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LE CARTOPHILION
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2 juin 2026

Le Marché couvert de Belfort : Contestations des commerçants (6e partie) !

Après avoir présenté le projet de la construction du Marché couvert de Belfort avec forts détails en quatre parties, ainsi que le règlement et cahier des charges pour l’adjudication des emplacements aux commerçants, l’ouverture prévue le lundi 5 juin est proche, toute proche !

Carte postale Belfort Le Marché couvert (coll. privée)

 

Mais voilà qu’une contestation fut menée par les commerçants potentiels, contre un certain nombre des articles du règlement défini par la municipalité !

 

Cette sixième partie est consacrée aux revendications des commerçants belfortains.

 

NA : En fin de texte, un lien permet d'accéder aux parties précédentes de l’article, via le Sommaire.

 

Sixième partie

 

Pour mémoire

 

Lors de ce conseil municipal du samedi 20 mai 1905, le règlement du Marché couvert et le cahier des charges de location des emplacements présentés par le 1er adjoint, Xavier Houbre, furent validés par les conseillers municipaux.

 

Ils furent diffusés début de la semaine suivante, plus ou moins relayés par la presse locale.

 

Adjudication des emplacements

 

Dès 9 heures, le jeudi 25 mai 1905, se déroula la séance pour l’adjudication des places du Marché couvert. Le règlement et le cahier des charges furent lus par un employé de la mairie, aux très nombreux commerçants présents. Il fut annoncé aussi le maintien du faubourg des Vosges.

 

NA : Je reviendrai sur ce dernier point, via un article spécifique.

 

Sous les applaudissement, Léon Schwob*, le président des bouchers demanda le maintien des autres marchés et protesta contre la sévérité du règlement. Il invita ses partisans à se réunir à la Brasserie Jacquot. Une cinquantaine de personnes le suivit.

Léon Schwob (photo livre Les maires de Belfort, doc. JM)

 

*Léon Schwob ( 1857-1920) : Il deviendra maire en décembre 1919, mais décéda huit mois plus tard.

 

Les employés municipaux chargés de l’adjudication attendirent que les contestataires quittent les lieux, et que les commerçants intéressés puissent se rapprocher, pour lancer l’adjudication des emplacements à l’intérieur du Marché.

 

Dans un premier temps, seulement onze emplacements furent loués dans la première catégorie, sans surenchères au prix de départ ! Seul le boucher Auguste Perraud participa aux adjudications.

 

Une deuxième séance d’adjudication fut lancée, avec toujours peu d’enthousiasme des commerçants présents, car moins de la moitié des emplacements trouvèrent acquéreurs, principalement des extérieurs à la ville ! 

 

La contestation

 

Une bonne cinquantaine de commerçants se rendit donc à la Brasserie Jacquot, faubourg de France, pour une réunion animée par le président des bouchers et conseiller municipal Léon Schwob. Il était entouré de membres du Comité du syndicat, dont Joseph Striby, Louis Belliard, Arthur Grumbach, Jean Chatton et Jean Ortstein.

Carte postale Belfort Faubourg de France
Brasserie Jacquot (coll. JM)

 

De nombreux autres commerçants de toutes les professions rejoignirent les lieux où se préparait l’organisation de la contestation, renforçant considérablement les rangs des bouchers-charcutiers initiateurs de la fronde.

 

Léon Schwob prit la parole et fit observer que cette réunion n’avait aucun caractère politique.

 

Il protesta de la mise à disposition cavalière du règlement deux jours avant l’adjudication. Il poursuivit son propos en s’élevant contre plusieurs articles du règlement, qui interdit la sous-location, la mise à disposition du Marché couvert au bon gré de la municipalité, le maintien du seul marché des Vosges, la suppression des autres…

 

L’auditoire approuva les griefs effectués contre le règlement et une nouvelle réunion fut décidée pour préparer une pétition, rendez-vous fut donné à 17 heures.

Carte postale Belfort Brasserie Jacquot (coll. JM)

 

Toutes les professions furent présentes à cette réunion de fin d’après-midi. Léon Schwob présenta les revendications de toutes les corporations.

 

Hormis celles-ci, il fut décidé un tronc commun où il fut demandé que

 

   - la partie intérieure du Marché soit réservée à l’alimentation
   - aucune denrée soit vendue à l’extérieur
   - les professions puissent se mêler, hormis la marée et les fromagers
   - le prix du mètre-carré du carreau (partie centrale) ne dépasse pas les 15 centimes
   - les adjudications du matin soient annulées
   - la vente à la criée ne pouvant pas débuter avant dix heures
   - la vente à la criée soit mise en adjudication
   - l’autorisation de sous-louer sa place ou la vendre
   - les adjudicataires puissent aménager leur stand
   - du matériel et des marchandises puissent rester dans les stands
   - les commissionnaires puissent rentrer et rester à l’intérieur
   - …

Plan d’une boutique (doc. AMB)

 

Tous les membres signèrent la pétition et les représentant des professions se donnèrent rendez-vous le samedi, en ce même lieu et à la même heure.

 

Conseil municipal du 27 mai 1905

 

Suite à la pétition au sujet du Marché couvert, un conseil municipal fut convoqué le samedi 27 mai 1905, pour traiter les désaccords rapportés vis-à-vis du règlement défini très critiqué par les commerçants, avec à leur tête les bouchers !

Extrait de la délibération du 27 mai 1905 (doc. AMB)

 

Une quarantaine de commerçants étaient présents, venue protester pour se faire entendre, mettre la pression sur les conseillers municipaux...

 

Le maire Charles Schneider s’offusqua contre cette manifestation qui avait pour but d’empêcher l’adjudication des emplacements. Puis il donna lecture d’une lettre de l’Association des commerçants détaillants, signé de son président François Claudon, qui demandait au conseil municipal des modifications sur des articles du règlement et qu’un membre de chaque profession soit entendu par le conseil municipal.

 

Cette demande souleva des protestations de la part des conseillers municipaux. L’un deux Edmond Julien déclara "nous sommes suffisants pour élaborer un règlement, qu’il est inutile de renvoyer à une commission". Un autre, Georges Stiegler proposa le maintien du règlement pendant un an à titre d’essai.

 

Le maire fut de cet avis, rappelant que le règlement fut inspiré des avis des commerçants.

Charles Schneider, maire de Belfort
(photo livre Les maires de Belfort, doc. JM)

 

Il fut accepté d’annuler l’article 9 concernant l’expropriation des commerçants pour un besoin de la municipalité; il était ciblé en-cas de malpropreté, de désordre… Comme il fut précisé que seuls les locataires du carreau (partie centrale) devaient laisser leur emplacement vide à leur départ de la halle à la fermeture du marché.

 

La prise en compte de ces revendications satisfirent les commerçants présents.

 

Le maire proposa à ceux qui le désiraient de prendre la parole.

 

Le premier à se lancer fut Émile Mayer, représentant des étalagistes, il demanda qu’ils soient installés à l’extérieur, le choix des emplacements étant géré par eux, avec la priorité sur les extérieurs. La proposition fut acceptée.

 

Au nom des marchands de légumes et fruits, XXX Veirley demanda que tous les marchands de denrées alimentaires soient placés à l’intérieur et que l’ancien tarif soit maintenu ou qu’un espace assez grand soit prévu entre les îlots pour déposer les paniers. Le conseil municipal décida d’entériner la première proposition. Le maire signala que la deuxième proposition était prévue au plan.

 

Mais la tension monta par la suite car les commerçants tentèrent d’obtenir d’autres avancées refusées par le conseil municipal car ils remettaient en cause la criée, les sous-locations, la partie sanitaire des viandes, la suppression du marché des Vosges ou le rétablissement des autres… offusquant le maire et les conseillers.

Carte postale Belfort L’Hôtel de Ville (coll. JM)

 

Le conseil municipal décida de faire vivre le règlement pendant un an en l’état, hormis la prise en compte des modifications acceptées, lors des échanges.

 

   - les cases et les emplacements du Marché couvert seront exclusivement réservés aux marchands en détail de denrées alimentaires de toute nature, bouchers, charcutiers, tripiers ainsi qu’aux maraîchers, coquetiers, jardiniers, grainetiers, fleuristes, etc…

 

   - les marchands de merceries, soldes, nouveautés, chaussures, bimbeloterie, bijouterie, etc… seront installés en dehors et aux abords immédiats du Marché couvert.

 

En clair, les marchands de bouches à l’intérieur et les autres à l’extérieur.

 

Le règlement fut modifié pour les articles 3 et 4, et l’article 9 fut supprimé, réduisant des restrictions imposées aux commerçants.

 

Conseil municipal du 2 juin 1905

 

Lors du conseil municipal extraordinaire du vendredi 2 juin 1905, le maire Charles Schneider informa les conseillers municipaux sur la situation des locations des emplacements.

Extrait de la délibération du 2 juin 1905 (doc. AMB)

 

Les cases non louées lors de l’adjudication du 25 mai 1905, furent remises en adjudication et attribuées à des commerçants pour des sommes entre 260 et 320 francs (prix de départ à 250 francs), soit un total de 16 000 francs.

 

Quant aux îlots, ils furent également adjugés, de 0,21 à 0,23 centimes par mètre carré. Il restait tout de même 56 îlots disponibles.

 

Fin de la sixième partie

 

La partie suivante est donc consacrée à l’ouverture de la nouvelle halle, prévue le lundi 5 juin 1905.

 

NA : En fin de texte, un lien permet d'accéder à la partie suivante ainsi qu’aux parties précédentes de cet article, tout comme aux autres articles consacrés au Marché couvert, via le Sommaire.

 

Épilogue

 

Les commerçants crurent pouvoir infléchir le conseil municipal, voulant d’une certaine manière imposer leurs conditions au maire et à son conseil municipal, mais ils n’obtinrent que quelques aménagements du règlement.

 

JM

 

Lien pour accéder à l’article cité

 

Le Marché couvert, le sommaire : Cliquer ici

 

Références : Dossiers des Archives municipales de Belfort (AMB), Dossiers des Archives départementales du Territoire de Belfort (AD90), La presse locale

 

Infos pratiques  

 

Vous pouvez laisser des commentaires sur cette présentation via le lien "Commentaires" en fin de l'article après la liste des tags.

 

En cliquant sur une photo ou un document, vous pouvez l’agrandir.

 

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  • Le CartophiLion est un journal proposant des articles centrés sur la ville de Belfort et du département, ainsi que d'autres thématiques nationales et internationales (sports, fêtes & traditions...); agrémentés de visuels liés aux collections. A l'origine, il fut imaginé comme outil de communication des CCTB.
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