Après l’Angleterre en 1966, la Coupe du Monde de Football 1970 changea de continent car la FIFA (Fédération Internationale de Football Association) avait choisi le Mexique pour cette 9e édition, lors de son 34e Congrès du 8 octobre 1964 de Tokyo.

CPM Tokyo Tour Tachū Naitō

Carte postale Tokyo et sa Tour de l'architecte Tachū Naitō et non d’Eiffel

NA : Depuis 1950, la FIFA applique la règle de l’alternance de l’organisation de la compétition entre les continents américain et européen.

L’Equipe de France qui avait participé à l’édition précédente, était bien décidée de récidiver et d’effectuer une prestation plus honorable en phase finale.

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En Angleterre, elle avait terminé dernière de son groupe avec 1 seul point !

NA : A la fin de ce texte, un lien permet d’accéder à l’article général traitant de la Coupe du Monde 1966 en Angleterre.

Tour préliminaire en Europe

Pour cette édition, 75 nations voulant participer, nouveau record, la FIFA n’en retint que 68 mais dut organiser un Tour préliminaire pour réduire le nombre de participants à seize équipes.

L’Europe avec 29 nations participantes, 8 poules furent constituées pour ce tour préliminaire devant qualifier 8 nations; l’Angleterre, champion en titre, étant qualifiée d’office.

Carte Europe CM 1970

Carte des pays européens du tour préliminaire (réalisation BF)

La France fut désignée tête de série du Groupe 5, au titre de sa participation en Angleterre, elle avait comme adversaire la Norvège et la Suède.

Qualification de l’Equipe de France ?

Après la Coupe du Monde en Angleterre, le sélectionneur-entraîneur Henri Guérin avait été démissionné le 3 septembre 1966 et fut remplacé par le duo Jean Snella et José Arribas jusqu’au… 19 janvier 1967 ! Un trio (Jean Doumeng, Just Fontaine et Henri Biancheri), pris le relais jusqu’à la nomination de Louis Dugauguez* au poste d’entraîneur-sélectionneur, le 17 septembre 1967.

* Louis Dugauguez : Né le 21 février 1918, à Thénac en Charente Maritime, car les parents avaient du quitter le nord suite à la 1ère Guerre Mondiale. La famille retourna dans le Pas-de-Calais à Bully-les-Mines, le père mineur, travaillant à Mazingarbe.

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Louis Dugauguez, l’entraîneur

Il va taper très tôt dans le ballon et faire parti du club de la commune, l’ES Bully-les-Mines avant de rejoindre le Stade Béthunois. Pendant son service militaire, il joua à Douai. Sa carrière de footballeur passa par le RC Lens (1936-1940), le Toulouse FC (1940-1945), l’US Ruch Carvin (1945-1948) et l’UA Sedan-Torcy (1948-1952) comme entraîneur-joueur. A partir de 1953, il devint l’entraîneur de ce club jusqu’en 1974.

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Carte postale Sedan, le stade Louis Dugauguez 

Il fut institeur à partir de 1942, puis directeur d’école à Carvin avant de devenir directeur commercial à Sedan.

Il emmena son équipe en finale de Coupe de France par trois fois et deux victoires à la clé (1956 et 1961)

Pendant cette période sedanaise, il assura aussi la fonction d’entraîneur national pour les Juniors, les Espoirs, l’Equipe de France Amateur, l’Equipe de France B et enfin l’Equipe de France A.

Il décède le 22 septembre 1991.

France-Norvège, match aller

1968 11 06 France Norvège

A cette époque, l’Equipe de France avait des résultats en dents de scie et possédait une défense un peu perméable… elle n’apportait pas une grande assurance à ses supporters ! Avant ce match, depuis le début de l’année, elle avait perdu 2 matches et réussit deux nuls malgré la volonté de construire une équipe performante. Elle s’était fait éliminer par la Yougoslavie en quart de finale de la Coupe d’Europe (2-6 sur les 2 matches). La solution n’apparaissait pas, tout en utilisant 22 joueurs lors de ces quatre rencontres.

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L’Equipe de France en footing lors de leur préparation en Lorraine (photo ER)

Pour ce premier match de qualification, L’Equipe de France rencontrait la Norvège le 6 novembre 1968 devant 18319 spectateurs, au stade de la Meinau à Strasbourg car le Parc des Princes était en rénovation.

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Carte postale Stade de la Meinau à Strasbourg

La Norvège étant considérée assez faible, les bleus devaient s’assurer de la victoire, elle était impérative pour la qualification pour la Coupe du Monde.

Louis Dugauguez avait composé son équipe avec Georges Carnus, Roger Lemerre, Claude Quittet*, Bernard Bosquier (Cap.), Jean Djorkaeff, Gilbert Gress, Henri Michel, Robert Szczepaniak, Bernard Blanchet, André Guy et Georges Bereta

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*Claude Quittet jouait au FC Sochaux (photo Football Magazine).

Dès le début du match, les tricolores assiégèrent le but norvégien mais la débauche d’énergie fournie rencontra un mur dont le dernier rempart, le gardien Svein Bjoern Olsen va sortir le match de sa vie. La mi-temps fut atteinte sur le score nul.

A la reprise, après l’entrée d’André Betta à la 46’ à la place de Robert Szczepaniak, la rencontre repartit sur le même scénario où le match se jouait pour ainsi dire que dans une seule partie du terrain, celui de la Norvège.

Pourtant à la 68’, les norvégiens vont construire une attaque en partant de leur terrain sans connaître de résistance où Odd Iversen reçut le ballon à l’entrée des 18 mètres, élimina Bosquier et le propulsa dans la lucarne gauche d’Aubour (côté tir). La rentrée de Charlie L   oubet à la 76’ à la place de Gilbert Gress, et les attaques stériles des joueurs français ne modifièrent pas le score de 0-1.

Image Panini Odd Iversen Norvège

Image Panini Odd Iversen

La France n’avait seulement perdu un match, elle s’était mise dans une situation hyper délicate voir irréversible car la Suède, elle, avait étrillé la Norvège 5-0, à Stockholm un mois plutôt !

Une autre conséquence de ce résultat fut la démission le 2 mars 1969 de l’entraîneur Louis Dugauguez à qui l’on reprocha cette défaite et une Equipe de France très pâlichonne…

Son remplaçant fut Georges Boulogne*.

*Georges Boulogne : Né le 1er juillet 1917 à Haillicourt, commune du Pas-de-Calais proche de Bruay-en-Artois. Suite au conflit de la Première Guerre Mondiale, la famille déménagea en Touraine.

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Georges Boulogne (Livre La fabuleuse histoire de la CM)

Il fit ses débuts de footballeur à l’AC Ambroise, dès l’âge de 9 ans et il y restera jusqu’en 1942. Après l’obtention de son diplôme d’entraîneur fédéral, il rejoint le club CO Saint-Dizier comme joueur (1945-1948) puis comme joueur-entraîneur (1948-1950). Après deux clubs en Belgique, La Gantoise et Verviers, il revint en France à Vitry puis à Mulhouse.

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Carte postale Amboise Stade Georges Boulogne

Il entra en 1958 à la FFF (Fédération Française de Football), fut nommé instructeur national en charge de la méthodologie de l'enseignement aux entraineurs et de leur formation. Il entraina les équipes de France Juniors, Amateurs et l’Equipe de France B. Le 2 mars 1969, il succéda à Louis Dugauguez à la tête de l’Equipe de France A jusqu’en 1973.

Il fut le 1er DTN (Directeur Technique National), poste qu’il occupa de 1970 à 1982. Il imposa les centres de formation dans les clubs et inspira la création de l’INF (Institut National du Football) à Vichy.

Il décède le 23 août 1999.

Norvège-France, match retour

1969 09 10 Norvège France

Après la défaite à Strasbourg, la France retrouvait à nouveau la Norvège mais cette fois ci à Oslo au Ulleval Stadion le 10 septembre 1969.

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Carte postale, Ulleval Stadion à Oslo

Pour Georges Boulogne et son équipe, seule la victoire pouvait donner encore un léger espoir de se qualifier…

Pour se faire, il avait construit son équipe en s’appuyant sur une ossature  mixte de joueurs marseillais et stéphanois : Georges Carnus, Jean Djorkaeff (Cap.), Jacques Novi, Bernard Bosquier, Jean-Paul Rostagni, Serge Chiesa, José Broissart, Henri Michel, Charly Loubet, Hervé Revelli et Jean-Claude Bras

La France prit le match par le bon bout car dès la 8’, suite à un corner tiré par Charly Loubet, Hervé Revelli catapultait de la tête le ballon dans la cage norvégienne,. Même si les Tricolores avait ouvert le score, ils étaient empruntés et les Vikings se permettaient de faire chauffer les gants de Georges Carnus. La mi-temps arriva sur ce score de 0-1.

CPM Hervé Revelli

Carte postale Hervé Revelli

Au retour des vestiaires, de nouveau l’action conjointe du Lyonnais Serge Chiesa et d’Hervé Revelli va aboutir par un 2e but du stéphanois à la 48e minute. L’Equipe de France dominait mieux son sujet que son adversaire et l’entrée de Jean-Michel Larqué à la 73e à la place de Serge Chiesa un peu émoussé, se concrétisa 4 minutes plus tard avec un nouveau but d’Hervé Revelli pour son 3e but synonyme du Hat-trick* !

*Hat-trick : 3 buts consécutifs marqués par le même joueur.

Marqué de la tête suite à un centre d’Henri Michel, l’avant-centre avait rempli de belle manière son contrat.

La Norvège eut un sursaut d’orgueil et marqua à la 2e minute de la prolongation par Ola Dybwad-Olsen.

Cette victoire permettait de rétablir le rapport de force mais n’effaçait pas la défaite de Strasbourg, car la Suède avait gagné ses 2 matches contre la Norvège.

Suède-France, match aller

1969 10 15 Suède France

Pour espérer rejoindre la tête du groupe 5, la France devait battre la Suède chez elle pour être à égalité !

Pour cette ‘’rencontre de la mort’’, Georges Boulogne reconduisit la même équipe vainqueur en Norvège, en remplaçant seulement Jean-Claude Bras par Georges Bereta, ajoutant un 5e stéphanois dans l’équipe

En cette après-midi du 15 octobre 1969, le Rasunda Stadion de Solna, commune proche de Stockholm, accueillait 48518 spectateurs venus voir leur équipe gagner et ainsi se qualifier pour la Coupe du Monde du Mexique…

CPM Rasunda Stadion Solna Suède

Carte postale Solna, le Rasunda Stadion

L’équipe de France délivra une excellente première mi-temps qui fut malheureusement contrarié par ce penalty accordé à la 33’ par l’arbitre allemand Glockner pour une épaule contre épaule de Jacques Novi sur Bengt Ove Kindvall. Offrande qu’il va transformer, lui-même, en battant Georges Carnus. Les suédois étaient heureux de posséder cet avantage à la mi-temps car ils étaient apparu empruntés et cafouillant leur football.

Image Panini Bengt Ove Kinvall

Image Panini Bengt Ove Kindvall

Les français repartirent au combat dès le début de la 2e mi-temps mais sans vraiment mettre en difficulté Ronnie Hellström et sa défense. A la 62’, un marseillais entra en jeu, le prodige Roger Magnusson mais là, il ne défendait pas l’équipe française mais son équipe nationale… L’intenable Bengt Ove Kindvall va tuer le match en marquant son 2e but à la 65’ après avoir eu deux contres favorables sur Bernard Bosquier et José Broissart, Georges Carnus ne put rien sur son tir soudain.

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Jean Djorkaeff défenseur souvent à l’attaque (photo ER)

La messe était dite, l’Equipe de France avait résisté voir ébranlé l’équipe scandinave mais elle dut s’incliner et faire une croix sur sa qualification…

France-Suède, match retour

1969 11 01 France Suède

Ce dernier match fut joué pour l’honneur par l’Equipe de France car la Suède avec 6 points ne pouvait être remontée au classement…

Pour ce match, Georges Boulogne avait reconduit l’équipe du match aller pour la défense et les milieux, seule l’attaque avait été remaniée, Hervé Revelli blessé fut remplacé par Georges Lech* et, le retour de Jean-Claude Bras à la place de Serge Chiesa.

Image Panini Georges Lech

Image Panini Georges Lech jouait au FC Sochaux

Equipe : Georges Carnus, Jean Djorkaeff (Cap.), Jacques Novi, Bernard Bosquier, Jean-Paul Rostagni, Georges Beretta, José Broissart, Henri Michel, Charly Loubet, Georges Lech et Jean-Claude Bras

Au regard de l’importance réduite de la confrontation doublé d’un jour férié, la rencontre se déroula au Parc des Princes, en cours de rénovation, car sa capacité réduite était suffisante.

CPM Paris Stade Parc des Princes

Carte postale Le Parc des Princes après rénovation

Contre toute attente, les 17916 spectateurs furent gratifiés d’un excellent match en ce 1er novembre 1969. Après un premier quart d’heure  d’observation, les Tricolores vont mettre la machine en route, asphyxiant les suédois,  surtout que les attaquants avaient des jambes de feu. Après plusieurs tirs infructueux, à la 31’, suite à un coup franc tiré par Georges Beretta, le ballon mal contrôlé par George Lech, parvint sur la droite où se trouvait Jean-Claude Bras qui plaça le ballon au raz du poteau droit malgré la parade du gardien Ronnie Hellström.

Image Panini Jean-Claude Bras

Image Panini Jean-Claude Bras 

Un 2e but fut marqué par Jean Djorkaeff sur penalty à la 41’, sanctionnant une main (involontaire) du défenseur Björn Ericksson dans la surface de réparation.

Image Panini Jean Djorkaeff

Image Panini Jean Djorkaeff 

Deux minutes plus tard, Jean-Claude Bras récidiva à la 43’de nouveau servit par Georges Lech.

1969 11 01 France Suède Score 3-0

Tableau d’affichage (photo INA)

Bien que le score n’évolua pas lors de la 2e mi-temps, elle fut tout aussi animée et l’addition aurait pu être plus lourde… l’Equipe suédoise ayant son billet pour le Mexique en poche, avait-elle vraiment voulu contrecarrer le sursaut d’orgueil des français ? Son avant-centre qui avait marqué les deux buts à Solna n’était pas présent, un indice ?

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Georges Lech résistant au suédois Kristensson (photo ER)

Par contre, la victoire permettait à Georges Boulogne de préparer plus sereinement la prochaine compétition… le Championnat d’Europe des Nations 1972.

Epilogue

L’Equipe de France qui par son faux pas, s’était mis en difficulté dès le premier match à Strasbourg contre la Norvège, n’avait pas su redresser la situation. Elle ne verrait la Belle de Mexico qu’à la télévision !

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Extrait FDC Mexico 1970 Coupe Jules Rimet

Les Coupes du Monde organisées sur le continent américain étaient synonymes de non qualification pour l’Equipe de France ! Hormis la première édition qui s’était déroulée en Uruguay en 1930, où elle fut invitée, voir suppliée par Jules Rimet, elle ne participa pas aux trois autres éditions suivantes, Brésil 1950, Chili 1962 et Mexique 1970 ! Elle fut éliminée à chaque fois au Tour préliminaire.

JM

Liens pour accéder aux articles cités

Article sur la Coupe du Monde 1966 en Angleterre : Cliquer ici

Références  Web : Wikipédia, INA, Divers sites Web...

Références livres : La fabuleuse histoire de la Coupe du Monde (Thierry Roland), Journal L’Est Républicain,

Infos pratiques  

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