Officier d'ordonnance du Général Boulanger. En 1901, promu colonel, il prit le commandement du 1er Régiment de zouaves. Général de brigade en 1904 puis général de division en 1908, il prit le commandement de la 14e division d'infanterie. Nommé chef d'état-major de l'armée en 1911.
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Image publicitaire Général Augustin Dubail (coll. privée)
Il s'opposera à l'avancée allemande en Alsace à la tête de la 1ère Armée. Intervint à Verdun puis fut mis en retraite en 1916, tout en étant Gouverneur militaire du camp retranché de Paris. Grand Chancelier de la Légion d'honneur le 14 juin 1918, il créa la Société de la Légion d'honneur en 1921 et son musée en 1925. Il publia son journal de campagne.
Il décéda à Paris, le 7 janvier 1934.
Gala de la Légion d'honneur
La Société de la Légion d'honneur organisa le 14 mars 1922, son premier Gala de la Légion d'honneur à l’Opéra de Paris. Elle demanda aux villes invitées de participer au cortège prévu à cette soirée, qui fut composé aussi de l'École militaire de Saint-Cyr, Polytechnique, Versailles, Vincennes et Joinville.
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Carte postale Paris Place de l'Opéra (coll. privée)
Comme d’autres villes invitées, la Ville de Belfort accepta l’invitation. Elle fut représentée par son premier magistrat, le maire Noël Lapostolest, accompagnée de la Reine élue le 5 mars, lors des Fêtes de la Mi-carême, Maria Sanderre.
NA : En fin de texte, un lien permet d’accéder à l’article consacré à cette participation.
Musée de la Légion d’honneur
À l’actif toujours du général Augustin Dubail, la création du Musée de la Légion d’honneur en 1925, installé dans l’ancien Hôtel de Salm, à Paris. Il fut financé grâce à une souscription ouverte parmi les légionnaires et les médaillés militaires.
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Carte postale Paris Musée de la Légion d’honneur (coll. privée)
La collection des œuvres fut montée par l’attribution de fonds provenant de la Grande Chancellerie, complétée de dépôts des musées nationaux. Au fil du temps, il accueillit des dons de collectionneurs, venant aussi de l’étranger.
Épilogue
Quand j’ai décidé de rédiger cet article sur la Légion d’honneur, je ne connaissais pas les tenants et aboutissants de cet ordre, donc je partais un peu à l’aventure…
J’ai tenté de donner les informations principales sur ce sujet, qui est beaucoup plus vaste qu’on peut le penser, en ayant comme colonne principale de décrire ce sujet, dans son implication pour Belfort.
JM
Liens pour accéder aux articles cités
Insolite : La Citadelle de Belfort décorée ! : Cliquer ici
Gala de la Légion d'honneur : Cliquer ici
Référence : Journaux La Frontière & L'Alsace (coll. Archives départementales du Territoire de Belfort, AD90), Dossier des Archives municipales de Belfort, Wikipédia,
Infos pratiques
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