A l’occasion du centenaire du monument inauguré le 23 septembre 1917, en hommage à l’aviateur Célestin Adolphe Pégoud mort sur la commune de Petit-Croix le 31 août 1915, je vous propose de revenir sur cet hommage rendu à l’As qui laissa sa vie lors d’un énième combat pour la France.

CPA Aviateur Pégoud R

Carte postale (extrait) Adolphe-Célestin Pégoud (collection JM)

Cette partie bien que partiellement développée en juin 2014, il m’a semblé intéressant de profiter de cet anniversaire pour y revenir… surtout que j’avais omis certains éléments !

Mais une nouvelle fois, je vais être confronté à des parts d’ombre au sujet de ce monument…

A la fin de cet article, un lien permet d’accéder à l’article écrit en juin 2014 sur l’histoire de l’aviateur, né à Montferrand le 13 juin 1889.

1915, premier hommage

La commune de Petit-Croix, située à une quinzaine de kilomètres à l’est de Belfort, fut le lieu où le Nieuport X de Pégoud s’écrasa le 31 août 1915 vers 10 heures, abattu par son adversaire, lors d’un combat fatal au-dessus du secteur de Petit-Croix - Cunelières.

CPA Aviateur Pégoud Combat

Carte postale Les exploits de Pégoud (collection JM)

Dans l’Aviatik blindé allemand, se trouvaient le pilote, le caporal Otto Kandulski accompagné du lieutenant Von Bilitz en tant qu’observateur et mitrailleur. Le déroulement du combat aérien prit une tournure néfaste pour notre aviateur quand le mitrailleur allemand tira une rafale pour permettre à son adjoint de se dégager de l’emprise de l’aviateur français. Une des balles tua net Adolphe Pégoud, entraînant la chute de son avion dans un champ de ce secteur.

Pégoud dans Nieuport X n°101 Photo AD90

Avion Newport X n°210 de l’aviateur (photo P. Jaminet, collection  AD90)

Pour mémoriser le lieu, un carré commémoratif fut dressé à l’emplacement de l’avion écrasé. Protégé d’un entourage rudimentaire à base de branchages, il permit d’y accrocher les couronnes mortuaires.

CPA Petit-Croix Lieu du crash avion Pégoud

Carte postale du mémorial militaire improvisé (collection privée)

Il y fut déposé, un temps, quelques pièces de l’avion. Une plaque commémorative y fut dressée pour informer du pourquoi de ce ‘’carré du souvenir’’ improvisé.

CPA Extrait Plaque Pégoud 1915

Plaque (extrait de la carte postale) en hommage à Pégoud

Sur cette plaque sont portées les informations suivantes :

A LA MEMOIRE
DU Ss LIEUT. AVIATEUR
A. PEGOUD
Tué dans un combat aérien
LE 31 AOUT 1915

Et en bas à droite, en diagonale ESCADRILLE N-49

Cette information donnant la référence de son escadrille, la N49 était implantée à Fontaine.

Vue aérienne Petit-Croix Carré militaire 1915

Vue aérienne 2014 : emplacement du carré du Souvenir en 1915 (annotation BF)

1916, une première stèle

Première information que je n’ai pas donnée lors de mon précédent article, ce fut l’installation d’une petite stèle dans ce ‘’carré du souvenir’’ avant l’implantation du monument définitif. Par contre, peu, voire pas d’information à son sujet, trouvée à ce jour… cette stèle est synonyme de mystère !

 CPA Petit-Croix Petite stèle

Carte postale La petite stèle dans l’ex ‘’carré du Souvenir’’

Cette carte postale est le seul témoignage de sa présence. Le même cliché fut édité avec différents libellés du type Petit-Croix, Montreux-Château, Petit-Croix près de Montreux-Château… comme dirait la poste des armées, le drapeau fait foi !

CPA Petit-Croix Petite stèle R

Carte postale (extrat) de la petite stèle

Sur la stèle, on pouvait y lire cet hommage :

AU  BRAVE  ET  MODESTE
PEGOUD
tombé ici pour son pays
dans un combat aérien
le 31 Août 1915
SOUVENIR  de ses  CAMARADES

Le texte porté sur une autre carte postale identique au cliché suivant, va nous donner toutefois une information intéressante…

Ecrite le 11 mai 1916, par un militaire cantonné à proximité de ce "carré du souvenir", elle décrit ce lieu de commémoration où la stèle n’est pas encore présente. On peut affirmer, avec une probabilité forte proche du fait daté, qu’elle fut implantée après le 11 mai 1916.

On verra un peu plus loin avec le texte sur le monument que cette stèle resta peu de temps, j’avancerai une fourchette de 6 à 8 mois; au plutôt juin 1916 et au plus tard, mars 1917.

CPA Petit-Croix Tombe provisoire Pégoud

 Carte postale avec des militaires devant le carré (collection JM)

Alors une question brûle les lèvres, pourquoi donc cette stèle ?

N’ayant pas d’écrit, on ne peut avancer que des hypothèses. Fut-elle un premier projet qui ne fut pas retenu car il était trop minimaliste ? Ou fut-elle un avant projet du futur monument pour marquer l’événement avant l’implantation du monument définitif ? Ou autre ?

NA : Je suis preneur de toute information étayée pour lever ce mystère !

1917, genèse du futur monument Pégoud

Très rapidement après le drame, dès septembre, malgré la situation militaire en plein conflit de la Première Guerre Mondiale, l’idée vint de construire un mémorial pour honorer la mémoire du défenseur des airs. Elle fut certainement à l’initiative du père adoptif de l’aviateur, Albert Crémot*.

*Albert Crémot : Se reporter à l’article sur Pégoud pour comprendre le pourquoi de cette appellation ‘’père adoptif’’.

Il effectua de nombreuses démarches auprès des commerçants, des industriels dont la SCAM, de M. François-Xavier Niessen secrétaire général fondateur du Souvenir Français*, pour solliciter des fonds afin de concrétiser cet objectif.

*Le Souvenir Français : Association fondée en 1887, en charge de garder  le souvenir des soldats morts pour la France, d'assurer l'entretien de tombes et de monuments commémoratifs, et de transmettre le flambeau du souvenir aux générations successives. Présent dans chaque département, son action s’étend aussi à une quarantaine d’autres pays.

Logo Souvenir Français

Logo actuel du Souvenir Français

Il est écrit dans le journal L’Alsace du 30 septembre 1917, à la demande d’Albert Crémot, dans un souci de rétablir les faits, qui a fait quoi :

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‘’ Le monument a été conçu par le capitaine Couret, commandant du Parc d’aviation n°9, en septembre 1916. Il a été exécuté sous sa direction par le personnel du parc, sous la surveillance de l’adjudant Faidit et du sergent Bisch, qui ont eu comme collaborateur M. Didier, conservateur du cimetière de Brasse*.

Cimetière de Brasse : Situé à Belfort, il fut le lieu où fut enterré Pégoud le 4 septembre puis exhumé le 20 octobre pour être transféré à Paris pour être enseveli au cimetière Montparnasse le 23 octobre après des obsèques à Notre-Dame.

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Carte postale Tombe de Pégoud couverte de couronnes (collection JM)

Avec l’aide d’un spécialiste de l’aéronautique militaire, j’ai retrouvé les fiches des deux premiers militaires, celles du capitaine Octave Couret et de l’adjudant Emile Faidit qui étaient affectés au Parc n°9. Celui-ci était implanté au Champ de Mars, dans la ville de Belfort.

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Vignette Delandre Les Parcs d’Aviation de Belfort (collection BF)

NA : Par contre, je n’ai pas trouvé le sergent Bisch (ou Bitsch), est-ce le bon nom ?

La suite de la mise au point nous indique le rôle d’un autre intervenant…

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‘’On doit au pilote aviateur Freissinet* tous les attributs et le médaillon du grand aviateur. On lui doit aussi d’avoir veillé à l’organisation de la cérémonie de dimanche qui est due au capitaine de Lestrave qui dirige le parc d’aviation numéro 9. Ce dernier s’était occupé de l’aménagement de l’entourage du monument.‘’

*Freissinet : En réalité Jean-Claude Fressinet (sans i et sans y), né à Saint-Etienne le 29 juin 1887, dessinateur, effectua son service national du 8 octobre 1908 au 25 septembre 1910, au 38e Régiment d’Infanterie à Lyon. Mobilisé le 1er août 1914, il rejoint le 6e Régiment Colonial à Lyon, puis est versé à Bron dans le 2e Groupe d’aviation le 6 février 1915 et au 1er Groupe le 17 février. Nommé caporal le 3 juin 1917, sergent le 1er octobre 1918, il fut démobilisé le 17 juillet 1919. Pendant cette période, il fut affecté au Parc n°9 lui aussi !

Revenu dans la vie civile, en 1920, fort d’un prix de Lauréat de l'Ecole Nationale des Beaux Arts de Lyon, il fonda un atelier de création et se spécialisa dans les travaux d'architecture et de décoration. Le début d’une grande aventure pour ce créateur…

A partir de ces faits décrits, on pourrait penser que la conception du monument n’est pas de Fressinet mais comment aurait-il pu définir les dimensions des plaques qui furent apposée sur ces faces ? N’y a–t-il pas eu un projet commun inspiré avec le capitaine ? Son passage par le Parc n°9 ne fut-il pas à cette occasion que fut conçu le monument ?

Je pencherai sur cette hypothèse sans en apporter à ce jour un minimum de preuve…

Il est écrit toujours dans le journal L’Alsace, l’édition du 27 septembre, que le monument fut présenté lors au Salon des Armées qui s’était déroulé à Paris, au Jardin des Tuileries du 22 décembre 1916 au 22 février 1917 ! Ce salon était réservé aux artistes du front, au profit des œuvres de guerre. Le monument était parfaitement dans le thème.

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Affiche du Salon des Armées

Le monument aurait été primé hors concours...

NA : Mes recherches sur l’existence d’un catalogue du Salon n’ont pas aboutit mais la probabilité existe qu’un tel document fut édité au regard de l’évènement et de la présence de la Belgique comme invité.

Le monument qui fut réalisé par les militaires du Parc n°9, a la forme d’un obélisque de forme quadrangulaire en pierre blanche fournie par le Souvenir Français.

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Carte postale du monument

Il comporte cinq motifs en bronze, quatre plaques informatives et un médaillon présentant l’aviateur.

1917, le monument Pégoud

Une autre part d’ombre pour ce monument, c’est la date de son installation sur le lieu de chute de l’avion à Petit-Croix !

La seule information, est issue du journal L’Alsace du 14 avril 1917

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Elle nous informe qu’à cette date, le monument était implanté et prêt à être inauguré. Une ‘’bâche solidement ficelée sur le pourtour’’ le protégeait et ne permettait pas d’en voir sa configuration.

On peut envisager qu’il fut installé vers fin mars après que la période froide était terminée… De plus s’il était présent à Paris pour le Salon des Armées, il ne fut libéré qu’après le 22 février !

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Carte postale du monument… non bâché

NA : Il y a eu certainement des photos prises dans cette configuration…

L’aménagement du monument aurait été effectué sous les ordres du nouveau commandant du Parc n°9, le commandant De Lestrade*. Le capitaine Octave Couret avait quitté le Parc n°9 à cette date.

*Lestrade (de) : Il pourrait s’agir de Jacques de Lestrade né le 8 octobre 1886 à La Rochelle. Par contre, je n’ai pas retrouvé sa fiche d’état civil pour confirmer ces informations !

Revenons à la stèle, quid ? Qu’est-elle devenue ? Il est écrit dans un article sur la toile qu’elle a été utilisée pour la partie supérieure du monument, en tant que pyramidion !

Peut-on partager cette hypothèse ? Possible car le monument est constitué de trois parties distinctes ! Une photo (voir ci-dessous) dans le livret édité en 1982, montre la partie supérieure (le pyramidion) en cours de démontage pour le rénover avant son déplacement en 1982.

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Démontage du monument (photo du livret Hommage à Pégoud en 1982)

Cette hypothèse demande que ce pyramidion fût conçu dès l’origine pour permettre son emboîtement futur…

Par contre, l’hypothèse est battue en brèche si le monument fut exposé à Paris, il n’a pu être privé de sa partie supérieure ! Donc cette hypothèse annule la précédente… le problème reste malheureusement entier pour moi !

L’obélisque fut installé sur un socle d’environ cinq mètre-carrés, aussi en pierre blanche, qui a été réalisé par les militaires du Parc certainement avec les conseils précieux du conservateur du cimetière de Brasse, M. Didier.

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Carte postale du monument, cliché certainement de 1917

Aux quatre coins, sont dressés des plots ouvragés portant un boulet de canon et entre chaque, un autre moins haut surmonté lui aussi d’un boulet mais de diamètre plus conséquent. Une chaine relie les 8 plots.

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Carte postale (extrait) Les plots surmontés des boulets entourant le monument

Les quatre faces du monument supportent une plaque informative ainsi qu’un médaillon représentant Adolphe Pégoud, signé Fressinet. Ces éléments en bronze ont été fondus par la SACM (Société Alsacienne de Construction Mécanique).

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Carte postale du monument

La face principale du monument est tournée vers l’est comme pour signifier à l’Allemagne que Pégoud est mort en défendant le sol français, plus précisément les airs français !

Sur cette face est apposé un médaillon représentant l’aviateur de profil avec son casque. Il a été réalisé par Jean Fressinet, sa signature l’atteste.

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Le médaillon en l’honneur de l’aviateur (photo BF)

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La signature J. Fressinet sur le médaillon (photo BF)

En-dessous, un bas relief avec des ailes en partie supérieur porte le texte suivant :

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AU BRAVE ET MODESTE
PÉGOUD
TOMBÉ ICI POUR LA PATRIE DANS UN COMBAT
AÉRIEN LE 31 AOUT 1915

Sur la face nord du monument, une autre plaque rappelle la carrière de l’aviateur et ses récompenses :

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 ADOLPHE  PÉGOUD
NÉ LE 13 JUIN 1889
SES PROUESSES AÉRIENNES
A TRAVERS LE MONDE ENTIER
LUI MÉRITÈRENT LE SURNOM DE
‘’ROI  DE  L’AIR’’

-------o-------

SOLDAT AVIATEUR LE 2 AOUT 1914
SOUS-LIEUTENANT LE 15 JUILLET 1915
CHEVALIER DE LA LÉGION D’HONNEUR
MÉDAILLÉ MILITAIRE
CITÉ 5 FOIS A L’ORDRE DU JOUR DE L’ARMÉE
MORT LE 31 AOUT 1915

Sur la face ouest, une plaque mémorise qui furent les intervenants pour ce monument :

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CE MONUMENT
A ÉTÉ ÉLEVÉ EN 1916
PAR LES CAMARADES DE
PÉGOUD
AVEC LE CONCOURS
DU ‘’SOUVENIR FRANÇAIS’’
ET DE QUELQUES
INDUSTRIELS DE LA
REGION DE BELFORT

A la lecture de la plaque des remerciements, le nom de Jean Fressinet n’apparaît pas ! On peut être tenté d’avancer qu’il n’a pas participé à la conception du monument… mais aussi qu’il n’a pas voulu porter son nom quand il a réalisé les plaques pour le fondeur… son nom apparaissant sur le médaillon.

La dernière face du monument, le côté sud porte une plaque comportant une partie du discours prononcé à Belfort lors de l’enterrement de l’aviateur le 3 septembre 1915 par le Général Demange, gouverneur de la ville et  commandant de la RFB (Région Fortifiée de Belfort) :

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<< LES HÉROS QUE PRODUIT
DANS LES CIRCONSTANCES
PRÉSENTES NOTRE BELLE
TERRE DE FRANCE SONT
INNOMBRABLES, PARMI EUX
CELUI QUE NOUS
ACCOMPAGNONS AUJOURD’HUI
AU CHAMP DU REPOS FUT LE
HÉROS DES HÉROS,
LE HÉROS SUBLIME, COMME
LE CIEL QUI ÉTAIT ET
DEMEURE SON DOMAINE>>
<<PAROLES PRONONCÉES SUR LA
TOMBE DE PÉGOUD PAR LE GÉNÉRAL
DEMANGE LE 3 SEPTEMBRE 1915>>

23 septembre 1917, inauguration du monument Pégoud

Après plusieurs mois où le monument resta avec sa protection, le jour arriva pour son inauguration, elle eut lieu le dimanche matin du 23 septembre 1917, à 10 heures trente, sous un soleil radieux. La municipalité de Petit-Croix avait pavoisé le secteur et aménagé l’accès au mémorial, permettant aux automobiles d’y accéder.

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Carte postale de la cérémonie

Une foule nombreuse était venue pour rendre hommage à Adolphe Pégoud; les habitants de Petit-Croix mais aussi ceux des communes voisines, plusieurs d'entres-eux dont des enfants avaient revêtu le costume traditionnel alsacien.

De son côté l’armée avait détaché deux bataillons de Chasseurs à pied dont une fanfare et un bataillon du génie.

CPA Petit-Croix Inauguration monument Pégoud

Carte postale de la cérémonie, un autre plan

La cérémonie se déroula sous la présidence du lieutenant-colonel Adolphe Girod, député du Doubs et inspecteur général de l’aviation, il représentait le sous-secrétaire d’Etat à l’aviation. De nombreux officiers aviateurs avaient été dépêchés pour représenter les différentes escadrilles. Des hommes du l’escadrille N49, le capitaine Jules de Boutiny, des sous-officiers, des caporaux et des soldats avaient souhaité rendre un dernier hommage à leur frère d’armes.

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L’assemblée autour du monument (photo collection Christophe Grudler)

Du côté des autorités civiles, on pouvait noter la présence du préfet du Haut-Rhin Marie Denis Eugène Louis Mage, accompagné de son chef de cabinet M. Grenier, de plusieurs maires dont ceux de Petit-Croix, M. Paul Durwel avec son conseil municipal, de Cunelières et de Belfort, Xavier Houbre. La Souvenir Français était représenté par l’instituteur Arsène Zeller.

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Dans ces militaires autour du monument, n’aurait-il pas ceux qui ont participé à sa réalisation ou à son installation ? (photo collection Christophe Grudler)

A cette cérémonie, Albert Crémot et son épouse, parents adoptifs de l’aviateur, assuraient d’une certaine manière, le rôle de maître de cérémonie; lui qui avait tant œuvré pour que ce monument soit érigé en ce lieu de souvenir, était récompensé de sa débauche d’énergie en ce jour.

Pendant la cérémonie, des avions survolèrent le lieu et certains aviateurs lancèrent des fleurs… quand d’autres assurèrent la sécurité du secteur.

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L’assemblée survolée par les avions (photo BDIC)

L’honneur revint au père adoptif de l’aviateur, Albert Crémot (et non Trémot) d’ouvrir la série de discours, ce qu’il fit après que la fanfare ait entonné La Marseillaise, pendant qu’on dévoilait le monument. Il remercia les personnalités présentes et les différents intervenants, rappela l’amour immodéré de Pégoud pour l’aviation.

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Albert Crémot pendant son discours (photo BDIC)

Vint après, le discours du maire de Petit-Croix où M. Paul Durwell rappela que les habitants du village avait été les témoins du dernier combat de l’aviateur.

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Paul Durwell pendant son discours (photo BDIC)

Quant à M. Arsène Zeller, représentant le Souvenir Français, il relata quelques uns de ses exploits tant civils réussis en France mais aussi à l’étranger, que militaires depuis le début de la guerre, sans oublier les nombreuses distinctions obtenues dont la Légion d’honneur.

Ce fut au tour du Lieutenant Yvan Hitzemann, directeur de L’Aérophile, l’annuaire international de l’Aéro-club de France, qui souligna le respect témoigné par les hommes de l’aviation même par ses adversaires, pour preuve, la gerbe lancé par le duo allemand qui l’abattit ce 31 août 1915.

L'Aérophile Octobre 1917

 La revue L’Aérophile, 1ère quinzaine de octobre

Le capitaine Jules de Boutiny, commandant de l’escadrille N49 où Pégoud était rattaché, revint sur l’exemplarité de l’aviateur, sa science du combat aérien, sa virtuosité, et termina par ses phrases :

Heureux qui pour la gloire et pour la liberté
Dans l’orgueil de la force du rêve
Meurt ainsi d’une mort, éblouissante et brève.

Le dernier discours fut celui du président de la cérémonie, le lieutenant-colonel Adolphe Girod, représentant le Sous-secrétaire d’Etat de l’Aéronautique militaire et maritime. Il déclama le nom de Pégoud qui était le nom d’un fils du peuple, le nom d’un soldat, le nom d’un cœur… qui fut abattu en une minute mais qui apporta un souffle à l’aviation française et suscita la vocation à d’autres aviateurs. Il remercia aussi tous ceux qui contribuèrent à la présence de ce monument et à l’organisation de cette cérémonie.

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Adolphe Girod pendant son discours (photo BDIC)

Entre chaque intervention des orateurs, la fanfare entonna des morceaux militaires.

Après ces discours, vint des hommages littéraires dont le premier fut un poème lu par le sergent Paul Baumé de L’Odéon écrit par l’instituteur Arsène Zeller le 20 septembre à Delle, intitulé Gloire à Pégoud. En voici les premiers vers :

Le Souvenir Français par ma voix, rend hommage
A celui qui monta, si haut, dans notre ciel.
Il avait, du héros, la force et le courage
Et son nom fut celui qui devint immortel.

Gloire à Pégoud, vaillant, honneur de notre race,
Qui vivait pour agir, comme on vit pour penser !
Gloire à ce compagnon, dont vous suivez la trace,
Vous tous que, dans l’azur, nous voyons s’élancer !

Il sut réaliser, dans sa brève existence
Tout ce qu’on peut rêver de plus grand, ici-bas.
Il a connu la Gloire, il est mort pour la France,
Laissant un souvenir qui ne s’oubliera pas !

La suite du poème à découvrir : Cliquer ici

Le second poème, un texte écrit par Dr René Berton le 12 septembre, intitulé A l’Aviateur Pégoud, fut déclamé par le sergent Louis Ravet de la Comédie Française dont en voici les premiers vers :

Parmi tous les Héros dont la gloire féconde
Auréole les noms d’un rayon éternel,
>Parmi les Conquérants qui conquirent le Monde,
>Le plus grand c’est Pégoud, car il conquit le Ciel !

Il n’était pas de ces Conquistadors superbes
Qui vont à l’aventure, empanachés d’orgueil,
Et déjà triomphants, foulant du pied les gerbes
De fleurs qu’un peuple ardent disperse sur leur seuil.

Non. Quand il crut avoir, dans son esprit tenace
Réalisé ce rêve, enfin, qui l’obsédait,
Sans tirer vanité de sa terrible audace,
Sans penser à la Mort qui là-haut l’attendait,

 Il partit, souriant, sans bruit et sans tapage,
>Avec son maillot blanc et son bourgeron bleu,
Comme un bon ouvrier qui se met à l’ouvrage…
Il nous dit ‘’Au revoir !’’… plus d’un lui dit : Adieu !

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Carte postale de Louis Ravet

La suite du poème à découvrir : Cliquer ici

La cérémonie terminée, le public put s’approcher du monument…

CPA Petit-Croix Monument Pégoud Alsaciennes

Carte postale Des alsaciennes devant le monument

Cette cérémonie fut suivie d’une autre, l’après-midi, à 15h30, sur la tombe de Pégoud au cimetière de Brasse à Belfort. L’assemblée fut moins importante, apparemment l’information de ce recueillement n’avait pas été diffusée. Toutefois, une grande partie des officiels militaires et civils y étaient présents ainsi que le couple Crémot. Le maire de Belfort était suppléé par son adjoint, M. Jeanneret.

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 Au cimetière de Brasse, quelques militaires (photo BDIC)

Des discours furent prononcés par le Préfet M. Mage et le Lieutenant-colonel Girod. Enfin, le sergent Louis Ravet clama les strophes du poème de René Berton.

1982, le monument est déplacé

Le 15 mai 1982, un nouvel hommage est donné à Adolphe Pégoud suite au déplacement du monument érigé en 1917 pour le réimplanter dans le village de Petit-Croix pour le protéger d’un environnement isolé en plein dans une zone d’agriculture.

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Livret édité pour l’inauguration du monument déplacé

Cet événement conduit par le Souvenir Français et la commune de Petit-Croix se déroula devant une nombreuse assistance dont les autorités militaires et civiles ainsi que le neveu de l’aviateur, Joseph Pégoud.

Le Souvenir Français était représenté par son président le général Jean Fayard et le commandant Couvreux.

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Inauguration du monument déplacé (Photo ER)

Etaient aussi présents, le colonel Raymond Golfier délégué départemental, les détachements du 35ème RI de Belfort et de l’escadron de protection de la base aérienne du Luxeuil-les-Bains, et la musique de la première région aérienne de Metz. Ce fut le général Jean Fayard qui retraça l’épopée aérienne d’Adolphe Pégoud avant de dévoiler avec le maire, M. André Durrwell, le monument rénové et portant fièrement une palme au-dessus du médaillon de Pégoud.

Vue aérienne Petit-Croix Monuments 1982 R

Vue aérienne : Emplacement du monument et de la stèle (annotations BF)

Au début de la manifestation, les écoliers ont récité un poème en l’honneur de l’aviateur.

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Carte postale éditée pour commémorer ce 15 mai 1982 avec les 28 enfants de la commune accompagnés de Madame Abad

NA : Je possède les 28 noms des jeunes participants (merci Paul C.)

Le 31 août 2013, La municipalité de Petit-Croix et l’APHIEST ont commémoré le 98ème anniversaire de sa mort et le centenaire du saut en parachute. Au programme de cette journée, une belle exposition avec documents et objets dont les bottes de l’aviateur (Collection Musée de Belfort), un bureau temporaire, une belle maquette du Nieuport réalisée par Claude Gloriod, il fut le dernier avion de Pégoud, hommages au monument…

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L’entier postal de l’APHIEST avec le timbre sorti en juin et un cachet 1er jour pour mémoriser l’évènement.

Mais on pouvait aussi rencontrer Claude Thollon-Pommerol, un des auteurs du nouveau livre consacré à Adolphe Pégoud dans la série des Cahiers des As oubliés de 14-18. Il se prêta de bonne grâce à la dédicace de cette nouvelle parution intitulée ‘’Célestin Pégoud, roi de l’air et premier As’’.

Livre Pégoud Livre Roi de l'Air 1er As p1  Photo Petit-Croix Claude Thollon Pommerol avec-claude-gloriod ER 7 oct 2013

Couverture du livre et l’auteur avec le maquettiste devant son avion (Photo ER)

1983, la stèle réapparait…

Suite au déplacement du monument au centre du village, la municipalité décida de conserver le lieu où l’avion de Pégoud s’écrasa, en installant… une stèle de forme identique à celle d’origine.

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La stèle (photo Livre La grande guerre dans le Territoire de Belfort)

Par contre, le texte n’est pas identique à celui inscrit sur la stèle d’origine, en voici le libellé :

LIEU
OU VINT S’ABATTRE
Le s/Lt A. PÉGOUD
TUÉ EN COMBAT AÉRIEN
LE 31 AOUT 1915

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La stèle rénovée en 2017 (photo BF)

En réalité, elle n’est pas à l’emplacement initial mais elle a été implantée en bord du chemin pour ne pas pénaliser l’agriculteur et donner un accès aisé aux visiteurs du lieu.

Vue aérienne Petit-Croix Monument Stèle 1982 1983

Vue aérienne 2014 : emplacements monument et stèle (annotations BF)

En 2017, une plate-forme en béton recouverte en granit a été réalisée par l’entreprise de Montreux-Château, la SARL Alvès Aniceto. A cette occasion, un mât a été installé pour faire flotter le drapeau national.

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La plate-forme, la stèle et le drapeau (photo BF)

23 septembre 2017, 100e anniversaire du monument

La cérémonie de cet anniversaire a été anticipé par rapport à la date réelle, elle s’est déroulée samedi 2 septembre 2017, date proche de la mort de Pégoud car survenue le 31 août 1915.

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Le monument pavoisé pour l’occasion (photo BF)

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Les gerbes des deux communes réunies par le drame, Petit-Croix et Montferrat, commune de naissance de l’aviateur (photo BF)

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Les gerbes du Comité Pégoud et du Souvenir Français (photo BF)

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Les gerbes des Anciens Parachutistes et du 6e régiment Croire et Oser (photo BF)

A cette occasion, la cérémonie fut ouverte par deux Mirages 2000 de la base BA116 de Saint-Sauveur (commune limitrophe de Luxeuil-les-Bains, Haute-Saône). Ils ne furent pas seuls car sept avions de la Patrouille Pégoud, formée d’avions de la région, survolèrent la cérémonie.

NA : Pour voir un reportage de cette cérémonie, je vous conseille de consulter le blog ‘’Il était une fois Cunelières’’ : Cliquer ici

Epilogue 

Dans cet article concernant le monument dédié à Célestin Adolphe Pégoud à Petit-Croix, j’ai préféré essayer modestement de contribuer à éclaircir quelques parts d’ombre dans la chronologie des évènements et présenter les contributeurs à ce mémorial.

Plusieurs éléments dont ceux liés à la petite stèle, restent à trouver pour obtenir l’intégralité de l’histoire de ce monument.

Pour consulter l'article consacré à Pégoud : Cliquer ici

JM

Mes remerciements vont aux rédacteurs des blogs ‘’albindenis.free.fr’’ et ‘’Il était une fois Cunelières’’

Photos : Merci à Bernard F. (BF) pour ces clichés qui ont permis de compléter ce texte et l’iconographie.

Références journaux : L'Alsace & La Frontière Collections des Archives Départementales du Territoire de Belfort (AD90), L'Est Républicain Collection Archives Municipales de Belfort (AMB),

Références livres : Un héros dauphinois Roi de l’Air Adolphe Pégoud de Germaine L’Herbier-Montagnon, Hommage à Pégoud 15 mai 1982 par le Le Souvenir Français, La grande guerre dans le Territoire de Belfort, Pégoud Le Roi des aviateurs (1889-1915) par Christophe Grudler

Livre Pégoud Roi des aviateurs p0

Références sites Web : asoublies1914.fr, albindenis.free.fr, Mémoires des hommes, La bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) …

Infos pratiques  

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