Album carte-lettre militaire du 35e Régiment d'infanterie à Belfort !
MAJ le 24 mars 2024
J'ai découvert récemment un document assez insolite, du moins pour moi, à la limite de la carte postale, un "Album carte-lettre militaire" complet consacré au 35e Régiment d'infanterie installé à Belfort, à la caserne Friederichs, du moins hier car aujourd'hui, il occupe à la caserne Maud'Huy (nom d'un ancien commandant du régiment).
Album carte-lettre militaire du 35e Régiment d'infanterie, le recto
(coll. JM)
Cet album carte-lettre se présente sous la forme d'un "livret" contenant un dépliant à l'intérieur, constitué de plusieurs gravures.
Le 35e Régiment d'infanterie
Sa filiation remonte à l'année 1604 où il fut créé sous le nom du Régiment de Némond, nom d'un gentilhomme lorrain, N. de Savigny de Némond qui avait levé cette armée.
Son appellation évoluera au cours des siècles en portant le nom des propriétaires successifs puis devint le Régiment d'Anjou en 1671, ensuite Régiment d'Aquitaine en 1753.
/image%2F0405742%2F20240324%2Fob_8b2774_belfort-cpa-caserne-friederichs-0-drap.jpg)
Carte postale Le drapeau du 35e Régiment d'infanterie (coll. JM)
Il faut attendre 1791, pour voir son appellation s'approcher de son titre final, 35e Régiment d'infanterie de Ligne.
En 1871, il prend son nom futur, 35e Régiment d'infanterie; mais son titre va encore évoluer encore au cours des années jusqu'en 1975, où il retrouva son titre actuel.
Il est caserné à Belfort depuis le 5 août 1873, après le départ des allemands suite au Siège de 1870-1871.
Donc cette année, on va fêter le 150e anniversaire de sa présence continue dans la future Cité du Lion.
Présentation du document
Cet album carte-lettre sous la forme d'un mini album ou livret, au format d'une double carte postale moderne (15 x 10 centimètres), est composé
- d'une "couverture" avec deux visuels différents à l'extérieur
- un dépliant contenant huit gravures
La couverture
Comme pour un livre (ou carnet), sa couverture est composé de 4 pages solidaires par le centre
- la première de couverture ou le devant, présente le visuel de la caserne Friederichs à Belfort où était stationné le 35e Régiment d'infanterie
Album carte-lettre militaire 1ère de couverture (coll. JM)
En partie inférieure, un champ est destiné pour l'expéditeur afin d'inscrire les coordonnées du destinataire.
Extrait de la 1ère de couverture :
Le champ destiné à l'adresse du destinataire
Sur les faces des deux visuels, est présent comme un tracé pour découper la carte-lettre !
À l'origine, les trois marges des deux parties de la couverture étaient pré-collées; il suffisait à l'expéditeur de les humecter pour les coller et fermer la carte-lettre. Le destinataire découpait suivant le pointiller pour accéder au contenu de la missive.
- la deuxième de couverture est vierge de visuel, elle est utilisée pour fixer le dépliant et était réservée pour recevoir le texte de l'expéditeur.
Album carte-lettre militaire 2e de couverture, pour écrire (coll. JM)
À droite, en partie supérieure est le champ destiné à écrire la date.
Extrait de la 2e de couverture : Le champ prédéfini
On y trouve imprimé aussi le fabriquant du document et son adresse
"<< Carte-Lettre >> Touriste et Militaire,
18, Rue Eugène-Gibez – Paris"
Extrait de la 2e de couverture : Le fabriquant et son adresse
En troisième de couverture est inscrit l'historique du 35e Régiment d'infanterie de sa création en 1604 jusqu'à sa présence au Siège de Belfort
Album carte-lettre militaire 3e de couverture, historique (coll. JM)
En quatrième de couverture est présent un visuel représentant un peloton encadrant le porteur du drapeau du régiment, dans l'enceinte de la caserne
/image%2F0405742%2F20240324%2Fob_d4cb00_album-carte-lettre-belfort-35e-ri-p4a.jpg)
Album carte-lettre militaire 4e de couverture, le drapeau (coll. JM)
Le dépliant
À l'intérieur de cet album carte-lettre y figurent huit gravures retraçant les faits d'armes principaux du régiment de 1669 (Candie) à 1855 (Sébastopol).
Gravure n°1 & 2 : Candie (Crête), 1669
Les deux premières gravures présentent des plans de la ville de Candie, aujourd'hui Héraklion, ville grecque située au nord de l'île de la Crête.
Cette ville fut une visée de l'Empire Ottoman qui tenta d'en prendre le contrôle à partir de 1648, en lui imposant un Siège qui aboutit à la prise de la place forte, le 27 septembre 1669.
La gravure n°1 du dépliant : Plan de la ville de Candie au 17e siècle
Elle était une des quatre dernières places fortes de la Crète résistant aux Ottomans. Ils avaient débarqué sur l'île en 1570, s'installèrent et prirent son contrôle entre 1645 et 1648, hormis les villes de Gramvoussa, Spinalonga, Souda et donc Candie.
La gravure n°2 du dépliant : Plan de la ville de Candie au 17e siècle
En 1669, Louis XIV voulant plaire politiquement au Vatican, envoya une expédition de 6000 soldats et 42 navires en deux temps pour désenclaver la ville. La première vague formée de la moitié du corps expéditionnaire, débarqua le 16 juin et bouscula les turcs surpris. Mais un incident, l'explosion d'un dépôt de poudre conquis, va retourner la situation. Cette première attaque fut un échec avec près de 800 soldats tués.
Carte postale Peinture du Siège de Candie (coll. privée)
Dans cette première vague, figurait le Régiment du Comte de Rauzan (certainement le sieur Jacques Henri du Dufort, 1622-1704), ancêtre du 35e Régiment d'infanterie. Il subit de très lourdes pertes dont son commandant.
NA : Il y avait aussi le Régiment du Limousin qui deviendra le 42e Régiment d'infanterie, le 1er janvier 1791, l'autre régiment belfortain (1684-1991).
Siège de Candie par les Turcs, peinture de Jan Peeters (doc. Wikipédia)
La seconde offensive débuta le 25 juillet qui fut elle aussi, un échec, malgré l'intense bombardement de la flotte française. Elle quitta les lieux le 21 août, en ayant concédé des pertes significatives et sans avoir repris la ville.
Gravure n°3 : Toulon (France), 1793
La troisième gravure a pour légende "Introduction des Anglais dans le port de Toulon"; elle fut réalisée par François Feraud à partir d'une toile peinte par son père, André Feraud.
La gravure n°3 du dépliant : Le port de Toulon
Elle illustre le Siège de Toulon et l'accès à la ville aux anglais, le 28 août 1793. Les royalistes, s'opposant à la Première République Française créée le 22 septembre, s'emparèrent de la ville et la livrèrent aux flottes Britanniques et Espagnoles.
Image Bonaparte au Siège de Toulon (coll. privée)
Le 35e Régiment d'infanterie de Ligue, son appellation à partir du 18 août 1790, suite à la réforme de Choiseul affectant un numéro aux régiments, sous les ordres du colonel Louis Jacques Ruelle de Santerre (1739-1802), participa au Siège de Toulon pour reprendre la ville et fut très impliqué dans la libération de la ville, actée le 19 décembre.
4e gravure : Ulm (Allemagne), 1805
Pour cette quatrième gravure, on est dans l'apogée de l'Empire plus précisément en octobre 1805, lors de bataille d'Ulm !
La gravure n°4 du dépliant : Capitulation d'Ulm
Fin stratège, Napoléon va remporter une grande victoire sur l'armée Autrichienne commandée par le général Karl Mack, poussée et prise au piège dans la ville allemande.
/image%2F0405742%2F20240324%2Fob_412843_gravure-napoleon-a-ulm-r.jpg)
Gravure L'Armée autrichienne se rendant à Ulm (coll. privée)
Le 35e Régiment d'infanterie de Ligne, sa nouvelle appellation depuis 1801, sous les ordres du colonel Joseph Breissand (1770-1813), au sein de la division Boudet du 2e Corps, commandée par le Maréchal Marmont, va bloquer la fuite des autrichiens pris dans la nasse napoléonienne.
5e gravure : Wagram (Autriche), 1809
Le dépliant avec sa cinquième gravure poursuit la présentation des lieux où le régiment intervint lors des guerres napoléoniennes, avec la Bataille de Wagram des 5 et 6 juillet 1809.
La gravure n°5 du dépliant : La bataille de Wagram
Les armées impériales autrichiennes après leur défaite à Ulm voulaient prendre une revanche. Elles envahirent le nord de l'Italie et la Bavière, en avril 1809, obtenant des succès face à des troupes dispersées. Mais les Armées napoléoniennes revigorées par le retour du Petit Caporal et de la Garde Impériales, vont retourner la situation et refouler les autrichiens. Napoléon profita du repli de ses adversaires pour poursuivre son avancée, prenant Vienne et livrant bataille à Wagram où il défit à nouveau l'armée autrichienne.
Carte postale Napoléon à Wagram, peinture d'Horace Vernet
(coll. privée)
Lors de cette confrontation, le 35e Régiment d'infantrie de Ligne, toujours sous le commandement du colonel Joseph Breissand (1770-1813), joua un rôle important avant la bataille finale, en participant à la prise d'une position fortifiée qui empêchait la progression des armées.
En récompense de son comportement et de ses faits d'armes, le Régiment voit l'inscription "Wagram" portée sur son drapeau.
6e gravure : Moskova (à Borodino, Russie), 1812
Toujours lors de l'épopée napoléonienne avec la sixième gravure, celle de la Bataille de Moskova, du 7 septembre 1812.
La gravure n°6 du dépliant : La bataille de la Moskova
Fort de ses victoires, la Prusse et l'Autriche étant vaincues, Napoléon voulut poursuivre à l'est de l'Europe pour défaire aussi la Russie. En 1812, il revint à l'Armée d'Italie, formée de 700000 hommes, de marcher à destination de cette nation. Si elle remporta des victoires en Pologne, elle perdit beaucoup de forces car les russes appliquèrent la politique de la terre brûlée. La bataille finale eut lieu sur les bords de la Moskova, à 120 kilomètres de Moscou. La victoire fut française mais avec de très importantes pertes humaines, plus de 30000 hommes dont 43 généraux.
Image La bataille de Moskova, peinture de XXX (coll. privée)
Le 35e Régiment d'infanterie de Ligne, commandé par le colonel Jean-Baptiste Penant, (1767-1812), participa avec bravoure à cette bataille dont la prise de la "Grande redoute" construite par les russes, où étaient placées des pièces d'artillerie et une nombreuse infanterie.
Après Wagram, le Régiment voit l'inscription "Moskova" portée sur son drapeau, pour ses nouveaux faits d'armes.
7e gravure : Alger (Algérie), 1830
Avec la septième gravure, on quitte Napoléon pour la Restauration, avec la Prise d'Alger, le 5 juillet 1830. Charles X est au pouvoir depuis son couronnement du 29 mai 1825.
La gravure n°7 du dépliant : Bombardement et prise d'Alger
Plusieurs évènements vont être à la source du conflit avec le Dey Hussein, parachevé par un conflit commercial et la rupture des relations diplomatiques; la France imposant dans un premier temps, le blocus maritime du port d'Alger à partir de juin 1827.
Dans un second temps, la France décida l'envoi d'un corps expéditionnaire, pour contraindre le Dey d'Alger à capituler. Possédant un plan de débarquement dressant les défenses depuis 1808, il eut lieu le 14 juin 1830. Après quelques batailles, le Dey Hussein dut signer sa reddition, le 5 juillet.
À cette date, débuta la conquête de l'Algérie par la France.
Image La prise d'Alger (coll. privée)
Participant à cette expédition, le 35e Régiment d'infanterie de Ligne est sous le commandement du Colonel Joseph Marcelin Rullière (1787-1863); il fut engagé à plusieurs reprises lors des batailles contre les turcs et bédouins, puis lors du siège d'Alger.
Suite à la brillante conduite du Régiment, son drapeau reçut une troisième inscription, "Alger 1930".
La date du 14 juin deviendra le Jour de la Fête du 35e Régiment d'infanterie.
8e gravure : Sébastopol (Crimée, Russie), 1855
Le dépliant se termine avec cette huitième gravure concernant le Siège de Sébastopol qui s'est déroulé du 9 octobre 1854 au 11 septembre 1855, pendant la guerre de Crimée (1854-1856).
La gravure n°8 du dépliant : Le Siège de Sébastopol
À cette période, la Russie avait des visées sur l'Empire Ottoman en déclin; une coalition se forma avec l'Empire français, le Royaume-Uni et le royaume de Sardaigne pour contrer l'expansionnisme russe. Le conflit se déroula principalement en Crimée prise aux turcs en 1783, autour de la base navale de Sébastopol sur la mer Noire.
La coalition installa un blocus à partir de septembre 1854 mais la marine impériale russe put s'échapper avant d'être encerclé. Après de longs mois de batailles, Sébastopol dut se rendre le 11 septembre.
Image Le Siège de Sébastopol (coll. privée)
Le 35e Régiment d'infanterie de Ligne, sous le commandement du colonel Charles Léon Dumont (1806-1889), ne participa pas à l'expédition d'avril 1854, mais seulement à partir du 25 août 1855. Il va subir des pertes importantes, plus de 500 hommes frappés principalement par… le scorbut et le typhus, pendant la période suivant la fin du Siège, étant en charge de garder la place.
Toutefois, le Régiment obtint une 4e inscription à son drapeau, celle de "Sébastopol 1855".
/image%2F0405742%2F20240324%2Fob_59e2d2_belfort-cpa-caserne-friederichs-0-drap.jpg)
Extrait carte postale Drapeau du 35e RI (réal. JM)
Existe-t-il une autre carte-lettre couvrant la suite de l'histoire du 35e Régiment d'infanterie ?
Épilogue
Un article un peu particulier, avec en filigrane pour la présentation de cet album carte lettre, une partie historique du 35e Régiment d'infanterie de 1669 à 1855.
Il en existe d'autres mais c'est la première fois que j'en découvre un complet ! On trouve souvent une demie-partie de la "couverture", voire la "couverture" en entier mais fragilisée au pli…
JM
Références internet : Livre Tous gaillards… 35e Régiment d'infanterie 1604-2000 (doc. Bibliothèque Deubel Belfort), Wikipédia
Infos pratiques
Vous pouvez laisser des commentaires sur cette présentation via le lien "Commentaires" en fin de l'article après la liste des tags.
En cliquant sur une photo ou un document, vous pouvez l’agrandir.
---o-----o-----o-----o-----o-----o-----o-----o-----o-----o---





















