Fontaines au faubourg de France de Belfort, l'iconographie disponible (3e partie)
MAJ le 20 juin 2025
Dans les deux premières parties de l'article, on a pu découvrir l'histoire des deux premières fontaines "rustiques" construites dans le faubourg de France dès 1805, qui furent remplacées en 1838, par deux nouvelles au design plus élaboré, en pierre.
Une était à l'intersection des faubourgs de Lyon et de Paris au sud du faubourg de France, la seconde à l'entrée du côté de la place Corbis (ex. place de la Bascule), au nord-est.
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La statue "La Savoureuse" (photo 1984 dans Horizon, doc. BF)
La troisième partie de l'article s'attache à présenter les documents, gravures et photos, connus montrant les fontaines, du moins la fontaine nord car à ce jour, on ne possède point de visuel sur la fontaine sud ! Bien entendu aussi, une star à sa façon, la statue "La Savoureuse" !
NA : En fin du texte, des liens permettent d’accéder aux deux premières parties de l'article.
Troisième partie
La représentation de la fontaine
On sait qu'un dessin existe représentant la fontaine nord grâce à la plume de Mme D. Guenat, réalisé à partir du descriptif de l'historien Auguste Corret. Il est paru en 1984 dans l'article consacré aux fontaines de la ville, "Jadis, place du Grand Faubourg, trônait la Statue de la Savoureuse" dans le magazine Horizon de la Chambre de commerce.
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Dessin de Mme D. Guenat (Revue Horizon, doc. BF)
Existe-t-il d'autres supports avec la représentation de la statue ?
Un cliché existe !
Il est possible de voir un morceau significatif de la fontaine via un seul cliché, à notre connaissance ! Il fut pris depuis le théâtre municipal, certainement un 14 juillet au vu du pavoisement présent du secteur photographié.
On retrouve ce même cliché sur plusieurs supports avec des appropriations différentes ! Essayons de démêler le vrai du faux…
Planche photogravure
Il existe une planche réalisée via le procédé de photogravure, contenue dans un carnet de plusieurs vues sur la Cité du Lion, de format approximativement A4 et daté de 1896, ce cliché fait apparaître la fontaine sur le côté gauche.
Planche Belfort Faubourg des Ancêtres (coll. privée)
On voit la fontaine à gauche de la vue, cerclée et signalée par la flèche jaune.
J'avoue qu'un agrandissement est nécessaire pour mieux appréhender sa présence.
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Agrandissement de la planche : La fontaine
En rouge, la fontaine avec sa colonne mais honnêtement, on ne voit point la statue qui devait être circonscrite par le pointillé !
Le cliché est attribué au photographe belfortain Jacques Spalinger, domicilié place du Théâtre. Vu sa localisation, il est fort probable que ce cliché fut pris par lui !
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Dos illustré d'une photo avec les coordonnées du photographe
Par définition le cliché fut pris en juillet 1895 (le 14 ?), ou avant.
Carte postale
Ce même cliché fut tiré aussi sous la forme de cartes postales, entre autres, par l'éditeur Trégi de Montpellier.
Carte postale Belfort Faubourg des Ancêtres (coll. JM)
Surprenant de voir un éditeur de Montpellier émettre une carte postale sur Belfort, car pas la connaissance d'autres cartes émises sur la Cité du Lion par celui-ci ! Par contre, forte probabilité que le cliché fut vendu par le photographe Belfortain Jacques Spalinger pour une raison inconnue et qui le restera…
Chromo publicitaire
On retrouve aussi ce cliché sur un chromo publicitaire pour le chocolat Lorrain vendu par Paul Evrard à Nancy; il débuta son activité en cette ville, en 1895 !
Le cliché est attribué à J. Royer de Nancy.
Chromo Chocolat Evrard Belfort Pont de la Savoureuse (coll. privée)
À noter que l'éditeur met en avant "Le Pont de la Savoureuse" qui est lui aussi pas très visible mais tout de même plus que la fontaine qui a totalement disparue suite à un recadrage !
Avec ce seul document, on pourrait penser que le propriétaire du cliché serait J. Royer* qui fut photographe, lithographe et éditeur à Nancy ! Surtout qu'il effectua un reportage photographique en 1897, pour la Compagnie des Chemins de fer de l'Est ?
Elle lui avait passé commande pour la réalisation d'une brochure intitulée "De Paris en Italie par le chemin de fer de l'Est et le Saint-Gothard".
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Brochure De Paris en Italie par le chemin de fer de l'Est… (coll. privée)
*Jules Henri Royer (1845-1900) : Né à Dompaire (Vosges) le 2 novembre 1845, il apprit le métier de lithographe avant de reprendre l'activité de son maître Joseph Louis Vicaire à Nancy, en 1868. A la lithographie, il ajouta la typographie en 1875, puis la phototypie… À la fin du 19e siècle, il employait 250 personnes dans l'entreprise. Il fut un éditeur prolifique de cartes postales, en couvrant tout le territoire national, se chiffrant en millions.
Il décéda le 22 octobre 1900. Son fils Charles poursuivit l'activité.
La probabilité fut que Jules Royer acheta des clichés, lui aussi au photographe Jacques Spalinger, dont celui-ci.
Ce dernier n'étant pas un éditeur de cartes postales, donc point de concurrence.
Un 2e cliché, avec une carte postale avec un soupçon de fontaine…
Pour être plus exact, il existe un deuxième cliché, présent sur une autre carte postale, où on voit un tout petit morceau du bassin de la fontaine nord. Il fut émis par l'éditeur photographe vosgien Adolph Weick (1861-1915).
Carte postale Belfort Faubourg de France (coll. BF)
Là aussi, un agrandissement est plus que nécessaire pour imaginer d'être en présence du bassin de la fontaine !
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Extrait de la carte postale : Morceau du bassin de la fontaine
Sans avoir la connaissance de la présence de cette fontaine en ce lieu, il est presque impossible d'imaginer que ce "bloc" soit un morceau du bassin !
Autour de la fontaine étaient disposées des bornes, pour la protéger des véhicules hippomobiles ?
Donc comme on peut le voir, la fontaine ne fut pas un des objectifs des photographes pour l'édition de clichés d'équipements de la Cité du Lion.
Les gravures, mémoire du temps
Un autre moyen de pouvoir apercevoir la fontaine est via les gravures présentes dans la presse, réalisées lors d'événements survenus dans la Cité du Lion.
Gravure de mars 1887
Une première gravure ci-dessous représentant les Funérailles des artilleurs du 9e bataillon de forteresse mort lors de l'explosion du 10 mars 1887 à l'Arsenal. Elle est parue dans le Journal Illustré du 27 mars.
La fontaine fut représentée mais… sans sa statue !
Gravure Belfort Funérailles des artilleurs en 1887 (coll. privée)
La gravure mémorisant l'évènement, fut réalisée par le mulhousien Henri Meyer (1841-1899) à partir d'un croquis de G. Julien présent lors de la cérémonie.
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Extrait de la gravure : La fontaine sans statue
On peut supposer que le titulaire du croquis n'avait pas représenté, avec fidélité, la statue de la fontaine…
Gravure de 1871-1873
Il existe une seconde gravure un peu plus ancienne, datée entre 1871 et 1873, au regard de la présence des prussiens occupant Belfort après le Siège.
Là, on voit plus… la statue "La Savoureuse" que la fontaine ! Un véritable scoop !
Gravure Belfort Occupation prussienne en 1871-73 (coll. AD90)
Cette gravure est signée par JC Heubner.
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Extrait de la gravure : La statue de la fontaine
Même si sa représentation n'est pas très ressemblante avec ses bras croisés au lieu de tenir "une urne en forme de cruche", elle a au moins le mérite d'apporter la preuve de son existence en cette période difficile pour les belfortains, car sous le joug prussien entre le 18 février 1871, jour de leur entrée par la porte de Brisach et le 3 août 1873, jour de leur départ par la même porte !
C'est le document le plus précis sur la représentation de la fontaine sud, du moins avec la représentation de la statue "La Savoureuse".
La statue, aujourd'hui !
Près de deux cents plus tard, la statue… existe toujours. J'ai pu rencontrer "La Savoureuse" sauvé de la destruction par Georges Guldemann !
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La statue "La Savoureuse" dans son jardinet (photo JM)
Malgré son âge, elle est restée stoïque au regard de sa vie chahutée car tombée de son piédestal, sauvée d'une mort certaine, reconstituée puis protégée de la folie des hommes et à nouveau debout, elle se porte encore bien dans son cocon offert par la fille de son sauveur, Marie Gaudot !
Sont toujours présentes les stigmates de sa chute lors de la destruction de la fontaine en 1895.
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La statue "La Savoureuse" avec ses blessures (photo JM)
N'oublions pas qu'elle fut décapitée… après la Révolution, sans en être une martyre. Les traces (en rouge) les plus importantes de sa chute, hormis son cou, sont bien visibles, au niveau de la ceinture, manque plusieurs morceaux et en partie inférieure.
Depuis cent ans, elle vit, debout, tranquillement sa vie dans une cour intérieure au milieu d'un petit jardinet… à quelques encablures de sa position d'origine.
Pour lui rendre, un petit hommage, quoi de mieux, un poème !
Ô regard immobile ! Ô masque froid et lisse
Sous un marbre de chair, idéal endormi.
<<Que guettes-tu ?>> Dis-le, quand le jour a blêmi.
Le baiser du soleil à l'ombre qui se glisse ?
Ô tristes vanités des splendeurs. Ô délice !
Peut-on vaincre le temps ? A jamais l'ennemi.
Tout passe. Et quand la vie en un souffle a frémi,
Tu demeures beauté sans que rien ne faiblisse !
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Tu parles aux buissons, aux bosquets attentifs,
Des jours trop tôt enfuis et des songes plaintifs
Que font les grands jets d'eau bercés dans la lumière.
Et sous ton doux sourire, étrange déité,
Lorsque le soir descend, dans un sanglot de pierre,
Silencieusement, tu dis : << Eternité ! >>
La statue par The Dreamer - 2014
Fin de l'article
NA : En fin du texte, des liens permettent d’accéder aux deux premières parties de l'article.
Épilogue
La connaissance de l'existence de cette fontaine avec sa statue dans le faubourg de France m'étant relativement récente, il m'a semblé intéressant de faire partager son histoire. En attaquant cet article, je ne savais pas que j'allais retrouver "La Savoureuse" du sculpteur dellois Jean-Baptiste Glorieux, dans un écrin à l'abri des destructeurs depuis plus d'un siècle.
Ne mériterait-elle pas d'être restaurée et exposée dans un lieu du type square comme celui du Souvenir ?
Comme quoi, les collectionneurs ont un mérite, ils ne sont pas que des passéistes. Ils sont un peu les gardiens du passé en conservant les objets qui racontent l'histoire, notre histoire, dans un monde où le consumérisme est la loi du marché !
JM
Lien pour accéder aux articles cités
Les fontaines du faubourg de France (1ère partie) : Cliquer ici
Les fontaines du faubourg de France (2e partie) : Cliquer ici
Références : Livre Histoire pittoresque & anecdotique sur Belfort & ses environs par Auguste Corret (coll. BF), Livre Mon Vieux Belfort par Henry Bardy, Articles de la revue Horizon de la Chambre de commerce et la revue municipale de Belfort, Gravure 1871-1873 (Archives départementales du 90, AD90)
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