Exposition des caricatures de Léon Delarbre au Musée de la Citadelle, avec la participation de l’association des Collectionneurs & Cartophiles du Territoire de Belfort
Début juin, je fus contacté par la Responsable de la collection d’art et d’histoire de la Citadelle de Belfort, en vue de contribuer à un projet d’exposition, sur les caricatures de Léon Delabre. La sollicitation consistait par le prêt de cartes postales existantes sur ces caricatures, elle savait que mon ami Bernard en possédait.
/image%2F0405742%2F20260731%2Fob_8f207f_20260727-103758r.jpg)
L’entrée du Musée de la Citadelle (photo JM)
Comme toujours, nous avons répondu favorablement à cette demande au titre de l’association des Collectionneurs & Cartophiles du Territoire de Belfort, par le prêt de 16 cartes postales, via la collection de Bernard et ma contribution.
Salle de l’exposition (photo BF)
L’exposition a débuté le 8 juillet et se poursuit jusqu’en septembre, au Musée de la Citadelle.
L’exposition
On peut y découvrir d’une part, 8 tableaux sous forme de panneaux de grands formats illustrée de caricatures peintes par Léon Delabre dans les années 1920, et d’autre part, les ces cartes postales sélectionnées parmi celles prêtées, disposées sur deux chevalets inclinés dans une vitrine.
/image%2F0405742%2F20260731%2Fob_59dc66_20260727-103400.jpg)
Salle de l’exposition, côté gauche (photo JM)
Les caricatures ciblent les politiciens de Belfort majoritairement, et de ceux de Delle, qui restent à identifier.
/image%2F0405742%2F20260731%2Fob_e08090_20260727-103411.jpg)
Salle de l’exposition, côté droit (photo JM)
Des textes présents dans l’exposition décrivent les personnalités caricaturées présentes et leur contexte, sur les panneaux.
NA : Ces textes ayant demandé un minimum de recherches pour décoder les situations et les expliciter, je les reprends en l’état (au format italique)
Léon Delarbre: regard sur la vie politique locale des années 1920
Né en 1889 à Masevaux en Alsace, Léon Delarbre s'installe avec sa famille en 1904 à Belfort où son père ouvre une boutique d'horloger-bijoutier dans le faubourg de Lyon. Bien qu'il ait suivi la même formation, il se passionne, quant à lui, pour le dessin et la peinture. Il est admis à l'École des arts décoratifs et aux Beaux-Arts de Paris en 1913.
/image%2F0405742%2F20260731%2Fob_0e18fe_photo-leon-delarbre.jpg)
Photo Léon Delarbre
(livre Léon Delarbre Le peintre déporté, doc. BF)
Il y suit notamment les cours du peintre Raphaël Collin, dont deux œuvres ont servi au décor du premier théâtre de Belfort. Ses études sont interrompues par la Première Guerre mondiale puisqu'il est mobilisé comme infirmier jusqu'en 1919.
Présentation de la thématique exposée
Il n'abandonne pas pour autant sa pratique artistique et publie dès les années 1920 des caricatures d'hommes politiques pour le journal local La Période de la vie belfortaine.
/image%2F0405742%2F20260731%2Fob_c70b83_belfort-cpa-bd-carnot-n-7-gillet-laff.jpg)
Carte postale Belfort L’immeuble Gillet Lafond (coll. JM)
Devant le succès rencontré, le magasin Gillet-Lafont fait appel à lui en 1925 pour animer ses vitrines. Il lui commande ainsi une série de supports publicitaires dont le but est de commenter la vie politique locale. Chaque samedi, la vitrine change d'aspect et attire les passants qui attendent l'heure d'installation du nouveau panneau de l'artiste. Bien qu'il s'agisse de caricatures, les personnages sont presque tous identifiables d'autant plus pour le public de l'époque qui reconnaît alors aisément ceux qui font l'actualité.
Quelques années plus tard, en 1929, Léon Delarbre est nommé conservateur de la section des Beaux-Arts du Musée de Belfort. Il fonde également en 1935, l'École des Beaux-Arts de la ville.
Les tableaux
Dans la salle affectée à cette exposition, sont présentés les 8 tableaux en détrempe* sur toile, réalisés début des années 1920.
*La détrempe est un tableau peint dont les pigments sont liés par des colles restant solubles à l'eau après séchage. Cette solution permet de peindre avec une grande finesse, mais elle sèche rapidement.
Visitons cette exposition, en partant de la droite vers la gauche
La cavalcade
Le premier tableau met en scène, entre-autre, une personnalité locale de retour dans la politique nationale…
André Tardieu, proche de Georges Clemenceau, est écarté de la vie politique après la victoire de Paul Deschanel aux élections présidentielles de 1920 sous la houlette d'Aristide Briand et du cartel des gauches. Cependant il parvient à revenir au pouvoir comme député du Territoire de Belfort dès février 1926 et jusqu'en 1931. À la même époque, Aristide Briand est président du Conseil.
Ce panneau représente un défilé de chars après la victoire d'André Tardieu, dépeint sous les traits d'un empereur romain entouré de ses admirateurs. Il est suivi par un corbillard, synonyme de la perte pour Aristide Briand qui marche à droite d'un siège de député au sein de l'assemblée. De l'autre côté du char, tenant le ruban Edmond Miellet, député radical du Territoire de Belfort de 1919 à 1940.
/image%2F0405742%2F20260731%2Fob_be36b0_20260727-103032cr3.jpg)
Panneau 1 La cavalcade (photo JM)
Le char suivant et le vélo sont plus difficiles à interpréter. Ce défilé renvoie à l'idée du carnaval, tendant ainsi à le décrédibiliser, et accentuant l'absurde via la présence récurrente de la syllabe «< con >> mise en exergue par l'artiste.
Le fameux ménage à trois
Le deuxième tableau met en scène trois personnalités…
Comme évoqué dans le panneau précédent, André Tardieu et Aristide Briand entretiennent des relations politiques complexes. Delarbre représente ici André Tardieu, narquois après sa victoire électorale, en marié proposant une alliance à Aristide Briand qui hésite sous les traits de la mariée. Cette union se fait au détriment d'Edmond Miellet, sous les traits de la maîtresse.
/image%2F0405742%2F20260731%2Fob_4b77ad_20260727-103032br2.jpg)
Panneau 2 Ménage à trois (photo JM)
Pour contextualiser la scène, l'artiste ajoute le buste de Marianne, œuvre traditionnelle des salles de mariage de mairie.
Le Maréchal de La Ferté s’emparant de Belfort
Le troisième tableau reprend un fait historique belfortain…
Ce panneau reprend l'œuvre de Lucien Melingue, Le Maréchal de la Ferté s'emparant de Belfort défendue par le Comte de la Suze (1879) aujourd'hui exposée dans la salle d'honneur de l'Hôtel de Ville de Belfort. André Tardieu prête ses traits au maréchal sur son cheval tandis qu'Édouard Lévy-Grünwald prend la place du Comte de la Suze qui lui tend son épée.
/image%2F0405742%2F20260731%2Fob_82b152_20260727-103032r1.jpg)
Panneau 3 Maréchal de la Ferté (photo JM)
Cette scène montre l'allégeance du maire de Belfort de 1925 à 1932 au député du territoire.
Les Berceaux
Le quatrième tableau met en scène le maire de Belfort…
Le maire Édouard Lévy-Grünwald est représenté ici sur le pas de la porte de l'ancienne maternité des Berceaux, travesti en sage-femme.
L'artiste reprend l'un des versets de l'Évangile selon Matthieu : << Laissez venir à nous les petits enfants >>.
/image%2F0405742%2F20260731%2Fob_979776_20260727-103042b.jpg)
Panneau 4 Edouard Lévy-Grunwald (photo JM)
Il s'agit probablement d'une référence à la baisse de la natalité à Belfort dans les années 1920 et la volonté politique de relancer la démographie.
La rentrée de M’sieu louis
Ce cinquième tableau montre deux guitaristes jouant tels des Roméo !
Ce dernier panneau est le plus difficile à interpréter puisque les deux personnages ne sont pas identifiés. L'un des deux cherche à séduire une femme à son balcon en lui chantant une sérénade.
Les paroles font référence à une chansonnette licencieuse «< Adèle, t'es belle >> créée par Plébains en 1894. Cela permet également de faire un jeu de mots avec la ville de Delle.
/image%2F0405742%2F20260731%2Fob_0eca52_20260727-103042a.jpg)
Panneau 5 Les Roméo (photo JM)
Il faut peut-être y lire une tentative de la part de Belfort de se rapprocher de Delle pour des raisons politiques et économiques.
Contribution volontaire
Le sixième tableau montre des personnalités belfortaines devenant des collecteurs…
En août 1926, une « caisse d'amortissement des bons du trésor » est votée par le gouvernement pour redresser la situation financière du pays à la suite de la dévaluation du franc. Le principe est de collecter les recettes générées par certains impôts et taxes locaux afin de rembourser la dette de l’État.
Le Lion de Belfort est une victime collatérale de cette collecte puisqu'il est ici représenté rasé et la queue coupée. Sur sa base, il est maintenant écrit «Aux défenseurs du franc 1926».
/image%2F0405742%2F20260731%2Fob_0b2941_20260727-103102r3.jpg)
Panneau 6 Contribution volontaire (photo JM)
Le maire Édouard Lévy-Grünwald tient la tondeuse et le couteau tandis que ses adjoints, Henri Baudin et René Rücklin à l'avant et Jules Reinfranck et Victor Gable à l'arrière, portent la queue sur un palanquin - prête à être envoyée dans la caisse au premier plan.
Pour Dieu, pour la voirie, et pour le Bureau de bienfaisance
Le septième tableau montre les collecteurs précédents chez un habitant…
Ce panneau fait probablement le lien avec le précédent. Après les ponctions de l'État sur les impôts et taxes locaux, le maire Édouard Lévy-Grünwald, son adjoint Henri Baudin et le député André Tardieu, habillés de guenilles, se voient obligés de faire la manche auprès des habitants pour financer les travaux publics.
/image%2F0405742%2F20260731%2Fob_0b2839_20260727-103119br2.jpg)
Panneau 7 Pour Dieu, pour la voirie… (photo JM)
La Revue du 1er août reportée
Le huitième tableau montre les personnalités belfortaines en apparats…
Ce panneau fait également probablement le lien avec les deux précédents. En tête, Édouard Lévy-Grünwald porte un costume militaire d'apparat ainsi que la ceinture tricolore. Derrière lui marchent Henri Baudin, son adjoint et André Tardieu.
/image%2F0405742%2F20260731%2Fob_f91800_20260727-103102a1.jpg)
Panneau 8 La revue reportée (photo JM)
Ils passent en revue ce qui semble être des pots à graisse d'artillerie de la Première Guerre mondiale. Vides, il s'agit sans doute d'une référence au manque de moyens de la Ville et des troupes.
Les cartes postales
Sont exposées dans une vitrine, les 16 cartes sélectionnées que nous avons prêtées, Bernard et moi.
/image%2F0405742%2F20260731%2Fob_8400c8_20260727-103153r.jpg)
Les huit premières cartes postales exposées (photo JM, doc. BF-JM)
Elles n’ont pas fait l’objet d’une explication de textes comme les tableaux. Ce travail reste à faire…
/image%2F0405742%2F20260731%2Fob_7d6e3f_20260727-103310r.jpg)
Les huit autres carte postales exposées (photo JM, doc. BF-JM)
Peut-être, un article futur sera rédigé pour présenter unitairement les cartes postales possédées… mais avant, il faut décoder ces visuels ! Seules le sont celles qui reprennent les tableaux !
Le tableau de Bernard François
L’un des panneaux présents dans l’exposition a appartenu à un de nos anciens sociétaires, Bernard François. Il l’a donné au Musée de la Citadelle de Belfort, en 1979, en le confiant au conservateur du Musée, Christophe Cousin.
/image%2F0405742%2F20260731%2Fob_06a29d_20260727-103109r.jpg)
Panneau 6 Contribution volontaire (photo JM)
Cette histoire fit l’objet d’un article dans le journal L’Est Républicain, dans l’édition du 28 juin 2017, sur les tenants et aboutissants de son périple. Mon ami Bernard était déjà dans la boucle, présentant ses cartes postales sur les caricatures de Léon Delarbre. À l’époque, j’ai repris cet article pour le publier sur le blog, en ajoutant une petite bio de l’artiste.
NA : En fin de texte, un lien permet d’accéder à cet article.
Quelques autres informations sur Léon Delarbre
Léon Delarbre est aussi connu pour ces dessins faits pendant qu’il était en captivité dans les camps de concentration (Auschwitz, Buchenwald, Dora…), suite à sa déportation en 1944. Elles représentent des scènes de la vie dans les camps, dessinées sur des morceaux de papier et qu’il arriva à sauvegarder.
/image%2F0405742%2F20260731%2Fob_cbc38d_20260731-161750.jpg)
Autoportrait de Léon Delabre au retour du camp de Dora, 29 avril 1945
(livre Léon Delarbre Le peintre déporté, doc. BF)
Il réalisa aussi des caricatures pour la presse dont celles des gymnastes de l’Equipe de France, réunis à Belfort pour le stage de préparation des Jeux Olympiques de 1924, à Paris. Elles parurent dans le journal L’Alsace dans son édition du 12 juillet 1920.
/image%2F0405742%2F20260731%2Fob_f25695_1924-07-12-jeux-olympiques-la-belforta.jpg)
Les gymnastes sélectionnés présents à Belfort
(journal L’Alsace, doc. AD90)
Il avait bien d’autres flèches artistiques à son arc…
NA : En fin de texte, un lien permet aux nombreux autres articles sur le Tour de France, via le Sommaire.
Épilogue
Cette exposition, à voir, met à l’honneur un pan de la palette d’un artiste, Léon Delarbre, qui possédait, entre-autre, un grand talent pour croquer des scènes de vie, ici des petits travers de politiciens…
JM
Lien pour accéder à l’article cité
Dans le grenier de Bernard François : Cliquer ici
Jeux Olympiques 1924, les gymnastes Équipe de France : Cliquer ici
Infos pratiques
Vous pouvez laisser des commentaires sur cette présentation via le lien "Commentaires" en fin de l'article après la liste des tags.
En cliquant sur une photo ou un document, vous pouvez l’agrandir.
---o-----o-----o-----o-----o-----o-----o-----o-----o-----o-----o---