L’ouverture du Marché Fréry de Belfort (7e partie) !
Après la parution des quatre premières parties de l’article retraçant l’historique de la construction de ce Marché couvert, depuis la genèse du projet mené par la municipalité de Belfort, à sa construction en 1904-1905, et deux parties sur le règlement contesté, cette septième partie est consacrée à son ouverture et à quelques informations le concernant.
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Carte postale Belfort Le Marché couvert (coll. JM)
Enfin, le grand jour arriva, du moins presque…
NA : En fin de texte, un lien permet d'accéder à l’historique du projet via le Sommaire.
Septième partie
Ouverture musicale
La première ouverture du Marché, ne fut point pour permettre aux commerçants d’installer leurs étals, dans ce tout nouveau bâtiment communal et de recevoir des clients potentiels, mais il fut le lieu d’un concert de la Lyre Belfortaine.
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Carte postale La Lyre Belfortaine (coll. JM)
Cette ouverture musicale se déroula, le samedi 6 mai 1905, à 20h30.
Malgré la pluie abondante, les belfortains étaient venus en grand nombre, loin d’être tous mélomanes, mais profitant de cette occasion, pour pénétrer dans cette nouvelle cathédrale laïque municipale… et la découvrir.
Charles Schneider était présent accompagné de son premier adjoint Christ Schad, et de conseillers municipaux dont Émile Marchegay… Le maire fut félicité par plusieurs personnes enthousiastes par cette belle réalisation, venant s’inscrire dans la création du tout nouveau quartier Carnot, le renouveau de la Cité du Lion.
Le programme
Le chef de musique, Jules Cabrol avait choisi les morceaux suivants pour faire résonner les notes de musique dans cette nouvelle scène improvisée
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Carte postale Jules Cabrol, chef de la musique
La Lyre Belfortaine (coll. JM)
- La Marche du Petit Chaperon Rouge, composition de Jules Cabrol
- Ouverture de Giralda, de Daniel Auber
- Le Prophète (fantaisie), de Giacomo Meyerbeer
- Ba-ta-clan (fantaisie, de Jacques Offenbach
- La Traviata (fantaisie), de Giuseppe Verdi
- Rondo pour flûte, de XXX Doujon, avec comme soliste M. Binet
Les préparatifs
Dans le journal L’Alsace, son édition du 8 juin, fut consacré à un petit compte-rendu sur les préparatifs autour de la halle, lors du samedi 3 juin. De nombreux commerçants étaient occupés à préparer leur installation dans leur case réciproque qu’ils avaient louée.
Parallèlement, se déroulaient les adjudications pour les étalagistes qui devaient installer leurs baraques ou toiles, devant le Marché couvert. L’attribution des emplacements provoquait aussi des échanges vifs liés à des insatisfactions naturelles ou excessives. Le préposé à cette tâche pas évidente, XXX Heill, devait faire preuve de pragmatisme, pour apaiser les différends.
Ouverture du Marché, le 5 juin 1905
Le choix de la date d’ouverture du Marché était dépendant de la réception provisoire des travaux; ils le furent le 25 mai comme écrit précédemment. La date du lundi 5 juin 1905 fut choisie car elle était le jour de la Foire à Belfort, le 1er lundi du mois.
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Extrait du journal L’Alsace du 8 juin (coll. AD90)
Dès cinq heures du matin, les commerçants, boutiquiers et marchands s’étaient affairés à installer les produits à vendre, tout en les mettant en valeurs sur leurs étals. Même ceux qui avaient des griefs, avaient oublié, ou mis de côté leur mauvaise humeur, les malentendus… trop occupés à rendre leur stand attrayant. La concurrence étant rude, il fallait faire preuve de stratégie pour se démarquer, afin d'attirer le chaland.
À l’extérieur, les étalagistes de toutes sortes étaient installés devant l’entrée principale du Marché et le long de la rue du Docteur Fréry, en direction de la place de la République.
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Carte postale Belfort Les commerçants devant le Marché couvert
(coll. JM)
À 7 heures, la cloche retentit joyeusement annonçant l’ouverture du 1er marché, dans cette nouvelle halle construite spécifiquement pour cette activité commerciale, les ventes et achats étaient lancés…
Qu’en dit la presse ?
Pour raconter cette journée, j’ai choisi de mettre en avant les comptes-rendus de la presse.
La Frontière
Dans l’édition du jeudi 8 juin du journal La Frontière, le compte-rendu du journaliste rapporta que l’ouverture du Marché, le lundi matin 5 juin précédent fut "un continuel va-et-vient d’acheteurs et de promeneurs dans cette vaste halle bondée de monde". Il poursuivit son propos "les étalagistes de toutes sortes étaient installés devant l’entrée principale du marché et le long de la route qui conduit à la place de la République."
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Journal La Frontière du 8 juin 1905 (doc. AD90)
En cette journée chaude, il signala que la température était assez élevée à l’intérieur, et qu’il faudra examiner la question.
Apparemment l’ensemble des commerçants et vendeurs à l’intérieur comme à l’extérieur, se déclarèrent satisfaits voire très satisfaits, lors de leur tour pour les interroger. Il en tira cette conclusion ainsi "Tout est bien qui finit bien. Nous n’avons plus qu’à attendre le résultat de la pratique et, après la mauvaise humeur des premiers jours, nous verrons tout le monde être content du marché couvert."
L’Alsace
Du côté d’un de ses concurrents, le journal L’Alsace proposa un article plutôt long sur cette ouverture !
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Journal L’Alsace du 8 juin 1905 (doc. AD90)
Son journaliste, Jehan des Etrivières, commença fort son propos "c’est lundi que le spectacle était curieux à contempler : comme par un effet du caducée magique de Mercure, dieu du commerce, cet habile et rapide metteur en scène, le marché et ses abords, si vides et si déserts, il y a quelques jours à peine, s’animaient et grouillaient de toute une population qu’on eut dit sortie de dessous terre et en réalité accourue de tous les points de la ville et du territoire, car c’était, en même temps lundi, jour de foire à Belfort."
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Carte postale Belfort Intérieur du Marché (coll. JM)
Apparemment, il s’était levé dès potron-minet pour être présent tôt "Dès 5 heures du matin, les commerçants commençaient à emménager et les provisions de toutes sortes : boucherie, charcuterie, fruits et légumes, épiceries et desserts, affluaient dans le nouveau ventre de Belfort."
Il poursuivit son compte-rendu "toute la matinée un va et vient, un tohu-bohu très pittoresque de bourgeoises, de ménagères, de maîtres d’hôtels et de bonnes venant remplir leurs filets ou leurs paniers, sans oublier les commères ou les bonniches qui en font danser l’anse."
Lui aussi commenta sur la chaleur excessive en ce lieu, malgré le volume de la halle et l’eau déversée sur les sols… il ajouta "l’aération n’est pas suffisante… on y cuit littéralement… ".
Le Haut-Rhin Républicain
Comme les deux journaux précédents, Le Haut-Rhin Républicain publia un compte-rendu le 8 juin, de l’ouverture du Marché.
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Journal Le Haut-Rhin Républicain du 8 juin 1905 (doc. AD90)
Mais il ne consacra que quelques lignes n’apportant pas d’enseignements complémentaires, à part soulignant que "De grand matin la place vide à côté du Palais de Justice ressemblait à une fourmilière…".
NA : Cette place vit arriver la Chambre de Commerce en 1931, devancée par les Bains-douches en 1912.
Le Ralliement
Deux jours plus tard, le journal Le Ralliement fit lui aussi, un compte-rendu de cette ouverture du nouveau lieu destiné au marché. Il portait sur deux points.
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Journal Le Ralliement du 10 juin 1905 (doc. AD90)
Le premier soulignait la fourmilière désorganisée "Les marchands, les acheteurs et les curieux pas encore habitués à pratiquer la nouvelle installation, paraissaient désemparés. On se bousculait, on s’égarait, on s’interpelait, tels des acteurs jouant une scène avant les répétitions."
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Carte postale Commerçants dans la halle du Marché, à Asnières
(coll. privée)
Le deuxième point concernait le problème de chaleur dans l’enceinte, reprenant peu ou prou, les commentaires des deux premiers mais il enfonçait encore plus le clou "Mais quelle chaleur bone Deus… c’était vraiment insupportable. Les gens étaient en nage, les viandes, les fromages, les légumes, le beurre, les fruits… cuisaient pour ainsi dire et perdaient leur fraîcheur."
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Carte postale Commerçants dans la halle du Marché, à Paris
(coll. privée)
Persévérant dans son propos, il poursuivit "Donc on se demandait dans le public pourquoi on n’a pas creusé de caves sous le marché couvert. C’est un oubli. Mon Dieu, on ne peut pas penser à tout. Il y a des architectes qui ont oublié les escaliers des maisons construites par eux. Celui de la ville a oublié les caves, voilà tout. Il fera mieux une autre fois."
Le Journal de Belfort
Leur confrère ne fut pas en reste préférant cibler un autre angle journalistique…
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Journal Le Journal de Belfort du 11 juin 1905 (doc. AD90)
Dans son édition du 11 juin, Le Journal de Belfort ne revint pas sur l’ouverture du Marché, seulement sur un évènement survenu l’après-midi, qu’on découvrira un peu plus loin dans le texte.
La fermeture de la halle
Certains se frottèrent les mains, les cafetiers des alentours qui virent leurs tables envahies par des clients assoiffés, le gosier altéré par la chaleur ou ceux ayant effectué de bonnes affaires…
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Carte postale Belfort Le café de la République,
en face du Marché (coll. JM)
À midi, la cloche un peu triste, sonna la fin du marché et l’évacuation des clients de cette première, critiquée mais tant attendue, qui fut une belle réussite.
Un coup de Sirocco…
Cette journée un peu particulière vit un incident climatique raconté par L’Alsace !
Vers 14 heures, les étalagistes encore sur le devant du Marché et le long de la rue du docteur Fréry, subirent une violente bourrasque soulevant des nuages de poussières s’engouffrant dans les tentes, démolissant des baraques fragiles, éparpillant les marchandises… ils tentèrent autant que possible de limiter les dégâts mais force était au vent ! Le calme revenant fut accueilli avec bonheur.
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Carte postale Belfort Le Marché, le remballage (coll. JM)
Ce coup de vent fut aussi commenté dans Le Journal de Belfort. Il me semble que c’est le même article que celui du journal L’Alsace. Deux piges pour le journaliste (Jehan des Etrivières) ?
Les premières améliorations du Marché
Lors du conseil municipal du 13 juin 1905, il fut acté, au regard de l’exposition des marchandises qui sont détériorées rapidement par le rayonnement solaire provenant des vitres du lanterneau, de les blanchir. Cette mesure devant répondre aux demandes justifiées des commerçants de comestibles.
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Carte postale Belfort Le Marché couvert (coll. JM)
De même, il fut décidé lors du conseil municipal du 18 novembre 1905, d’établir des devis et des plans pour la réalisation de volets pour la fermeture des portes du Marché.
Marché Fréry
Le Marché couvert porte le nom, du moins est nommé Marché Fréry sans en avoir eu, à ma connaissance et aux résultats de mes recherches, une délibération municipale le baptisant ainsi. Il a pris ce nom au fil du temps, par sa proximité avec la rue portant le nom du docteur Charles Louis Fréry (1846-1891), depuis le 11 août 1902. Pour preuve le Marché des Vosges, l’autre halle de Belfort, construite en 1929-1930.
Inauguration parcellaire
À ma connaissance, le Marché couvert ne fut jamais inauguré, du moins, je n’en ai pas trouvé la trace…
Le 14 juin 2025, se déroula une inauguration restreinte concernant le retour des deux têtes de bœufs présentes sur la partie haute de la façade principale et des autres décorations (têtes de Lion, rosaces, blason…), par le maire Damien Meslot.
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Carte postale Inauguration des décorations restaurées (coll. JM)
Ces différentes parties furent démontées en 1998 à l’occasion du début des travaux de la rénovation du Marché Fréry, débutés par la façade arrière. Prévues plusieurs fois d’être remontées, elles le furent en ce mois de juin.
Fin de l’article
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Épilogue
L’idée soumise en fin 1898 de ce pourvoir d’un Marché moderne et opérationnel, aboutit à la construction de cette structure métallique entre 1904-1905, toujours opérationnelle en 2025. Son ouverture le 5 juin 1905, fut une belle réussite, malgré des griefs d’un groupe important de commerçants sur certains articles du règlement de fonctionnement, de cette toute nouvelle halle commerciale spécialisée.
JM
Lien pour accéder à l’article cité
Le Marché couvert, le sommaire : Cliquer ici
Références : Dossiers des Archives municipales de Belfort (Archives municipales de Belfort, AMB), Dossiers des Archives départementales du Territoire de Belfort (Archives départementales du Territoire de de Belfort, AD90), les journaux La Frontière, L’Alsace, Le Haut-Rhin Républicain, Le Ralliement et Le Journal de Belfort (AMB & AD90)
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