Dans le cadre de notre 37ème Salon Toutes Collections, les Cartophiles & Collectionneurs du Territoire de Belfort ont proposé une exposition sur le Centenaire de la Première Guerre Mondiale et mis à l’honneur trois militaires ayant accompli un fait historique au cours de ce conflit.

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Découvrons l’un d’eux, le Caporal Jules-André Peugeot

Jules-André est né le 11 juin 1893 dans une famille modeste habitant le 8 rue Dampierre du village d’Etupes, commune du Doubs. Il est le fils de Jules-Albert Peugeot employé chez la société Japy à Beaucourt et Francine, née Péchin, institutrice dans le village. Il est le premier enfant de la famille;  il sera rejoint par sa sœur Alice née en 1895 puis par son petit frère Pierre en 1898.

CPA Etupes Rue de l'école

Carte postale du village d’Etupes

Après avoir obtenu son certificat d’étude à Audincourt, il entra à l’école normale de Besançon pour préparer son diplôme d’instituteur, suivant en cela, les traces de sa mère… Il obtint son sésame en 1912 et son premier poste dans le Haut-Doubs à Villers-le-Lac au lieu-dit ‘’Le Pisseux’’ proche de la frontière suisse; la commune se situant entre Le Russey et Morteau.

1913, l’armée

Appelé sous les drapeaux le 26 novembre 1913 pour trois ans, il fut incorporé au 44ème régiment d’Infanterie à Montbéliard et affecté en poste au Fort du Lomont.

Joncherey Caporal Peugeot 1914

 

 

 

Après avoir obtenu son grade de caporal le 1er avril 1914, il put suivre les cours de formation destinés à préparer le concours au grade d'officier de réserve.





 

En juillet, son régiment fut chargé de sécuriser la frontière franco-allemande, plus particulièrement entre le Territoire de Belfort et l’Alsace à la limite de la Suisse, à l’est de Delle.

L’assassinat le 28 juin 1914 de l’archiduc d’Autriche François-Ferdinand par le nationaliste serbe Gavrilo Princip fut l’étincelle qui provoqua l’accélération des tensions entre plusieurs puissances européennes réunies sous forme d’alliance.

Dessin Assassinat de François-Ferdinand archiduc d'Autriche

Assassinat de François-Ferdinand et de son épouse (Dessin Le Petit Journal)

Le nationalisme et l’impérialisme étaient les terreaux exacerbés de cette volonté d’en découdre ! D’un côté la Triple Alliance constituée de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie, et de l’autre côté la Triple-Entente constituée de la France, du Royaume-Unis et de la Russie. L’Autriche déclara la guerre à la Serbie (nation amie de la Russie) le 28 juillet, puis se fut l’Allemagne à la Russie le 1er août… le conflit larvé était devenu la Première Guerre Mondiale !.

Pour apaiser la tension avec l’Allemagne, le Président de la République Raymond Poincaré décida le 30 juillet de repositionner les troupes françaises à 10 kilomètres de la frontière. Le régiment du caporal Peugeot dut se replier sur Delle et Grandvillars.

2 août 1914

Lui-même avec une escouade de quatre soldats de la 6ème compagnie du 2ème bataillon, sous ses ordres, dut prendre position dans le village de Joncherey pour surveiller la route de Faverois. Il fit route le 1er août et arriva à la ferme de la famille Docourt, située à la sortie sud-est de la commune, vers les 8 heures le lendemain.

L’escouade fit la connaissance des propriétaires M. et Mme Louis Docourt, de leurs deux fils Ernest âgé de 20 ans et Casimir 19 ans, de leur fille Mme Adrienne Nicolet et de leur petite-fille Fernande du haut de ses 2 ans et demi.

CPA Joncherey Famille Docourt

Carte postale de la famille Docourt

Une sentinelle, en la personne du soldat Joseph Eugène Devaux, fut postée une quarantaine de mètres en avant pour sécuriser le poste. Une heure plus tard, ce fut le soldat Pierre Célestin Cointet qui assure la relève. Pendant ce temps le Caporal écrivait deux lettres dont une destinée à ses parents; elles furent prises par le facteur Joseph Maître qui effectuait sa tournée, les deux autres soldats Armand Monnin et Léon Paul Simon de Belfort papotaient en attendant l’heure de la soupe prévue à 10 heures.

Vers 10 heures, la sentinelle et la fille de la ferme, Madame Nicolet, donnent l’alerte en voyant approcher un groupe de cavaliers allemands. A sa tête, le sous-lieutenant Camille Mayer (1), commandant de la patrouille du 5ème chasseur de Mulhouse, tente de sabrer la sentinelle Pierre CélestinCointet et fonce sur la ferme. Le Caporal Peugeot sort de la cour, braque son fusil Lebel et intime à l’officier allemand de s’arrêter mais celui-ci pour toute réponse lui tire dessus à trois reprises avec son révolver et le blesse grièvement à l’épaule. Mais le caporal a eu le temps d’ajuster avec son arme le cavalier, le blessant au ventre, celui-ci fait demi-tour et s’effondre de son cheval quelques mètres plus loin atteint d’une seconde balle à la tête par l’un des fantassins sortis de la ferme. Le caporal retourne vers la ferme et s’affaisse en rendant l’âme.

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Carte postale du lieu où fut tué le Caporal Peugeot

En cette matinée du 2 août 1914, le premier soldat français, le Caporal Peugeot est tué avant même que la déclaration de la guerre de l’Allemagne à la France n’est lieu, elle ne sera effective que le lendemain ! Du côté allemand, le lieutenant Camille Mayer fut lui aussi le premier militaire mort pour l’Allemagne.

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Les obsèques du Caporal Peugeot furent célébrées au temple d’Etupes par le pasteur Poivez le 4 août.



 

Monument funéraire de la famille Peugeot à Etupes

 

 



En hommage au caporal, le sieur Docourt réalisa une plaque avec une croix avec la date du 2 août 1914 et l’apposa sur sa maison. Cette plaque est toujours visible.

Il faut attendre le 3 décembre 1915 pour qu’il soit cité à l’ordre du régiment dont voici la citation :

"Peugeot, Jules-André, caporal à la 6e compagnie. Le 2 août 1914, son escouade de garde à l'issue du village de Joncherey, a arrêté et dispersé la première patrouille qui violait le territoire français. A été tué par le lieutenant commandant cette patrouille au moment où il mettait en joue lui-même cet officier et le blessait mortellement".

Médaille Croix de Guerre avec Etoile de bronze

 

 

 

 

La citation fut accompagnée de la Croix de Guerre 1914-1918, étoile de bronze.

 Médaille Militaire

 

 

 

 

 

En 1920, le Président de la République Paul Deschanel lui conféra la médaille militaire à titre posthume.

 

 

1922, premier monument

A Joncherey, un monument de 10 mètres de haut fut érigé en 1922 à la mémoire du Caporal Peugeot, en face de la maison Daucourt. Ce fut grâce aux dons récoltés lors de la souscription due à l’initiative du secrétaire général de la mairie de Montbéliard Julien Mauveaux. Le monument fut réalisée par le statuaire montbéliardais Armand Bloch en pierre dure du Jura dans une forme simple, tel un fût carré élancé posé sur un socle.

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Carte postale du monument à Joncherey

En partie supérieur, un médaillon en marbre blanc, d’environ 85 centimètres de diamètre, représentait le portrait du caporal. En dessous, un haut relief en marbre blanc aussi, représentait l’allégorie de la ‘’Violation du droit le 2 août 1914’’, un génie à la face sereine assailli par une ‘’germania‘’ casquée qui plonge un poignard dans son dos.

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Deux cartes postales du monument d’origine à la mémoire du Caporal Peugeot

Sous la médaille, était inscrite la devise ‘’Pour la liberté et pour le droit’’.

Le monument fut inauguré le 16 juillet 1922 par Raymond Poincaré le Président de la République en présence des autorités civiles et militaires, et d’une foule importante venue de tous les alentours.

CPA Joncherey Inauguration monument Peugeot 16 juil 1922

Carte postale lors de l’inauguration du monument, l’arrivée de Raymond Poincaré

NA : Les cartes postales éditées pour commémorer l’événement sont peu nettes suite aux violentes pluies en ce jour d’été !

CPA Joncherey Inauguration monument Peugeot

 

 

 

Avant de laisser la parole au Président de la République, des discours furent prononcés par le Préfet de Belfort M. Abel Maisonobe, le Maire de Joncherey M. Pierre Charbonnier, le Sénateur de Belfort M. Laurent Thiéry et le député du Doubs M. Adolphe Girod.

 

 

Lors de son discours, le Président Poincaré a souligné :

«A l’école du Pisseux, il avait fait preuve des plus nobles qualités professionnelles. Il avait reçu au foyer de ses parents des leçons quotidiennes de patriotisme et de devoir civique. Comme caporal, il était très aimé de son escouade et, malgré sa jeunesse, il exerçait sur ses subordonnés un réel ascendant»

CPA Joncherey Discourt Poincarré 1922

Carte postale lors de l’inauguration du monument, discours de Raymond Poincaré

A la fin des discours, après que les officiels aient quitté la tribune, un coup de vent un peu plus violent s’y engouffra et la fit s’écrouler !

Par basse vengeance ou par refus d’accepter la vérité inscrite sur le monument, le 17 juillet 1940, les allemands dynamiteront le monument. Dès la Libération, il fut provisoirement réédifié à partir du socle de l'original et surmonté d’une Croix de Lorraine. Pendant la durée de la guerre, une simple croix fut posée à l’emplacement.

1959, second monument

Il fut décidé d’édifier à nouveau un monument pour le Caporal Peugeot et il fut réalisé en grès rose des Vosges par le sculpteur belfortain Eugène Traut. Comme un symbole, il est implanté au carrefour… des rues du Caporal Peugeot et du 44ème Régiment d'Infanterie.

Il fut inauguré par le ministre des anciens combattants, André Triboulet le 20 septembre 1959 en présence des autorités dont le maire de Joncherey, André Charbonnier, ainsi que le frère, la sœur et la belle-sœur du Caporal.

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Les cantonniers effectuent les finitions aux abords du monument avant l'inauguration (Photo Est Républicain)

Du côté des autorités militaires, on pouvait noter la présence du colonel Petitjean, commandant des 44ème et 244ème régiment d’infanterie; trois compagnies du 35ème RI étaient présentes à cette inauguration.

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Carte postale du nouveau monument érigé en 1959

Un fragment de l’effigie du caporal du monument d’origine (1922) est déposé sur le socle du monument aux morts au centre de Joncherey.

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Photos du monument aux morts de Joncherey

NA : Ce jeune caporal Jules-André Peugeot ne fut pas un héros ordinaire, il fut le premier militaire français tué de la Première Guerre Mondiale avant qu’elle ne fut déclarée !

Références : Wikipédia, Site de la commune de Joncherey, Journaux La Frontière et L’Est Républicain, Divers Sites Internet,

JM

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Appendice

(1) Camille Mayer : C’est sous ce nom que les articles citent le lieutenant allemand qui a tué le Caporal Peugeot le 2 août 1914 à Joncherey.

Photo Camille Mayer

 

 

Mais son vrai nom est Albert Otto Walter Mayer, il est né le 24 avril 1892 à Magdebourg.



Ses parents déménagèrent sur Mulhouse. Il s’engage en 1912 au 5ème régiment de chasseurs à cheval (Jäger Regt-zu-Pferd Nr. 5) installé à Mulhouse. Sur ordre, le 2 août 1914, il quitte Seppois-le-Bas à la tête d’un détachement de reconnaissance du 3ème escadron en destination de Joncherey via Courtelevant et Faverois.

Il sera inhumé le 3 août à Joncherey puis sa dépouille sera transférée au cimetière militaire d’Illfurth (près de Mulhouse).

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