Le Monument des Trois Sièges de Belfort
MAJ le 7 décembre 2025
Dans le cadre du Salon 2013, les Cartophiles & Collectionneurs du Territoire de Belfort présenteront une exposition sur le Centième anniversaire de l’inauguration du Monument des Trois Sièges, situé Place de la République, à Belfort.
/image%2F0405742%2F20251207%2Fob_bc0b64_cpa-belfort-construction-monument-3-si.jpg)
Carte photo Le Monument en cours d'installation (coll. JM)
Mais avant d’aborder cet évènement, il est nécessaire de présenter l’histoire de la construction de ce Monument qui fit écrire et dire beaucoup de choses…
Genèse du projet
C’est le 13 avril 1901, que le conseil municipal de Belfort décida de faire réaliser un monument à la mémoire du Colonel Denfert-Rochereau*.
Colonel Denfert-Rochereau : Pierre Marie Philippe Aristide Denfert-Rochereau est né à Saint-Maixent (Deux-Sèvres), le 11 janvier 1823 et mort à Versailles, le 11 mai 1878. Militaire, fit et sortit de Polytechnique en 1845, puis entra à l’École d'application de l'artillerie et du génie de Metz, pour 2 années.
/image%2F0405742%2F20251207%2Fob_328160_photo-colonel-denfert-rochereau.jpg)
Entra comme lieutenant au 2e régiment du génie. Il se distingua en 1849, lors de l'expédition de Rome. Il participa la guerre de Crimée en 1855, et fut affecté en Algérie de 1860 à 1864. Après son héroïsme à Belfort, il fut nommé député à l’Assemblée Nationale. Il repose avec son épouse au cimetière de Montbéliard.
Il serait érigé sur une des places de la ville.
Lors d’un entretien du maire Charles Schneider avec Auguste Bartholdi*, le sculpteur suggèra que ce monument ne soit pas édifié qu’en l’honneur du Colonel Denfert-Rochereau, mais rende hommage aux 3 défenseurs de la Cité du Lion lors du 19e siècle, que furent le commandant Legrand en 1813-1814, le général Lecourbe en 1815 et le colonel Denfert-Rochereau en 1870-1871.
Auguste Bartholdi : Né à Colmar le 2 août 184 et décédé le 4 octobre 1904 à Paris. Formé à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-arts de Paris et à la peinture sous la direction d’Ary Scheffer (grand portraitiste).
/image%2F0405742%2F20251207%2Fob_73f946_photo-auguste-bartholdi.jpg)
Il réalise un voyage en Egypte qui lui laissera le goût du monumental. Pour la ville de Belfort, il réalise sa première œuvre monumentale le Lion, sculpture de grès rose de 22 m par 11m en 1880 en hommage aux défenseurs de Belfort. En 1886, il réalise la Statue de la Liberté. Il a laissé dans le monde entier par ses œuvres, son empreinte.
Le sculpteur proposa de réaliser la conception de l’œuvre gratuitement.
Plan du monument dessiné par Auguste Bartholdi (doc. AMB)
Le conseil municipal entérina le concept et la commande fut signée le 6 novembre 1902. En octobre 1903, la maquette fut présentée au Petit Palais, lors du 1er Salon d’Automne créé à Paris.
Elle fut favorablement accueillie par les visiteurs et le monde des arts.
/image%2F0405742%2F20251207%2Fob_5a3f59_cpa-belfort-monment-3-sieges-maquette.jpg)
Carte postale Maquette du Monument (coll. JM)
Un décès qui change tout !
Mais le 19 mai 1904, Auguste Bartholdi décéda avant que son œuvre soit terminée. Le maire envisagea de rompre le contrat car il doutait que le sculpteur choisit par le maître malade, son ami Louis Noël, puisse réaliser l’œuvre !
Mais la veuve du sculpteur, Jeanne-Émilie Bartholdi*, ayant été alertée de cette éventualité, écrivit au maire pour l’informer, que le monument était bien avancé car le bloc central et la statue de Denfert étaient réalisés. Mais le maire poursuivit son idée et le sculpteur Antonin Mercié, auteur la statue Quand-Même, fut même contacté pour réaliser un monument à la mémoire au Colonel Denfert-Rochereau. Par courrier du 18 juin 1905, la veuve mit en demeure la municipalité de respecter le contrat sinon elle sera dans l’obligation de porter cette affaire devant l’autorité compétente.
*Jeanne-Émilie Bartholdi : Jeanne-Marie Baheux de Puysieux est née le 25 octobre 1829 à Bar-le-Duc. Ce fut à Nancy où elle pratiquait l’activité de modiste qu’elle rencontra le sculpteur en 1871, venu au mariage d’un ami. Dans un premier temps, elle lui fit un double mensonge, en se rajeunissant de 13 ans et en se donnant une lignée aristocratique !
Peinture de Jean Benner (Musée de Colmar)
Orpheline d’un industriel ruiné, elle fut adoptée par une canadienne, madame Walker et s’installa à Newport, dans l’État de Rhode Island, au nord-est des États-Unis. Ayant appris les mensonges de sa dulcinée, il n’osa pas affronter sa mère qui voulait un mariage honorifique pour son fils.
Ce fut lors du voyage aux États-Unis pour le Centenaire de l'Indépendance Américaine en 1876, que le mariage fut prononcé le 15 décembre. Il fut célébré par le révérend Charles T. Brooks à Newport, dans la maison de Mme John LaFarge.
Elle décéda le 12 octobre 1914 à Paris.
Les relations ne s’améliorèrent pas entre les deux parties. Il fut même nécessaire de faire appel à des arbitres sculpteurs ! Un projet de compromis fut approuvé le 19 janvier 1907, par le conseil municipal suite à l’incitation de leur avocat-conseil. Deux statuaires de référence furent choisis, Victor Ségoffin pour représenter la ville et Émile Boisseau pour Madame Bartholdi.
Le Monument Bartholdi sera construit...
Il fallut attendre le 8 janvier 1910, pour que le conseil municipal entérine finalement que la réalisation du monument soit effectuée conformément au contrat, avec quelques aménagements et compensations financières et qu’il soit installé sur la place de la république !
Comme souhaité par Auguste Bartholdi, ce furent les sculpteurs Louis Noël et Jules Dechin qui furent en charge de terminer le monument.
/image%2F0405742%2F20251207%2Fob_e77769_cpa-belfort-construction-monument-3-si.jpg)
Carte photo Monument en cours de finalisation (coll. JM)
*Jules Déchin : Né à Lille en 1869 et décédé en 1947 à Paris. Il est le gendre de Louis Noël statuaire. Il effectua ses études à Lille, puis à l'École des Beaux-Arts de Paris, sous la responsabilité des Maîtres Henri Chapu et Pierre Cavelin. A l’âge de 29 ans, il reçut le prix Jean-Baptiste Wicar à Lille (l’équivalent du prix de Rome). Ce titre lui offrit la possibilité de réaliser de nombreux œuvres en France, comme à l’étranger (Italie, Suisse, Belgique, Pays-Bas, Canada, États-Unis, Russie…).
*Louis Noël : Né le 1er avril 1839 à Ruminghem proche de Saint-Omer (Pas-de-Calais) et décéde à Paris en 1925.
/image%2F0405742%2F20251207%2Fob_3c32bc_photo-louis-noel-sculpteur.jpg)
Il fut un sculpteur formé à l’école académique de Saint-Omer, puis en 1859 à l’école des beaux-arts de Paris sous le maître François Jouffroy. Il réalisa de nombreuses œuvres pour les églises (Sacré Cœur à Paris, Basilique Saint-Pierre à Rome…). Il est le beau-père du sculpteur Jules Déchin.
Une convention fut signée entre les 2 parties, le 2 avril 1910 et fut validée par le préfet, le 10 mai 1910.
Les travaux s'accélérèrent pour que l’inauguration se déroule le dimanche de Pâques, le 7 avril 1912 en présence du Président de la République Armand Fallières, voir avec le concours de la musique de la Garde Républicaine. Mais un premier report s'imposa, suite à des indisponibilités, l'inauguration fut prévue le dimanche 18 août 1912.
Carte postale Maquette du Monument avec la date de l'inauguration annoncée pour le 18 août 1912 ! (coll. JM)
Le 14 janvier 1911, le conseil municipal lança une souscription.
/image%2F0405742%2F20251207%2Fob_3fce20_monument-3-sieges-souscription-monume.jpg)
Extrait du document de souscription publique (coll. AMB)
La livraison du Monument
Le 12 juin 1912, Madame Bartholdi remit au 1er adjoint de la ville de Belfort, Xavier Houbre, le Monument des 3 Sièges terminé et protégé de palissades, en attendant l’entourage définitif.
Une grille de protection
Lors d’un conseil municipal, il fut décidé de protéger le futur monument avec une grille. Elle devait, elle aussi avoir une représentation historique. Le projet retenu fut une grille dont les motifs comprenaient un glaive, un angon franc (sorte de lance) et des fleurs de lys.
Dessin d’une partie la grille (doc. AMB)
Ils symbolisent le retour de Belfort à la France en 1648, via le traité de Westphalie*, sous le règne de Louis XIV.
Traité de Westphalie : En 1648, Belfort redevint française, après avoir été sous le joug des suédois en 1633 et des autrichiens en 1634, pendant la Guerre de 30 ans débutée en 1618 et liée aux conflits dans toute l’Europe entre catholiques et protestants.
Photo de la grille rénovée (peinture) en 2012 (photo JML)
La municipalité confia le 8 mai 1912, à l’entreprise de serrurerie d’art Charles Schick, la confection de la clôture et à l’entreprise de travaux public Charles Galli, le socle devant la recevoir.
/image%2F0405742%2F20251207%2Fob_d5fe67_monument-3-sieges-socle-grille-offre.jpg)
Extrait du devis de l'entreprise Charles Galli (doc. AMB)
Les deux entreprises belfortaines eurent leur devis retenus, suite à l’appel d’offre.
/image%2F0405742%2F20251207%2Fob_da08cc_monument-3-sieges-gille-offre-schick.jpg)
Extrait du devis de l'entreprise Charles Schick (doc. AMB)
Le socle fut réalisé avec des dalles de granit bouchardées, en provenance des carrières de Servance.
La réception finale de la grille et de son socle se déroula le 8 août 1912, en présence des entreprises et des représentants de la mairie.
Procès verbal définitif de la réception de la grille réalisée par l'entreprise Schick (doc. AMB)
Le Monument
Le monument s'élève à une hauteur de 3,40 mètres. La partie centrale repose sur 3 assises de pierre en grès rouge, issues des anciennes fortifications du front de l’ancienne Porte de France, démolie en 1891. Elle supporte un motif principal. Autour, se dressent chacune sur un socle, les statues en bronze de 2,80 m de haut, des 3 défenseurs de la ville. Elles sont érigées en face de chacun des pans coupés du groupe principal.
Carte postale Monument des 3 Siège terminé (coll. JM)
NA : À droite, on peut voir que la Salle des Fêtes n'est pas encore construite.
Le groupe central en bronze est composé de deux allégories. En face principale (face à la préfecture), une représentation de la France et de la ville de Belfort, par la présence d’une guerrière casquée qui donne une couronne de lauriers, à une vierge jeune et robuste tenant un glaive dans sa main.
Cartes postales du groupe principal face avant et arrière (coll. JM)
Derrière, un jeune combattant portant le drapeau de la réparation et consolant une petite alsacienne saisissant un ruban de la robe de Belfort. Ainsi un lien est tissé entre la mère patrie et les provinces annexées.
Les Trois défenseurs
Quelques informations sur les trois défenseurs de Belfort.
Le Commandant Jean Legrand
Né le 16 juillet 1759 à Punchy (Somme) et décédé à Belfort le 22 juin 1824 de maladie. Il était entré comme soldat dans le régiment de Turenne en 1776.
/image%2F0405742%2F20251207%2Fob_dbdd3a_photo-commandant-legrand.jpg)
Il devient capitaine du 37e de ligne en 1793.
Moins illustre que ses confrères, il fut nommé adjudant de la garnison de Belfort à partir de 1796. Il prit la fonction de commandant de la place en 1799.
Il sait que la défaite de Leipzig d’octobre présage l’invasion et il s’y prépara en levant des troupes de volontaires car la garnison était inexpérimentée. De plus, la ville a peu de vivres et donc pas de réserve ! Il fut obligé de réquisitionner des denrées alimentaires dans les villages des alentours. Comme prévu, il dut défendre la place car la 1ère division du 5e corps bavarois s’est installée devant Belfort, dès le 24 décembre 1813.
/image%2F0405742%2F20251207%2Fob_2f1000_cpa-belfort-monment-3-sieges-statue-l.jpg)
Carte postale Statue du Commandant Legrand (coll. JM)
Il soutient un siège de 113 jours, ne se rendant avec les honneurs de la guerre que le 12 avril 1814; Napoléon ayant signé son abdication le 6 avril à Fontainebleau !
Il fut nommé maire de Belfort le 17 décembre 1817 et le restera jusqu’à sa mort.
Sa statue fait face à l’ancien bâtiment de la Caisse d’Épargne.
Général Lecourbe (Claude Joseph)
Né le 22 février 1759 à Besançon, il décéda le 20 octobre 1815 à Paris. Il entra comme fusilier, dans le régiment d’Aquitaine en 1777.
/image%2F0405742%2F20251207%2Fob_e55fbf_photo-general-lecourbe.jpg)
Il fut élu en 1791 capitaine du 7e bataillon des volontaires du Jura, il participa à plusieurs batailles et promu général de brigade le 12 juin 1794. Se distingua à la bataille de Fleurus.
Arrivé à Belfort le 1er mai 1815, sous Napoléon, il fut chargé de défendre la région à partir du 27 juin. Il renforça la citadelle par des redoutes (à la Miotte, à la Justice, aux Perches…) et des lignes de défense en amont de la ville.
La garnison forte de 2 500 hommes fut renforcée par les bataillons d’élite de la Garde Nationale du Haut-Rhin, pour atteindre une armée de 9 000 hommes avec le Corps du Jura. Dès le 26 juin 1815, il fut attaqué par les armées du général Comte de Colloredo, composées de 40 000 coalisés principalement autrichiens. Le Général Lecourbe, fin tacticien, tint tête aux envahisseurs et leur provoqua de lourdes pertes. Il réussit même à se faire ravitailler, malgré le siège de la région par les troupes ennemies.
/image%2F0405742%2F20251207%2Fob_1a312c_cpa-belfort-monment-3-sieges-statue-l.jpg)
Carte postale Statue du Général Lecourbe (coll. JM)
Le 11 juillet 1815, il fut informé du retour de Louis XVIII au pouvoir et signa l’armistice dit de Bavilliers. Il tint tête pendant 15 jours, avec une troupe constituée principalement de gardes nationaux à une armée aguerrie cinq fois supérieur ! Les autrichiens laissèrent derrière eux de nombreux villages brûlés ou en ruine. Ils ont perdu environ 17 000 hommes dans la Trouée de Belfort.
Il meurt la même année de maladie.
Sa statue fait face à la Vieille ville.
Le Colonel Denfert-Rochereau
En janvier 1864, il fut nommé commandant en charge des travaux de fortification de Belfort. Le 10 octobre 1870, il prit en charge le commandement de la cité, en tant que gouverneur avec le grade de colonel (à titre provisoire).
Avec 17 300 hommes, il résista dès le 3 novembre et pendant 103 jours, à un siège des armées prussiennes fortes de 25 000 hommes commandées par le Général Von Tresckow, s’appuyant sur plus de 200 canons.
/image%2F0405742%2F20251207%2Fob_96eb80_cpa-belfort-monment-3-sieges-statue-d.jpg)
Carte postale Statue du Colonel Denfert-Rochereau (coll. JM)
Ce fut le 13 février 1971, que la reddition de la place fut consentie, ce qui autorisa la garnison à sortir avec les honneurs de la guerre. Le Colonel Denfert-Rochereau quitta Belfort, le 18 février avec la garnison invaincue, mais réduite à 12 000 hommes.
Sa statue fait face à la Préfecture.
NA : Un lien en fin de texte, permet d’accéder à l’inauguration du Monument, via le Sommaire de ce sujet et à d’autres articles associés.
Épilogue
Comme on a pu le voir la construction de ce Monument des Trois Sièges, sur la place de la République ne fut pas un long fleuve tranquille. Sans la pugnacité de Jeanne-Émilie Bartholdi, l’épouse du sculpteur, peut-être que Belfort ne pourrait s’enorgueillir de posséder deux œuvres du colmarien Auguste Bartholdi !
JM
Lien pour accéder à l’article cité
Monument des Trois Sièges, le Sommaire : Cliquer ici
Références : Journal L’Alsace (Archives Municipales de Belfort), Revue municipale (coll. JM)
Infos pratiques
Vous pouvez laisser des commentaires sur cette présentation via le lien "Commentaires" en fin de l'article après la liste des tags.
En cliquant sur une photo ou un document, vous pouvez l’agrandir.
---o-----o-----o-----o-----o-----o-----o-----o-----o-----o-----o---







